Monographie du cercle de Sikasso

I – CADRE GEOGRAPHIQUE

Présentation

Le cercle de Sikasso couvre une superficie de 19 200 km2 avec une population estimée à 322 000 habitants, soit une densité moyenne de 16,82 habitants/km2. Il est limité au Nord par le cercle de Koutiala et de Dioïla, à l’Ouest par les cercles de Bougouni et Kolondièba, au Sud par le cercle de Kadiolo, et enfin à l’Est par la République du Burkina Faso.

Le Cercle de Sikasso s’inscrit presque dans une circonférence dont le centre de gravité se trouve approximativement autour de Gongasso. La situation à la croisée des chemins lui a toujours conféré une position stratégique avantageuse.

Le cercle de Sikasso est subdivisé en dix (10) arrondissements repartis en 489 villages officiels. A cela, il faut ajouter les 43 240 habitants de la commune de Sikasso divisée en onze (11) quartiers.

 

A- Les traits physiques

 

1°) Structure et relief

 

Le cercle de Sikasso a un relief tabulaire relativement tourmenté. Il a une altitude moyenne comprise entre 350 et 400 m. Emergeant çà et là quelques collines et plateaux gréseux qui dépassent rarement 700 m d’altitude. Les vallées sont dans l’ensemble encaissées. Ce relief tabulaire se situe dans le prolongement du plateau de benfora (Burkina-Faso) et s’étend entre les petits affluents de la Bagoé et du Banifing.

 

2°) Climat

 

La position sud de la région de Sikasso lui confère par rapport au reste du Pays un climat relativement plus humide. La saison froide y est assez douce. L’isotherme annuelle oscille autour de 28°C.

Les moyennes annuelles de température minimales et maximales à Sikasso sont respectivement de 19°C et 38°C.

La région est caractérisée par une forte pluviosité en hivernage. Les pluies commencent dès la deuxième quinzaine d’avril et se prolongent jusque vers le mois de novembre en année normale. Le maximum de précipitation a lieu au mois d’août. La pluviométrie moyenne annuelle normale est de 1 300 mm en 90 jours.

Cependant depuis quelques années, la moyenne pluviométrique annuelle normale ne dépasse guère 900 mm, consécutive à une sécheresse persistante qui sévit dans les Pays du Sahel depuis plus d’une dizaine d’années.

 

3°) Végétation et sols

 

C’est la forêt claire et la savane qui caractérisent le mieux la végétation du cercle surtout dans sa partie méridionale. Elle se dégrade au Nord et laisse parfois apparaître quelques graminées sauvages. La strate arborée est composée d’essences dépassant rarement 20 mètres de haut. Les arbres au tronc court ont une écorce épaisse, craquelée. Leur aspect noueux et tourmenté rappelle qu’ils ont beaucoup supporté l’action des de feux brousse, une activité particulièrement importante dans cette région pendant la saison sèche.

Par contre les vallées sont ourlées par une bande de végétation constituant les galeries forestières qui tranchent nettement sur le paysage environnant.

Le sol est dans l’ensemble pauvre et fragile. Composé tantôt d’argile rouge et de latérite, tantôt de schiste. Cristallins d’où émergent des affleurements de grès siliceux parmis lesquels on trouve des blocs isolés de granite. Il se couvre en certains endroits de collines dont la maigre végétation dissimile parfois mal la roche mère que les intempéries désagrègent chaque année formant des dalles plus ou moins large et épaisses.

Un humus maigre et peu profond recouvre le sol presque partout imperméable. Ce qui explique dans doute l’aridité de la terre durcie par les rayons solaires.

Le régime des eaux se ressent de cette imperméabilité. Les points d’eau sont rares. En dehors des villages bâtis sur les bords d’un cours d’eau presque toutes les agglomérations possèdent des puits dont la profondeur varie suivant la composition du terrain.

C’est dans ce cadre naturel que le paysan sénoufo doit résoudre les problèmes matériels de sons existence.

