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INTIME CONVICTION : Manger pour mourir à petit feu

Combien de Maliens peuvent jurer aujourd’hui sur la qualité saine du contenu de leurs assiettes (pour ceux qui ont encore le privilège de manger réellement à leur faim) ? Très peu ! A part certainement la poignée de privilégiés qui vivent du sang, pardon, de la sueur de l’immense majorité.

Aujourd’hui, toutes les conditions sont réunies pour que le Malien ne soit jamais en bonne santé, pour l’exposer et le condamner à mourir à petit feu. Consommer le “tiè couroulen” (silure enroulée pour être fumée) qui est aujourd’hui le recours des ménages pauvres (la viande est aujourd’hui un luxe pour la majorité des Maliens dans un pays d’élevage par excellence), n’est plus sans risque sanitaire. En effet, ayant fait le pari de sacrifier nos savoirs et savoir-faire traditionnels sur l’autel de la cupidité, on a de plus en plus recours aux produits chimiques pour mieux le conserver.

Regardez un peu comment Bamako et beaucoup de nos centres urbains, voire les campagnes, sont approvisionnés en pain (oublions la qualité médiocre de la majorité des baguettes), l’un des produits les plus consommés au Mali ! La presse a décrié aussi en vain les conditions du transport de la viande de l’abattoir aux différents marchés de la capitale.

Mais les autorités compétentes n’ont rien fait pour que cela change parce qu’elles achètent les produits de consommation ailleurs. D’ailleurs, malgré les efforts louables ces dernières années, l’abattoir central est loin de répondre aux normes internationales en matière d’abattage et d’exportation de la viande et des produits dérivés. C’est pourquoi beaucoup de missions et organisations internationales préféraient s’approvisionner chez nos voisins ivoiriens et sénégalais.

«Beaucoup de produits vendus dans vos supermarchés et consommés au Mali ne répondent pas aux normes de qualité requises pour ne pas porter atteinte à la santé. C’est pourquoi beaucoup d’expatriés ne font leurs emplettes que dans des supermarchés où ils sont sûrs d’acheter des produis aux normes européennes ou américaines», confessait récemment un ami diplomate. Qui a surtout fait cas de l’huile et du sucre qui sont des denrées de grande consommation.

«Les normes de qualité ne signifient rien pour la majorité des Maliens puisqu’ils ne connaissent pas assez les risques liés à la consommation de beaucoup d’aliments. C’est donc au gouvernement de veiller scrupuleusement à ce que les aliments produits ou importés dans le pays ne menacent aucunement la santé publique. Cette précaution n’est malheureusement jamais prise», déplorait-il.

Aujourd’hui, avec la corruption qui gangrène tous les mécanismes de contrôle au Mali, quel est le degré de fiabilité et de crédibilité des avis émis pas l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) ? Surtout dans un environnement concurrentiel où les plaintes émanent généralement de concurrents frustrés et non de vrais consommateurs !

C’est pourquoi les opérateurs économiques nous font manger n’importe quoi avec nos marchés inondés de produits périmés ou avec de fausses étiquettes. Ce n’est qu’un secret de polichinelle que Bamako est de nos jours inondée d’unités clandestines de modification des dates de péremption des boîtes de conserve et autres.

Malgré les assurances de la SOMAGEP et de la SOMAPEP, est-on sûr d’avoir réellement de l’eau potable dans nos robinets ? «Je te conseille de ne boire que de l’eau minérale. Ce n’est pas un complexe, mais pour préserver ta santé. Au bout de deux à trois mois, tu verras que tes petits bobos de santé vont disparaître», nous avait conseillé, il y a quelques années, un beau-frère policier. Effectivement, ayant suivi son conseil, nous n’avons pas tardé à voir les effets positifs sur notre état de santé.

Et nos épouses et sœurs, voire nos belles-sœurs, nous achèvent dans la marmite avec l’utilisation abusive de produits d’assaisonnement (les cubes) qui, selon de nombreux spécialistes, expliquent en partie la multiplication des cas de tension artérielle, d’infections rénales … Sans compter l’impuissance et l’infertilité sexuelle … (Voir l’article “Toxicité du glutamate mono-sodique”).

«La majorité des Maliennes, même dans les zones rurales, croient qu’il est impossible de faire une délicieuse sauce sans utiliser ces cubes d’assaisonnement. Et pourtant, je connais quelques-unes qui ne les utilisent pas et dont les repas sont très délicieux», souligne la vieille Nassira qui veille scrupuleusement à ce que ses brus “n’empoisonnent” pas ses fils et ses petits-enfants avec les cubes d’assaisonnement.

Pourtant, celles qui les utilisent ne manquent pas non plus d’arguments. «Aujourd’hui, même nos propres produis traditionnels ne sont pas sans danger à cause de la cupidité des vendeuses. Le soumbala et le datou (dérivés des graines du néré), la pâte d’arachide sont mélangés avec d’autres produits afin d’augmenter la quantité, donc la marge bénéficiaire», se plaint Djamy, une vendeuse de condiments. Autant dire que le consommateur malien est condamné de tous les côtés !

 

Moussa Bolly

 

Source: LE MATIN

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