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La conférence d’entente nationale : Une velléité de plus ? (suite) – Les « ilkoufar » spolient le fleuve

Au début de la publication de cette série d’articles, nous écrivions : « Et, en mars prochain est prévue une Conférence d’entente nationale. Elle ne manque pas de laisser sceptique.

En effet, ce qui incite au scepticisme, c’est la raison même pour laquelle cette conférence est voulue : « permettre un débat approfondi entre les composantes de la Nation malienne sur les causes profondes du conflit. » (Extrait du projet de Termes de référence). Autant dire que l’on va se réunir pour rien car les causes du conflit ne font de doute pour personne : le conflit a, pour cause, le rejet de la République du Mali par l’une de ses composantes : quelques Arabo-Berbères. »

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S’intéressant à ces causes, votre hebdomadaire vous a proposé, dans une première livraison, la situation politique dans la boucle du Niger avant l’invasion marocaine : les Arabo-Berbères y étaient sujets des empereurs du Mali et du Songhoï. Dans la deuxième livraison, s’intéressant aux causes lointaines des actuelles rébellions, il voua avait exposé comment, profitant de l’anarchie créée par l’invasion marocaine, les Arabo-Berbères se sont rendus « maîtres » du Fleuve. S’en est suivi, dans la livraison du 13 mars, l’article consacré à la conquête des régions de la boucle du Niger par la France. Cette semaine, il sera question de l’extension de cette conquête des rives du Fleuve aux confins de l’Adrar des Iforhas.

Les Touaregs du Fleuve se soumettent

Les premiers à se soumettre sont ceux qui, dès l’arrivée des Français, avaient organisé la résistance : les Tenguéréguiefs abandonnent la lutte. Celle-ci sera poursuivie par la fraction des Kel Antassar avec, à leur tête, N’Gouna ainsi que par  les Irregenaten, les Iguellads. N’Gouna reste intraitable. A propos de la poursuite de la résistance, le commandant Réjou écrit : « Ce sont les Iguellads en général, les Kellantassars en particulier, qui, après Tacoubao, où ils avaient combattu, ont continué contre nous une résistance (…) Le marabout N’Gouna, qui commandait la fraction kellantassar du Nord, homme d’une grande intelligence, en était arrivé, grâce à quelques succès (…) à avoir un prestige qui lui  qui lui permit en juillet 1895, de réunir autour de lui plus de 800 guerriers. (…) Il fallut, plus tard, une campagne de plus de cinq mois vigoureusement menée par les officiers qui commandèrent les colonnes, pour purger le pays. » Purger le pays, mais pas réduire la résistance. N’Gouna et Abidine El Kounti continuent la résistance.

Finalement, contre N’Gouna, les Français ont une arme dont ils se sont toujours servis pour affaiblir les résistants opposés à la pénétration coloniale : « le diviser pour régner » : ils agissent de sorte que N’Gouna se retrouve isolé, abandonné par Assahni des Irregenaten et Sakhaoui des Igouadaren. Au sein de sa fraction, ils réussissent à créer une scission : le chef de la fraction des Kel Antassar est abandonné par ses frères et l’un d’eux, Alouda, passé au service de l’occupant confiera au commandant Réjou : « Nous l’avons enterré dans un trou dont il ne sortira plus. » Comme bon nombre de résistants, la marabout-guerrier finira par être lâchement assassiné, abattu d’une balle dans le dos alors qu’il venait de faire sa soumission.

A leur arrivée à Tombouctou, les Français ont trouvé le Fleuve sous la domination de cinq grandes confédérations : celles des Oulliminden, des Tenguereguiffs , des Irriguinaten , Kel-Témoulaï et, enfin, celle des Iguadaren. Les différents chefs de confédération étaient : Madidou Ag Kotbou, des Oullimindens, Cheiboun Ag Fondougouma, des Tenguéréguifs, Assahni Ag Mesboug, des Irriguinaten, Madonia des Kel Témoulaï et Sarkaoui, des Iguadaren.

A l’exception des Oulliminden, tous ont fait leur soumission après l’assassinat de N’Gouna. L’administration de la région peut commencer. La région Nord, avec Tombouctou comme chef-lieu,  est créée. Elle comprend trois cercles (Tombouctou, Goundam, Soumpi) et une série de postes militaires. Les premières maisons commerciales  françaises ouvrent leurs portes et des missionnaires arrivent pour évangéliser.

Les Sonrhaïs de la région de Gao s’engagent dans la résistance

Mais la pénétration française est loin d’être achevée. Des traités internationaux ont réparti, entre les puissances colonisatrices européennes, des zones d’influence. « Le coq gaulois aimant gratter le sable » : le Sahara lui est reconnu comme domaine où étendre sa domination. Elle ne s’en prive pas. Depuis Tombouctou, elle a le regard tourné vers le Nord, l’Algérie, et vers l’Est, le Tchad. Auparavant, il lui faut consolider ses positions sur le Fleuve. Elle y réussit en mettant en œuvre une stratégie comportant trois phases : empêcher toute velléité de rébellion de la part des Touaregs, briser la résistance des Sonrhaïs et, enfin, anéantir la toute puissance des Oullimindens. « Patrie des droits de l’Homme », elle ne reculera ni devant les crimes de guerre, ni devant les crimes contre l’humanité pour parvenir à ses fins.