 

4°) La faune

 

La végétation assez fournie procurait à la faune abri et nourriture : éléphants, buffles, bubales, phacochères, cynocéphales. Les oiseaux également nombreux et variés : rolliers, calaos, outardes, perdrix. Il y beaucoup de reptiles : couleuvres, vipères, pythons. Les insectes prolifèrent également par l’action conjuguée de la chaleur et de l’humidité

Cependant malgré sa richesse, le pays souffre de prélèvement excessif dû aux activités de chasse. Ainsi la disparition progressive du gibier et la progression des aires de culture obligent les chasseurs à aller souvent loin des villages. D’ailleurs depuis une dizaine d’années la chasse interdite sur l’ensemble du territoire national.

 

5°) L’hydrographie

 

L’essentiel du réseau hydrographique du cercle de Sikasso est constitué par le sert également de limite naturelle avec le Cercle de Koutiala, et la Bagoé qui sert également de limite naturelle avec les Cercles de Bougouni et Kolondièba. Cependant la circonscription pendant l’hivernage est sillonnée par plusieurs rivières au régime irrégulier et torrentiel.

Les plaines très fertiles, arrosées par ces cours d’eau offrent à la région de grandes potentialités agro-pastorales.

 

B – Les hommes

 

1°) Nature du peuplement

 

Le cercle de Sikasso est une mosaïque d’ethnies. Cependant le groupe ethnique dominant demeure les Sénoufo. On y distingue plusieurs sous-groupes. Ceux du nord fortement influencés par les Bambara et les Minianka constituent un groupe assez homogène.

Le groupe sud (ceux des ex cantons de Koutiala et du Folona) est connu de leurs confrères du Nord souvent sous le nom de pomporo. Cette dénomination ne couvre pas la race dans toute sa diversité. A côté des Pomporo proprement dits on distingue des Sanka, des Tagoua, des Nanerégué, des Folo etc.…

Ces deux groupes sont séparés par une bande de population, certainement originaires du Burkina : les Samogho. Ils vivent dans les localités de Weléni, Sibirasso, Daoulasso, Konganso, Bouara, Tienema, Lobougoula etc.

Les peulh-Gana forment une forte majorité dans le Ganadougou à l’Ouest. Ils sont parfois mêlés aux Bambara et aux Sénoufo.

Les Bambara et les Minianka peuplent le Zéguédougou au Nord.

En fin les Dioula, couche fortement islamisée et commerçants sont dispersés dans tout le cercle notamment autour de Sikasso.

 

2°) Les langues

 

La langue Sénoufo, plus connu au Kénédougou sous le nom Siénéré ou Sipiré, comprend plusieurs dialectes mais les plus connus sont le « Tagoua », le « Mboin », le « Nanérégué, le « Folo » etc.…

Le « Minianka » ou dialecte « bamanan sénoufo » est parlé dans le Nord surtout dans la zone de kouoro.

Le « Samogho » est parlé par l’ensemble de cette communauté qui peuple le sud de Sikasso. Cependant une variété dialectale très originale est parlée dans les localités de Koura, Ngoinso, Fakokourou et Siraninkoroba, et diffèrent totalement du samogho des autres contrées.

En fin le « Dioula » langue mandé reste la plus populaire, car il est la langue commerciale et est parlée et comprise par une bonne partie de la population.

 

3°) La vie religieuse

 

Traditionnellement les Sénoufo sont animistes. Ils croient en l’existence d’un Dieu inique créateur « koulonikiéré ». Mais à ce Dieu, ils dévient tout pouvoir sur le présent et sur l’avenir. Réfutant de ce fait le dogme de Dieu providence, il ne rend donc pas de culte au Dieu créateur. Par contre, ils croient à l’existence d’une autre vie et l’immixtion de mânes des défunts et l’ingérence des esprits invisibles dans les affaires des vivants. C’est à eux que les Sénoufo attribuent l’origine de tous les évènements heureux ou malheureux, car ils sont convaincus que les forces de la nature, les astres, le vent, la pluie, la foudre etc. sont gouvernés par ces esprits surnaturels. C’est pourquoi ils rendent un culte vénéré à leurs ancêtres et adressent des prières aux esprits qui gouvernent le monde et qui sont sensés provoquer les « bonnes et mauvaises choses ».Pour dominer ces forces invisibles ils font des sacrifices (aliments, boissons, animaux).

