L’Institut des sciences humaines (ISH) a rendu récemment un hommage à Youssouf Tata Cissé en lui consacrant un colloque international. Une telle initiative n’est guère surprenante quand on sait que le chercheur a longtemps travaillé à l’ISH, avant d’intégrer une équipe du Centre national de la recherche scientifique, à Paris (France).

 

Ce colloque a réuni à Bamako des directeurs des institutions nationales et internationales de recherche scientifique, les recteurs des universités du Mali, et des chercheurs et enseignants-chercheurs du Mali, des universités européennes et de la sous-région ouest-africaine.

Le colloque international visait à célébrer l’homme, le chercheur émérite dans le domaine des sciences humaines et sociales. Le Pr Youssouf Tata Cissé est né en 1935 à San et décédé à Paris le 10 décembre 2013. La célébration de cet homme  est un devoir moral et intellectuel pour l’ensemble des chercheurs maliens, en particulier ceux des sciences sociales pour ce qu’il a été dans la promotion des traditions orales, sources essentielles de notre histoire et de nos connaissances. L’immense contribution du Pr Youssouf Tata Cissé  en termes de publications, de mise au point d’approches méthodologiques, de pratiques de terrain et de conférences méritent d’être mieux connus, notamment par les jeunes chercheurs. C’est  un devoir de mémoire pour ses anciens collègues et successeurs, d’honorer l’homme et son œuvre, afin que son dévouement pour la cause des peuples, de la culture et des traditions  africaines continue à inspirer les jeunes générations.

Il est opportun de relever le caractère pionnier et fondateur de son éminente contribution à la mise en place d’archives scientifiques et culturelles sur une base de haute conscience professionnelle. Les travaux de cette figure majeure des sciences humaines constituent sans nul doute des sources de formation de la jeune génération de chercheurs maliens et africains au moment où ces jeunes manquent de plus en plus de repères scientifiques.

L’illustre disparu, s’en est allé, il y a déjà six ans, et de nombreux hommages lui ont  été rendus partout dans le monde, en particulier en France. Cependant, le Colloque international que lui a consacré l’Institut des sciences humaines, revêt un intérêt particulier. Il constitue en effet une étape d’un processus qui sera jalonné, par diverses activités scientifiques et culturelles sous le parrainage et le soutien actif des autorités du Mali.

Le Pr Youssouf Tata Cissé était l’un des tout premiers intellectuels engagés du Mali à avoir compris et disséminé l’idée que le développement avait aussi un visage culturel qu’il fallait pleinement prendre en compte. Formé à l’agronomie et pratiquant sur le terrain la vulgarisation de techniques agricoles modernes, il a en même temps entrepris des recherches en histoire et en anthropologie culturelle sur « les paysans malinké du Haut-Niger », recherches qui feront l’objet d’une publication  avec Emile Leynaud.

Dès lors, il s’orientera vers la valorisation des connaissances spécialisées véhiculées par les traditions orales, à travers les traditions historiques et initiatiques.

La lecture de l’histoire du Mandé présentée par Wa Kamissoko ne saurait être confondue avec des connaissances ordinaires. Elle résulte d’un long apprentissage de l’art oratoire et d’un travail fastidieux mais précis sur la matière historique de l’Empire du Mali. Les différents livres sur l’histoire du Mandé relatée selon les traditions détenues par Wa Kamissoko et enregistrées, transcrites, traduites et annotées par Youssouf Tata Cissé constituent une somme monumentale qui témoigne de l’immense travail abattu par ces deux hommes, explique Baba Coulibaly, directeur de l’ISH.

Sa rigueur méthodologique a d’ailleurs fait école et il compte de nombreux épigones maliens et internationaux. C’est pourquoi, le Dr Claudine Brelet, senior  expert consultante de l’UNESCO, a écrit : « La disparition de ce colosse, par la taille et l’esprit, endeuille la communauté scientifique et tous ceux pour qui les valeurs prônées dans la « Charte du Mandé » offrent l’exemple de ce qui pourrait constituer les fondements de l’unité africaine en cette période si tourmentée pour tout le continent d’africain… », fin de citation. C’est bien un géant de la pensée et de l’action pour l’unité africaine, et donc nationale, qui nous a quitté, il y a déjà six ans. Nous avons besoin des lumières de son œuvre pour nous ressourcer et trouver le chemin de la paix et de la réconciliation nationale.

Y. D

Source : L’Essor