Elle a fondé, en 2001, l’association Sewa Djama avec une soixantaine de femmes, dont les produits se vendaient à travers le monde avant la crise de 2012

 

Transformer nos produits locaux, c’est le challenge dans lequel s’est lancée Mme Thiéro Djénéba Cissé, fondatrice de l’association féminine Sewa Djama spécialisée dans la fabrication du beurre de karité et l’entreprise Seca dédiée à la transformation de produits agricoles (céréale, fonio, fruits et légumes).
Entrepreneure agricole, manager, formatrice, chef d’entreprise tous ces attributs lui vont comme un gant. Grâce à son dynamisme et à une vision pragmatique, elle s’est taillée une place enviable dans le domaine de la transformation des produits agricoles et fait figure de pionnier dans le domaine. Aujourd’hui, Mme Thiéro s’épanouit dans son travail. Elle a pu développer son business et mener sa vie de famille sans anicroche. Les produits de l’association ont bonne réputation et se vendent comme du petit pain contribuant ainsi à l’amélioration des conditions d’existence de ses adhérentes.
Avant d’accéder au statut de chef d’entreprise, l’aventure entrepreneuriale de Mme Thiéro Djénéba Cissé débute dans les années 94. Elle quitte les bancs de l’école après avoir décroché le Brevet de technicien supérieur en banque et comptabilité. Elle obtient un emploi en tant que caissière à la Banque de développement du Mali (BDM-SA). Son passage au sein de l’institution bancaire ne sera que de courte durée. L’entreprise connaît une conjoncture et procède à une restructuration. Elle se retrouve sans emploi. Durant la même période, son mari est appelé à servir à Ségou. Le couple déménage de Kayes pour la Cité des Balanzans. De l’ethnie soninké, Mme Thiéro Djénéba Cissé n’était pas habituée à l’idée de rester à la maison sans rien faire. «Depuis le bas âge, on m’a appris à être indépendante économiquement. La dépendance est mal vue chez nous», dit-elle, ajoutant que pendant les vacances scolaires, elle s’adonnait à de petites activités de commerce pour subvenir à ses besoins quotidiens.

En 1996, le Commissariat à la promotion de la femme, de l’enfant et de la famille est créé. Il est chargé de piloter le projet : «Développement de l’entrepreneuriat féminin dans le secteur agro-alimentaire au Mali» de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI). Son objectif : renforcer la capacité des entrepreneurs ruraux dans la valorisation des produits agricoles. C’est de là que Mme Thiéro trouvera un nouveau job en tant qu’animatrice formatrice après avoir suivi avec d’autres femmes la formation des formateurs dispensée par le projet pendant 4 ans à l’Institut d’économie rurale (IER) sur les techniques de transformation de nos produits agropastoraux. «Aux termes de l’apprentissage, ma première prestation était de sillonner une trentaine de villages pour regrouper les femmes en association, les former sur les techniques de transformation du beurre de karité et obtenir un récépissé», explique-t-elle, précisant que ces dernières étaient chargées de bouillir les amendes de karité et de faire la transformation à la main. Ensuite, les produits étaient regroupés à Ségou avant d’être acheminés à Bamako pour la vente.
À la fin du projet en 2000, ne sachant pas quoi faire, plusieurs femmes solliciteront Mme Thiéro Djénéba Cissé. Ayant constaté que la transformation des produits locaux constitue un créneau porteur, elle décide de se lancer dans l’entrepreneuriat agricole et fonde, en 2001, l’association Sewa Djama avec une soixantaine de femmes de tous âges. Aujourd’hui, l’entité revendique 13 femmes actives. Certaines sont chargées de l’approvisionnement et d’autres de la production. Son visage s’illumine lorsqu’elle évoque le dynamisme des femmes de l’association. «À chaque fois qu’une réunion est convoquée, elles répondent présentes», indique-t-elle toute souriante. Mme Thiéro a dû d’abord convaincre ses compatriotes de consommer ses produits locaux avant de s’attaquer aux marchés européen et américain. Elle compte parmi ses clients des Français, Belges, Américains, Gabonais, mais également les propriétaires de magasins d’alimentation de Ségou et Bamako.
Cependant, la dirigeante d’entreprise fait remarquer que la crise de 2012 a considérablement impacté sur la rentabilité de l’association. «Nos clients de l’extérieur ne viennent plus. Nous ne parvenons pas à écouler le peu de produits que nous transformons», regrette-t-elle.

Actuellement, le coronavirus sème la tourmente dans plusieurs secteurs d’activités. Notre interlocutrice dit que la production destinée au Salon international de l’agriculture de Bamako (SIAGRI) va être stockée au magasin à cause de cette pandémie. Ce qui constitue un coup dur et un manque à gagner important dans la mesure où ce grand rendez-vous est une occasion idéale pour elles d’écouler ses produits.
Convaincue du potentiel de la filière karité, l’entrepreneure ambitionne d’augmenter sa production. Cependant, son désir est freiné par la frilosité des banques, le manque d’équipements notamment les filtres et d’unité de fabrication d’emballage. À ce propos, elle confie avoir recours au Portugal pour le conditionnement de ses produits même si le coût est trop élevé. Loin de se décourager, Mme Thiéro Djénéba Cissé reste optimiste tout en étant à l’assaut de potentiels projets pour obtenir l’appui nécessaire afin de développer l’activité de l’association.
Cette femme battante a l’intime conviction que seul le travail paie. Elle est de ceux qui partagent l’avis pour une grande implication des femmes en vue du développement du pays. Pour la fondatrice de l’association féminine Sewa Djama et Seca, l’éveil de conscience doit être capital pour toutes les femmes. «Les lignes commencent à bouger. Je sens un réel engouement et un dynamisme des femmes à sortir de la dépendance. Les femmes sont conscientes et travaillent avec beaucoup d’entrain au quotidien pour le développement de l’association», confie la patronne.

Mamadou SY
Amap-Ségou

Source : L’ESSOR