 

Les Sénoufo connaissent également des interdits. Il existe en effet des animaux sacrés que certaines familles (félé) ne doivent ni tuer, ni manger. Les interdictions sont multiples et très variées ; leur énumération serait très fastidieuse. Mais on peut citer entre autres la panthère, l’antilope rouge ou Mina, le singe noir, le phacochère, l’écureuil de terre etc. Aujourd’hui encore ces prescriptions sont assez rigoureusement respectées même dans les milieux urbains évolués.

Enfin il faut noter que l’Islam a fait de grand progrès parmi les couches sénoufo notamment là où ils vivent en contact permanent avec les musulmans.

Toute fois il convient de remarquer que malgré leur islamisation bon nombre de Sénoufo musulmans sont demeurés plus ou moins fidèles à leurs coutumes religieuses primitives qu’ils pratiquent discrètement.

 

4°) La société

 

  1. a) La famille

Le cultivateur sénoufo sédentaire typique vivant en dépendance intime avec le sol, a ainsi réuni les conditions favorables pour l’élaboration d’une solide base sociale. La cellule de base est les grandes familles élargies « narigba » généralement a en commun un ancêtre mythique humain et même animal. D’habitude les membres de ce groupement se donnent un nom commun (félé) qui correspond au nom de la famille.

Une bonne organisation familiale garantit une bonne organisation des travaux agricoles.

Ainsi le chef de famille est considéré comme ancêtre vivant jouit d’une autorité indiscutable. L’ordre du chef est toujours interpretré comme celui des aïeux morts, et ce fait est psychologiquement décisif.

 

Mais les familles vivant côte à côté, cultivant le même sol et possèdant les mêmes affinités ethniques, se groupent alors en collectivités et forment les villages. Initialement il existait cinq félé (ou diamou).

 

  • Soroo ou Sorouo (panthère en sénoufo)
  • Yéo ou Yio nom de l’antilope appelé Mina
  • Siluo ou Siluê, nom du singe noir
  • Sékonho ou Sékongo, non de l’écureuil terrestre (vulgairement rat palmiste)
  • Tiô ou Tuô, nom du phacochèrs.

 

Les Malinké habitant parmi les Sénoufo ont traduit chacun de ces noms dans leur langue. C’est ainsi qu’on a transformé sorroo en Coulibaly ; Yéo en Ouattara ; siluo en Koné ; Sékonho en Camara ; Tio en Touré, Dagnoko et Diarrassouba. C’est ainsi qu’on trouve de nos jours des Sénoufo portant les patronymes de Konaté, Fofana, Bamba Sanogo, Sidibé, Sangaré, Cissé, diamou de famille bambara, malinké, peulh, Sarakollé etc.

Ces facteurs rendent malaisé tout essai de définir en termes sociologiques conventionnels, la structure de la société Sénoufo.

 

  1. b) Les noms de naissance

 

A la naissance l’enfant sénoufo porte deux noms : le premier est donné par le père lors de fête d’imposition du nom ; celle-ci a lieu quelques jours après la naissance. De préférence on choisit à cette occasion un nom coutumier suivant l’ordre de naissance :

 

– Un premier-né s’appellerait ainsi Zié,

– Le deuxième Zana

– Le troisième N’Golo,

– Le quatrième Bè et

– Le cinquième Dô.

 

Pour les filles ;

– Yélé,

– Yo,

– Yéré,

– Bèrè et

– Niama.

 

A côté de ces prénoms d’inspiration mythologique on rencontre une infinité de prénoms faisant allusion à des caractères physiques du nouveau –né.

Ainsi « Tyèplè » désignera une petite fille ; « Ti éwo », la fille noire ; Gombèlè un enfant albinos ; Nanourougou, le Revenant, l’enfant qui a survécu à tous ses aînés morts.

Au nom individuel s’ajoute le nom de famille. Soro, Yéo, Tuo, Silué etc.…

 

  1. c) Les mutilations physiques

A part ses noms, l’identification de l’individu est assurée par des scarifications faciales et corporelles d’un dessin typique. Aujourd’hui ces marques tégumentaires perdent beaucoup de leur signification distinctive et ne sont pratiqués qu’exceptionnellement.

