Emploi : au Mali, la galère des diplômés

Le chômage des jeunes au Mali a atteint des proportions sans précédent.  A la fin de leurs études, nombreux sont les jeunes qui se retrouvent sans opportunités réelles d’insertion. Entre débrouillardise et fatalisme, des jeunes maliens en général et les filles en particulier tirent le diable par la queue.

 

« Ça va à la malienne » est la réponse donnée par beaucoup de jeunes à la question de savoir comment ils vont. Aussi simple que cela puisse paraitre, elle veut simplement dire que les choses n’avancent pas à hauteur de souhait et qu’ils font avec. Derrière cet optimisme mitigé, se cache bien souvent un sentiment de désespoir d’une frange importante de la population malienne au rang desquelles on trouve les jeunes.

Après plusieurs années de formation, beaucoup d’entre eux se voient contraints à passer leur journée devant la télé ou dans les « grins » à faire du thé pour passer le temps et oublier leur quotidien devenu pesant faute de perspectives. « Je suis diplômé de la faculté des sciences juridiques et politiques Le chômage a anéanti tous mes espoirs, car depuis tout petit j’avais des ambitions. Mais après huit ans de chômage, ces ambitions sont devenues pour moi un luxe. », témoigne B. T., la trentaine, rencontré dans un « grin » à Bamako.

Dans son essai Jeunesse africaine, le grand défi a relever (Éd. Mareuil, 2016), Moussa Mara, ancien premier ministre du Mali et expert-comptable, décrit le chômage des jeunes comme « un autre phénomène de désagrégation sociale, le plus pernicieux sans doute, lié à l’urbanisation […] »

« Se débrouiller »

En Afrique subsaharienne en général, le taux de chômage est élevé dans les villes où un jeune diplôme a moins de chance de trouver un emploi à la fin de ses études, et se tourne ainsi vers le secteur informel. Outre la démographie, le phénomène est alimenté par la faiblesse de l’économie, la non exploitation des opportunités qu’offre l’urbanisation et l’inadaptation du secteur éducatif a celui de l’emploi.

Certains, les plus chanceux, se retrouvent au sein des administrations à faire des stages interminables ou au marché à se débrouiller comme de petits marchands. B. T. n’échappe pas à cette règle. « Souvent, je me débrouille en faisant des activités comme le commerce, la maçonnerie afin de pouvoir joindre les deux bouts. Mais je m’inquiète de plus en plus par rapport à mon avenir ».

« Se débrouiller », bel euphémisme pour éviter de dire qu’ils sont plutôt réduits à squatter les environs des marchés en tant que revendeurs de camelote ou pour jouer aux intermédiaires qui, parfois, s’adonnent à de l’escroquerie envers les clients.

 « C’est la croix et la bannière »

Ainsi, à la fin des études, c’est la croix et la bannière. « Lorsqu’on termine, fait remarquer cette autre diplômée, on est encore confrontés au problème d’emploi. Je passe mon temps à postuler à chaque fois qu’une offre d’emploi correspond à mon profil en tant que diplômée de la Faculté de droit privé. Mais le souci avec notre filière, c’est que les offres sont très rares du côté de l’État. Ce sont les ONG qui recherchent souvent notre profil. Or elles aussi nous compliquent les choses avec les exigences de deux ans d’expérience au minimum ». Après leurs études, certains peuvent passer entre quatre voire six ans ou plus sans décrocher leur premier véritable emploi.

En plus de la question de l’exigence d’un certain nombre d’années d’expérience lors des recrutements, il faut aussi ajouter le népotisme et les passe-droits. « Vous pouvez, pour un poste donné, avoir le profil idéal avec l’expérience qu’il faut. Mais si vous ne connaissez personne pour soutenir votre candidature, le poste sera attribué à une autre personne moins méritante, qui a des accointances avec les personnes responsables du recrutement. »

Ajouter le corps au curriculum vitae

Cette situation des jeunes est un problème pour toute la jeunesse malienne en général. Le cas des jeunes femmes diplômées est encore préoccupant. Certains recruteurs peu scrupuleux vont jusqu’à leur demander des faveurs sexuelles en échange de boulot. « Ce qui m’écœure dans tout ça, ce sont le harcèlement sexuel dont nous les femmes nous faisons chaque fois l’objet lors de nos recherches d’emplois. », témoigne M.D.

« Comment passer une grande partie de sa vie à étudier et qu’après on demande d’ajouter le corps au CV afin d’avoir un emploi ? s’interroge-t-elle. C’est une difficulté à laquelle nous les femmes sommes confrontées. Moi, personnellement, j’ai été victime de cela plusieurs fois. ». Ces témoignages en disent long sur le calvaire des jeunes femmes en quête d’emplois.

Au moment où on parle de plus en plus d’un nouveau Mali, une attention particulière doit être accordée à la situation des jeunes diplômés sans emploi.

Source : Benbere

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