Contre les Touaregs, les instructions transmises depuis Kayes, capitale du Haut-Sénégal Niger dont dépend la région Nord sont sans équivoque. Elles méritent d’être rapportées, ne serait-ce que pour mettre à nu la duplicité actuelle de la France et, partant, de ses alliés de « la Communauté internationale », quand il est question des Touaregs. Le 13 septembre 1898, le lieutenant-colonel Audéoud, lieutenant-gouverneur du Haut-Sénégal Niger, adresse au lieutenant-colonel commandant la Région Nord (Tombouctou), une lettre qui précise :

« Etant donné qu’on ne parviendra jamais à se faire des amis ou des alliés de ces tribus [touarègues et maures] par suite de la haine religieuse et de race qu’ils nous ont vouée, et de l’impossibilité dans laquelle nous les mettons de vivre de pillage et de vol, ce qui est leur seule ressource, il faut les supprimer si l’on peut, et cela, en les affamant, les hommes, en les empêchant d’acheter les céréales dont ils ont besoin, les animaux en leur interdisant les rives du fleuve. Il en résultera que ces tribus mourront de misère, ou qu’elles fuiront vers d’autres régions, ou qu’enfin, se sentant impuissantes, elles se rendront à merci et alors nous pourrons leur imposer un genre de vie qui les empêchera de nous nuire. » (Cité par Charles Grémont, Les Touaregs Iwellemmedan, page 410)

L’aviation n’est pas utilisée contre les résistants, pas parce que l’envahisseur fait preuve d’humanisme, mais parce que les moyens ne lui permettent pas d’en disposer pour l’instant. Le colonel Mangeot, commandant de la Région de Tombouctou, le déplore et espère : « Demain, l’avion avec ses bombes et sa rapidité d’évolution viendra nous apporter son puissant concours, en empêchant les rassemblements, en détruisant les villages et nous donnera le renseignement qui nous permettra d’opérer à coup sûr ; il sera à coup sûr l’instrument de la surprise. »(Bulletin du Comité d’Etudes Historiques et Scientifiques…, 1922, tome V, n°3, page 608).

Pour s’installer sur le Fleuve, les Français comptent sur l’appui des Sonrhaïs. A Tombouctou, ces derniers ont eu une position mitigée. La question a été, pour eux : Que faire ? S’engager aux côtés des Touaregs dans la résistance ou se faire les alliés des Français afin de s’affranchir de la tutelle pas trop oppressante des Touaregs ? Ils commencent par adopter une position médiane. Ils se rappellent la période du pachalik, envoient un courrier au sultan du Maroc pour solliciter son appui contre les Alkoufar (les Français). La réponse vint, plutôt décevante : le sultan ne promet qu’une intervention diplomatique auprès de la France pour intercéder en faveur des descendants de ceux qui furent, deux siècles auparavant, les sujets de ses prédécesseurs. Quand Bonnier débarque pour s’emparer de Tombouctou, ils se rangent aux côtés des Tenguéréguieffs pour mener la résistance. L’alliance ne dure pas. Les Français les obligent à accepter un traité de protectorat. Par la suite, ils ne participeront plus à une action militaire contre les envahisseurs.

Cependant, l’aide escomptée par les Français ne sera pas obtenue. Les habitants de Tombouctou se réjouissent de la fin de la domination touarègue. Ceux des environs de Gao, sous les ordres du Gao Alkaydo, le chef arma de Gao, restent fidèles à leur alliance avec les Touaregs. L’on a rapporté peu d’informations sur leur résistance. Celle-ci fut pourtant réelle, avec ses deux particularités : la résistance est, non le fait des chefs de guerre, mais des chefs de village ; elle est une résistance menée, face à l’envahisseur, les mains nues. L’attitude de la France à leur égard fut aussi terrible qu’à l’égard des autres résistants. Charles Grémont cite Richer, docteur des troupes d’invasion coloniale et rapporte de précieuses informations sur cette résistance encore, à ce jour, fort peu connues :

« A Wani, le chef Zeini, sans être ouvertement hostile, conserve des relations suivies avec nos adversaires [les Touareg]. A Hâ, le chef Hamadi , d’un caractère sournois, est soupçonné pendant la saison sèche, de donner asile aux troupeaux des Kel Essouk et des Oullimminden. A Forgo, nous avons vu le chef Harouboncano [Harboncana] cacher des troupeaux de Kel Essouk  non soumis ; pour ce fait ajouté à d’autres, il est déporté en Guinée. A Kokorom, Mohamed le cadi, en février 1900 (…), ses relations avec les Kel Essouk, non soumis, sont avérés ; on attend une occasion pour sévir contre lui d’une façon exemplaire. A Garguna, en novembre 1899, malgré des ordres précis et compris, le village donne asile à des Kel Amasin non soumis, une amende pour ce dernier délit lui inspire pour l’avenir une attitude meilleure. (…) Au surplus verrons-nous, dans la suite, que l’aide occulte, et plus ou moins efficace, apportée par ces sédentaires aux Oulliminden, contribuera pour une certaine part à prolonger leur résistance. »

Face à cette forme de résistance, les Français réagissent avec la dernière rigueur, n’hésitent pas à déporter de paisibles paysans dont le seul tort est de vouloir continuer à vivre libres sur leur terre. C’est encore Grémont  qui rapporte, recuelli auprès de Abdulaye Mabero Touré de Forgo, le 19 septembre 1998, le récit du traitement infligé à un chef de village et à son fils à la suite d’une dénonciation calomnieuse : « Arboncana et, après lui, son fils Dalo, ont été arrêtés et conduits à Koulouba (Bamako), en passant par Tombouctou. Jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas ce qu’est devenu Arboncana. Il n’ y a que Dalol et tous ceux qui ont été arrêtés en second lieu qui sont revenus. C’est seulement après cela qu’ils ont tous accepté la soumission. »    A suivre

La Rédaction

Source: Le Sursaut

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