 

La circoncision et l’excision sont connues également dans le milieu sénoufo mais tandis que la circoncision est facultative, l’excision (porc ou porgue) semble être une obligation. Mais l’islam a contribué à vulgariser ces deux opérations et à les faire même de manière précoce, souvent les premiers jours après la naissance du nouveau-né

 

  1. d) Le mariage

 

Le Sénoufo est légalement polygame. Le nombre des épouses varie suivant la fortune et la condition sociale du mari. Une des conditions nécessaires pour la formation du mariage est la maturité physique, le consentement de la famille de l’époux et de l’épouse. Cependant la coutume interdit la consanguinité. C’est à dire le mariage entre frère et sœur, oncle et nièce, tante et neveu, le mariage à la fois de deux sœurs. Le mariage entre cousin et cousine germain est cependant toléré chez les Sénoufo islamisés. L’appartenance à une autre caste ne constitue point un empêchement au mariage sauf dans les milieux islamisés où existent des restrictions sévères relatives aux griots.

 

Les fiançailles autorisées, le fiancé devra alors jusqu’à la nubilité de sa future épouse aider les parents de celle-ci dans les travaux champêtres et leur offrir des cadeaux de temps en temps.

Lorsque la fiancée atteint l’âge requis, le mariage est célébré de préférence un jeudi considéré comme un jour favorable aux nuptialités.

Traditionnellement le divorce n’existe pas chez le Sénoufo. Même après la mort de l’époux, la femme fait partie du patrimoine du défunt et revient de droit à un de ses frères, les cas d’impuissance trouvent presque toujours un arrangement.

 

Mais sous l’influence d’idées nouvelles les conditions du mariage et du divorce tendent à attribuer à la femme des droits égaux à ceux de l’homme, de sorte que c’est le plus souvent elle qui réclame la dissolution du mariage par l’intermédiaire d’un tribunal civil.

 

  1. e) L’éducation

 

– l’enseignement coutumier

 

L’enseignement coutumier est donné aux jeunes par les anciens membres du groupe dans le cadre du système initiatique (poro) mais la formation de base demeure la famille. L’enfant dans le cadre du poro apprend les récits sacrés, les gestes rituels, les danses, l’histoire, et les interdits du groupe, la pharmacopée traditionnelle.

 

– l’enseignement public et privé

 

La situation scolaire a favorablement évolué dans le cercle de Sikasso de puis l’accession de notre pays à l’indépendance. Elle concerne non seulement le secteur public mais aussi les écoles missionnaires et coraniques. Mais l’enseignement public est actuellement le mieux fourni. On compte dans le Cercle de Sikasso 68 Ecoles du premier Cycle de l’Enseignement fondamental (de la 1ère année à 6ème année), 349 classes avec un effectif de 16.562 Elèves. Au niveau du second Cycle (de la 7ème année à la 9ème année) 8 Ecoles, soit 65 classes et un effectif total de 2.858 Elèves. Ainsi pour l’Enseignement fondamental en général on compte 19420 Elèves, et 719 Enseignants (premier et second Cycle réunis). On compte ainsi 76 Ecoles Fondamentales en 1984.

 

Sikasso a un Institut pédagogique d’Enseignement Général (IPEG) qui compte en 1984-1985 : 370 Elèves dont 21 professeurs.

Un Lycée d’Enseignement Général qui compte 850 Elèves, repartis entre quatre (4) sections, et encadrés par 132 Enseignants dont 112 professeurs.

Dans le cadre de la politique de ruralisation des écoles maliennes, les autorités scolaires du cercle ont fait d’importantes réalisations. Ainsi depuis 1981 de nombreuses pépinières, des jardins potagers, des fermes de volaille, des champs de mil de maïs et de riz, des ateliers de menuiserie, de tissage, de forge témoignent de cette noble volonté d’ouvrir l’école à la vie.

 

  1. f) La santé

 

Le cercle de Sikasso connaît de nombreuses endémies telles que le paludisme, la lèpre, l’onchocercose, la rougeole.

