Dans le cadre de l’application des nouvelles mesures, notamment la circulation alternée afin de permettre la fluidité pendant les heures de pointe et la lutte contre la corruption à travers la remise par le ministre de la Justice des PV de contraventions à la Direction générale de la police nationale, le commandant de la Compagnie de la circulation routière (Ccr), le commissaire divisionnaire de police Abdoulaye Coulibaly, a bien voulu nous accorder une interview au cours de laquelle il a évoqué les différentes implications de ces nouvelles mesures.     

Aujourd’hui-Mali : Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la circulation alternée et pourquoi cette initiative ?

Abdoulaye Coulibaly : La circulation altérée s’inscrit dans la lutte contre l’insécurité routière en général et en particulier elle contribue favorablement à la fluidité de la circulation. C’est pourquoi, le Ministère des Transports et de la Mobilité urbaine, en collaboration avec la Mairie du district de Bamako, a initié ce plan de circulation qui concerne cinq axes majeurs, notamment l’Avenue Alqoods qui s’étend de la Station Sodouf à l’intersection Médine, l’Avenue Cheick Zahed qui va du monument de l’hippopotame jusqu’au monument Eléphant à Hamdallaye, les avenues Oua, Cedeao et Martin Lutter King qui s’étend de l’échangeur Car-Mali aux feux tricolores de Torokorobougou. La circulation alternée est appliquée sur ces axes du lundi au vendredi, de 7h00 à 9h00 le matin et de 16h00 à 19h00 le soir.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans l’application de cette mesure ?

Nous avons commencé ce plan de circulation alternée il y a environ deux mois. Nous avons rencontré certes des difficultés liées à la mobilité par rapport au sens contraire de la circulation, principalement au niveau de Magnambougou où les usagers qui quittent vers la Direction nationale de la topographie jusqu’au niveau de l’Etablissement Ousmane Sy (Eosy).

A ce niveau, nous avons constaté que les usagers ont des difficultés à aller vers Eosy. Ces difficultés sont souvent liées au comportement même des usagers parce que chacun veut se frayer un chemin et personne ne veut céder le passage à l’autre.  Des difficultés que nous-mêmes pouvons corriger. Nous avons une autre difficulté au niveau de la commune I, c’est-à-dire de Sangarébougou, Boulkassoumbougou en allant vers Djélibougou, Korofina Nord, Banconi, Hippodrome, Medine et Missira. Cette difficulté est liée à l’obstruction de la chaussée où vous pouvez constater, tout au long du parcours, des tas de sables, graviers, cailloux et même des cages aux fins de domestiquer des animaux en pleine rue. Ces pratiques sont inadmissibles et la Mairie est en train de s’atteler à juguler ces problèmes.

Je pense que les différentes autorités municipales ont déjà reçu des instructions fermes. Chacun devrait faire en sorte que ces problèmes recensés et débattus lors de la première rencontre pour faire le bilan d’un mois d’application de cette circulation alternée soient résolus. Et depuis, nous avons constaté que la Mairie de la commune II est en train d’œuvrer dans ce sens, à travers des opérations coups de poing, notamment dans la libération du domaine public. S’y ajoute l’occupation anarchique des voies ouvertes par les vendeurs ambulants à des fins commerciales. Des comportements qu’il faut corriger très vite.

Les usagers sont-ils satisfaits de l’application de cette mesure ?

Il faut reconnaitre qu’il y a un soulagement de la majorité écrasante des usagers, notamment ceux qui quittent Sotuba le matin pour le centre-ville et ceux qui quittent Bacodjicoroni ACI et Torokorobougou pour le centre-ville. Quand vous faites un petit sondage à ces niveaux, vous verrez que les populations approuvent cette initiative. Vous savez, dans toute mesure qu’il faut appliquer, il y aura des avantages et des inconvénients, mais il faut reconnaitre aujourd’hui que la majorité de la population approuve la circulation alternée. Cependant, la petite minorité ne peut être laissée pour compte. Afin qu’elle soit elle aussi soulagée, il va falloir corriger certains détails qui sont d’ailleurs en train d’être examinés par la commission chargée de la circulation alternée.

Lors de la prochaine réunion, nous allons faire le bilan et le constat de ce qui a été fait à ce niveau et ce qui reste à faire. Je pense que c’est juste une question de temps. Nous sommes en train de travailler et je pense que tout rentrera dans l’ordre. Si les moyens accompagnent la volonté, je suis convaincu que nous allons y parvenir.

