Intervenu, le mercredi dernier, le limogeage du directeur général de la Société Énergie du Mali, Dramane COULIBALY, continue de défrayer la chronique, au sein de la presse nationale et des réseaux sociaux, où chacun va de son petit commentaire. Et pourtant, ce départ du DG très controversé d’EDM se justifie, selon plusieurs sources concordantes, par des motifs objectifs, en matière de management de cette importante entreprise de notre pays. Que s’est-il réellement passé ?

Ce n’est qu’un secret de polichinelle, les énormes efforts et surtout le courage apparent affiché par le DG Dramane COULIBALY en tant que commandant du navire EDM-SA, qu’il a dirigé pendant près de 2 ans. Aujourd’hui, le véritable défi qui se pose à EDM est la production, transport et la distribution de l’électricité dans les familles et surtout de veiller à la permanence et à la continuité du service. Cela passe inévitablement par un bon management, une bonne gouvernance et la mise en place de ressources nécessaires pour suivre et satisfaire l’augmentation des besoins, elle-même tirée par la croissance démographique et l’urbanisation galopante de nos villes et villages.
D’ailleurs, l’esprit du Programme d’urgences sociales d’accès à l’énergie et à l’eau potable du Président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA, initié en 2017, s’inscrivant dans cette dynamique, l’accès du plus grand nombre et à un coût supportable à l’eau et à l’électricité.
Mieux, ces orientations traduites en actes par le ministère de l’Énergie et de l’eau ont concouru à doter la société EDM-SA de moyens propres de production, de renforcer ses capacités pour l’extension du service à tous les chefs lieux de Cercles et les villes frontières, et d’élaborer un tableau de bord permettant la gestion des périodes de grande chaleur.
Dans la même dynamique, d’autres initiatives portant sur la diversification des sources de production énergétiques en se basant sur le riche potentiel de notre pays sont en train d’être développées. Ainsi, l’accent est mis sur la promotion des énergies renouvelables, à travers le solaire, l’éolien, l’hybridation, la biomasse, etc.
Ainsi, par rapport aux orientations du ministre relatives au Programme d’urgences sociales, un tableau de bord a été élaboré par la société sous la direction de Dramane COULIBALY, qui identifie les engagements de la société EDM-Sa et ceux de l’État pour l’accompagner à répondre aux besoins des usagers, surtout pendant la période de pointe 2018 qui vient de commencer. Si l’État a, plus ou moins remplit sa part d’engagement, celle que la société EDM SA, elle-même, s’est fixée est restée sans suite, selon des sources bien introduites. En tout cas, les coupures intempestives et les délestages en ce début de mois de mars n’auguraient aucune belle perspective pour EDM en matière de desserte en électricité, en dépit des assurances maintes fois données par le département et la direction de la société.

Une trésorerie tendue
Selon plusieurs indiscrétions proches de la boîte, depuis plusieurs mois, la société vivait une tension de trésorerie et le DG COULIBALY, qui s’était annoncé au grand public comme un homme de rigueur, n’a pu trouver aucune solution. Dra, comme l’appellent les intimes, aura été un des directeurs qui a le plus bénéficié du soutien du ministre de l’Énergie et de l’eau pour mener son management à EDM SA, selon nos sources. Ses actes contre les mauvais payeurs des Institutions de la République et des services publics et privés, à son arrivée, lui ont valu un grand coup médiatique, au même moment son ministre de tutelle subissait toute sorte de pressions.
Ce coup de bluff du DG qui n’a pas passé inaperçu des Maliens n’a que très peu profité à l’entreprise, indique-t-on. Pour preuve, à la date d’aujourd’hui, l’Etat doit plus à la société EDM SA que moins d’une dizaine de milliards. Mieux, rapporte-t-on, des actions urgentes sont en cours pour le recouvrement total des créances au niveau de toutes les structures étatiques grâce au soutien apporté à l’action dès le début par le ministère de l’Économie et des Finances. Malgré tout, le déficit ne faisait que se créer davantage au sein de la société, selon nos sources. Dans une entreprise dit-on, il y a non seulement un travail technique, mais aussi politique à faire. Ainsi, il revient au DG de pouvoir harmoniser les deux aspects en conciliant les moyens politiques et moyens techniques de travail. Toute chose que le désormais ex-DG semblait superbement ignorer. Toute chose qui lui a valu la tension de trésorerie qui a parachuté sur l’entreprise, ces derniers temps, commettant du coup toute perspective pour EDM. En cette année électorale pleine de défis (organisation des scrutins présidentielle et législatives, la tenue de la Coupe du monde en Russie, le déficit hydrologique de la campagne 2017-2018 ou encore le carême qui pointe à l’horizon) Dra semblait complètement se noyer dans son propre piège, selon des observateurs. .

Crise de confiance
En réalité, selon certaines indiscrétions, la gestion au sein de la société EDM-SA était devenue telle qu’elle n’arrivait plus à honorer ses propres engagements. La société ne pouvait même plus lever des fonds auprès des banques nationales, révèlent nos sources. Alors, fallait-il prévenir cette situation de faillite annoncée et du coup laisser davantage se creuser le fossé entre le service et les usagers, qui déjà ont du mal à supporter un service boiteux ? Fallait-il attendre encore pour ensuite jouer au pompier lorsque tout s’arrêterait ? Ou fallait-il prévenir les limites d’un management sans lendemain ? Les autorités ont vite tranché en remerciant l’ex-DG. Il a été remplacé par un économiste connu des Maliens pour son passage à un gouvernement de la République doublé de son riche parcours dans les rouages de l’administration d’État, Sambou WAGUE.
Toutefois, il serait encore trop tôt de crier victoire avec ce départ puisque le bout du tunnel en matière de satisfaction des besoins en électricité des Maliens reste encore long. Il faut, selon plusieurs professionnels de la boîte, d’intenses travaux de fond permettant à la société de redorer son image au niveau des banques nationales auprès desquelles le désormais ex-DG avait perdu toute confiance ; revoir la gouvernance du système, imposer une gestion transparente basée sur le partage de l’information, faire preuve de beaucoup de diplomatie pour obtenir l’accompagnement des partenaires, afin de permettre de gérer au moins la période de pointe.
Rétablir la confiance avec tous les partenaires sociaux et financiers de la société et trouver les voies et moyens pour satisfaire le besoin en énergie des Maliens, telles sont donc les lourdes, mais exaltantes missions qui attendent le nouveau DG Sambou WAGUE, réputé jouir d’une riche expérience en matière de gestion financière et managériale.

Par Sékou CAMARA

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