L’encadrement sanitaire malgré des progrès remarquables reste encore insuffisant. Pour une population de plus de 300.000 habitants, le cercle dispose de 16 dispensaires, 33 maternités rurales, un service des grandes Endémies, un service d’hygiène, un centre anti tuberculeux, une P.M.I. Le personnel sanitaire est composé de 2 médecins, 2 sage-femmes, 13 infirmiers d’Etat, 21 infirmiers de 1er cycles, 22 aides-soignants, 12 infirmiers auxiliaires, 2dépisteur, un technicien sanitaire, 43 matrones rurales, 269 secouristes, 164 accoucheuses traditionnelles. A cela il faut ajouter le concours imposant de l’important Hôpital Régional beaucoup sollicité par les populations de la ville et de ses environs.

 

Conscientes que leur survie est conditionnée à l’amélioration constante de la santé, les collectivités rurales et urbaines, de plus en plus perméable à l’éducation sanitaire, contribuent à la consolidation et à l’extension de l’infrastructure existante.

 

  1. g) La culture

 

Les instruments de musique ne se distinguent que très peu, de ceux répandus dans le reste du mali.

Ces instruments de musique se composent essentiellement du balafon, de la flûte, de trompe de bois, de corne, de clochettes de fer, des cylindres de fer le long desquels on frotte une autre tige en fer. Tous ces instruments sont joués par les hommes.

 

D’autres sont joués par les femmes notamment le « cicaara », une courge évidée contenant du gravier, le « gléen » également une sorte de courge d’environ 60 à 70 centimètres de long, évidée, et dont l’une des extrémités a été sectionnée. Tout en dansant et chantant, la joueuse frappe contre la paume de main gauche l’extrémité sectionnée de la courge tenue de la main droite. Les chants sont souvent monotones et généralement mélancoliques. Ils sont exécutés soit en solo, soit en chœur masculin ou féminin, soit les deux à la fois. Les danses sont faites en général par les deux sexes à l’occasion des fêtes traditionnelles. Les danses religieuses sont exécutées par les prêtres et les membres des sociétés sécrètes.

La littérature traditionnelle est riche en légendes, contres, proverbes, fables transmis de génération en génération.

 

C – L’économie

 

1°) L’agriculture

 

  1. a) Les techniques agricoles

 

Les conditions climatiques et le milieu humain font du cercle de Sikasso une zone à vocation agropastorale par excellence.

Le Sénoufo est un excellent agriculteur et dans certaines conditions un très bon artisan. Il entretient de vastes champs parfaitement aménagés. L’intensité avec laquelle est exploité le sol est presque partout remarquable. M. Delafosse disait d’ailleurs du paysan sénoufo. « Atout prendre, c’est un peuple intéressant qui a eu l’immense mérite de faire rendre à son sol à peu près le maximum et de faire de son territoire le grenier d’une partie du Soudan, plus aptes aux labours qu’aux randonnées guerrières et aux voyages de commerce, c’est un de ces peuples sur les quels reposent l’avenir agricole du Soudan ».

 

Ce brave paysan sénoufo a une longue science agricole derrières lui. C’est ainsi, par exemple, que pour empêcher l’appauvrissement du sol, il alterne les cultures de saison en saison sur la même terre. Parfois même, il laisse le champ en friche une année sur trois. Au demeurant, il n’hésite pas à abandonner un hameau de cultures, lorsque le terrain s’appauvrit, pour se transporter un peu plus loin. C’est peut être là une des circonstances qui expliquent leur éparpillement.

 

L’outil agricole typique est le « Tiya » ou « Tologo » houe à grosse lame de fer. Le « Tiya » est très souvent réservé aux hommes et est destiné à la préparation des buttes et aux cultures (telles que le coton, l’igname, le maïs). Il existe deux autres types de houe : la petite appelée ‘’Kamaga’’ ou ‘’solon ‘’ est employée par les deux sexes, servant généralement au défrichement et au sarclage ; la houe de taille moyenne nommée ‘’Kakpè’’ intervient notamment dans la riziculture.

 

Mais depuis l’indépendance de gros efforts ont été entrepris par le gouvernement pour un meilleur encadrement du paysan. La mise à la disposition d’un équipement plus moderne lui permet d’accroître sa production et l’élever son niveau de vie.

L’équipement rural est composé de charrues, de charrettes, de herses, de multi-culteurs, de pulvérisateurs de semoir et de tracteurs agricoles.