Le ministre de la Justice vient de remettre des PV de contravention à la Direction générale de la police nationale. De quoi s’agit-il concrètement ?

Effectivement, le ministre de la Justice, Garde des sceaux, a remis à la Direction générale de la police nationale 15 quittanciers et 300 carnets destinés aux infractions à la voie publique.

Cette mesure s’inscrit dans la lutte contre la corruption car il n’est pas rare de voir les usagers remettre de l’argent aux policiers en pleine circulation. Aussi, les cartes grises se perdent souvent avec des agents peu consciencieux qui partaient avec les documents à la maison ou qui les égaraient lors de leur trajet entre les différents carrefours et la base. Il y a aussi des difficultés liées à la recherche de documents. Certains aussi avaient du mal à se rendre au Gms, compte tenu de la distance. Toutes ces difficultés seront corrigées à travers l’application des PV de contraventions.

En quoi cela consiste cela ?

Lorsqu’un usager commet une contravention, l’agent qui le constate le fait savoir sur le PV de contraventions. Sur le premier volet, il va écrire le nom et le prénom du contrevenant, son adresse, son numéro de téléphone, la nature, le montant de la contravention, les différents textes qui répriment la contravention, le nom de l’agent verbalisateur, son numéro matricule, sa signature, ainsi que celle de l’usager qui n’est pas obligatoire.  Ces différentes précisons sur le premier volet sortent sur les deux autres volets. Le premier volet est remis au contrevenant, le deuxième est mis parmi les documents pris du contrevenant et le troisième volet est un témoin qui reste à la souche.

Ainsi, l’usager à huit jours pour payer la contravention soit au Gms ou aux différents carrefours indiqués. Si l’usager ne paye pas dans ce délai de huit jours, nous remettons ses documents au procureur de la République qui va lui délivrer une convocation et c’est auprès du procureur que l’usager ira payer la contravention.

Cette méthode nécessite une connaissance et une expérience en la matière, ainsi qu’une application rigoureuse. Afin donc d’éviter tout échec, j’ai, à l’entame de ma prise de service, initié un dispositif consistant à déployer des superviseurs. Ce sont des policiers qui ont tous plus de 24 ans de service et qui ont une certaine expérience pour pouvoir gérer tous les conflits entre les usagers et les jeunes policiers. Aujourd’hui, ces superviseurs sont déployés dans les carrefours. Ils veillent à la fluidité de la circulation et gèrent les différends entre les usagers et les jeunes policiers. Ce sont ces superviseurs qui détiennent les PV de contraventions et les quittanciers.

Pouvez-vous nous expliquer la répartition de ces documents entre les différents carrefours ?

Pour le moment sur les 60 carrefours, nous avons pu déployer des superviseurs dans 33 carrefours. Nous sommes en train de recruter d’autres policiers expérimentés qui seront formés et déployés dans les autres carrefours.

Vu que nous n’avons reçu que 15 quittanciers que nous ne pourrons pas repartir entre tous les 33 carrefours, nous avons procédé à une répartition comme suit : sur la rive droite, nous avons des quittanciers au virage de Missabougou, Tour de l’Afrique, l’auto gare, stop Konaré, pont Bacodjicoroni, Car-Mali et les voies jumelles. A la rive gauche, les quintanciers se trouvent au niveau du rond-point Général Soumaré, Banconi, Médine, Nation, Foyer de l’air et au poste Ccr. Le 15e quittancier se trouve avec le régisseur lui-même au niveau du Gms. Cette mesure est vraiment à encourager parce qu’elle contribue à l’atteinte de l’objectif recherché qui est d’éviter les pots de vin entre les usagers et les policiers.

L’objectif de cette mesure n’est pas de gonfler les caisses de l’Etat. Elle vise un changement de comportement. Il faut que les usagers respectent le Code de la route. Le deuxième objectif c’est de lutter contre la corruption.

A préciser que l’argent payé aux quinttanciers va directement dans la caisse de l’Etat. Donc, j’invite les usagers à prendre les contraventions. Cependant, même si l’usager refuse de prendre la contravention, il aura à faire avec le procureur qui va lui délivrer une convocation soit à travers un huissier, soit la police ou encore la gendarmerie.

     Réalisée par Boubacar PAÏTAO

Source: Aujourd’hui-Mali