L’engrais chimique est également très utilisé dans les champs notamment ceux des cultures de rentes (coton surtout). Il comprend les superphosphates, les sulfates d’ammoniaque, les phosphates d’ammoniaques et l’urée. Des plaines sont également aménagées pour la riziculture dont la plus importante est sans doute la plaine rizicole de kléla.

 

  1. b) Les productions agricoles

 

– les cultures vivrières

 

Les cultures vivrières portent essentiellement sur le mil, le maïs, le sorgho, le riz, le fonio. Les rendements sont dans l’ensemble moyens. Le maïs et le petit mil constituent la céréale de base, le sorgho est moins apprécié à la consommation mais il présente l’avantage d’une grande productivité.

 

Le riz figure aujourd’hui parmi les cultures vivrières les plus importantes du cercle. Anciennement connu des Sénoufo le riz n’étant utilisé à l’origine que pour la consommation locale. Aujourd’hui depuis l’introduction des variétés asiatiques qui ont permis de mettre en valeur des bas-fonds marécageux jusque là délaissés, sa production permet de constituer de petits excédents commercialisables.

 

A côté de ces céréales le cercle produit également beaucoup de tubercules et de fruits qui font l’objet d’un commerce intense avec les autres régions du pays notamment les marchés de Bamako, de Ségou, de San, de Mopti.

On peut citer entre autres les ignames, les patates, les pommes de terre, les maniocs, les bananes, les mangues, les oranges, les goyaves, les avocats etc. Nous ne disposons pas de chiffres précis sur les transactions dont ils font l’objet mais ils atteignent des proportions importantes.

 

– les cultures industrielles

 

Pour le cercle de Sikasso, le cotonnier représente aujourd’hui principale plante industrielle. En 1952 au moment de l’intervention de la C.F.D.T. la production cotonnière commercialisable en culture sèche était très faible même insignifiante 140 T pour toute la région. La production a atteint en 1982 – 1983 125 tonnes pour le seul cercle de Sikasso.

Au coton il faut ajouter quelques oléagineux comme l’arachide et les amandes de karité, un peu de tabac, du dah etc.…

 

– l’élevage et la pêche

 

Par rapport à l’agriculture, l’élevage ne joue qu’un rôle complémentaire dans l’économie Sénoufo. A part les secteurs directement exposés aux influences mandées, le pays Sénoufo possède relativement peu de troupeau. Le Sénoufo, cultivateur convaincu, ne s’intéresse pas particulièrement à l’élevage. On rencontre cependant dispersés çà et là et surtout dans le Nord vers l’Ouest un cheptel assez important de bovin entretenu par les peulh. Quant aux poissons (silures surtout), ils sont en nombre particulièrement insuffisants et il faut donc acheter au marché le produit Séché ou fumé du Niger ou du Bani.

 

2) Les industries

 

  1. a) L’artisanat local

 

Il fournit un nombre impressionnant d’objet : tissages, poteries, teintures, fabrication de savon, de la bière de mil ou de maïs, des vanneries, des objets en cuirs, des ustensiles de cuisine, du matériel agricole traditionnel de toute sorte. La sculpture sur le bois est également très développée chez les artisans Sénoufo et a une valeur artistique indéniable.

 

  1. b) Les industries modernes

 

Elles sont presque entièrement concentrées dans la ville de Sikasso, à par l’usine de thé. Fruit de la coopération Sino – malienne, l’usine de thé. Fruit de la coopération de la région et force l’admiration des visiteurs. Sa production ne couvre que 9% de la consommation nationale (soit environ 110 T/an.)

 

Dans la ville de Sikasso nous avons deux usines d’égrenage de coton au compte de la CMDT, une usine de réparation et de fabrication de pièces détachées(EMAMA), cinq boulangeries modernes, un abattoir moderne est en construction, une centrale énergétique qui n’arrive pas encore à satisfaire les besoins énergétiques de la ville.

 

3°) Le commerce

 

De part sa situation carrefour, Sikasso chef lieu de cercle est un centre important d’échanges. Elle collecte les produits locaux venus des campagnes environnantes et distribue les denrées consommation courante (sucre, sel, farine), le matériel agricole, les tissus, les articles manufacturés, les produits pharmaceutiques vers les zones rurales. La foire hebdomadaire du dimanche est un témoignage éloquent de l’importance du marché de Sikasso.

 

4°) Les transports et les télécommuniccations

 

Sikasso est un important nœud de communication. Trois axes routiers bitumés d’importances nationales et internationales traversent le cercle : l’axe Koutiala-Sikasso, l’axe Bougouni-Sikasso, l’axe Sikasso-Zégoua sans compter la route non bitumée Sikasso-Bobo-Dioulasso. De multitudes pistes agricoles ont été ouvertes partout et permettent de désenclaver certaines localités jusqu’ici mises à l’écart du commerce moderne. Mais le portage sur la tête et à bicyclette garde une importance particulière sur les pistes de la campagne. Le parc automobile est dans l’ensemble assez satisfaisant, mais laisse une place importante aux véhicules utilitaires poids lourds qui servent en même temps de moyen de transport en commun.

 

Dans le domaine de télécommunication, Sikasso dispose d’un centre émetteur moderne et le nombre d’abonnés ne cesse de croire. Le réseau urbain se modernise également.

La ville dispose une piste d’aviation, secondaire, d’ailleurs exceptionnellement fréquentée.

 

5°) Les structures d’accueil et les ressources touristiques

 

Sikasso pour profiter de sa situation carrefour a mis en place un dispositif d’accueil très adapté. On peu citer entre autres l’hôtel du mamelon, le Kénédougou palace, le Restaurant-Hôtel Lotio, l’Hôtel de la gare. Ces infrastructures hôtelières donnent entière satisfaction aux candidats au tourisme, car il ne faut pas oublier que Sikasso est également un intéressant centre touristique pour notre pays. Elle abrite encore les ruines du ‘’Tata’’ cette imposante fortification témoins des ‘’guerres samoryennes’’ du XIXè S. La ‘’fosse commune’’ et le ‘’Mamelon’’ symbole de la résistance du Kénédougou à la pénétration coloniale, le tombeau de Tièba ‘’Fama’’de Sikasso et celui de on père Daoula Traoré à Bougoula-hameau la grotte sacrée de Missikoro, les chutes de Farako sont autant de merveilles parmi d’autres.

 

II – CADRE HISTORIQUE

 

L’histoire du Cercle de Sikasso est inséparable de celle de la ville de Sikasso. Vieille forteresse, Sikasso fut le symbole de la résistance. Ancienne capitale du Kénédougou, Sikasso continue à jouer le rôle de capitale de la 3ème région administrative du Mali. Ville au passé glorieux, les sikassois sont fiers de leur histoire.

 

A – Aperçu géographique

 

Situé dans un bas-fond au Sud de la République du Mali à 380 km de Bamako, 100 km de la frontière ivoirienne, 42 km de la frontière du Burkina, la ville de Sikasso est longue de 10,800 km d’Ouest en Est et de 8,5 km du Nord au Sud. La ville est arrosée par la rivière du Lotio qui la traverse presque du Sud au Nord Est. Trois (3) petits marigots tous saisonniers viennent grossir le Lotio pendant l’hivernage et lui donnent l’allure d’un véritable torrent. Il s’agit de :

 

  • Nangouara-Koni au Sud,
  • du Kotoroni au Centre,
  • du Sofa-Koni au Nord.

 

Quelques collines dominent la ville :

 

  • le Namelon au Centre,
  • le Kapélécourou sur la route de Bobo-Dioulasso,
  • au Sud Est le Nangafalécourou,
  • au Sud Ouest le Samory courouni et enfin au Nord Est,
  • au Nord le plateau de l’aviation et ceux de Kouloussondougou.

 

Cette position stratégique par rapport à Bougoula, ancienne capitale, a fait que Tiéba l’a préféré à tout autre site.

 

B – Les origines de Sikasso

 

Les origines de la ville de Sikasso sont très controversées. Plusieurs versions sont émises souvent nourries par l’imagination des uns et des autres. Mais deux (2) versions sont généralement acceptées par les populations elles-mêmes.

 

Selon la première version, le site de Sikasso était couvert de bois où vivait un important troupeau d’éléphants. La richesse du pays en gibier attira finalement beaucoup de chasseurs. Pour désigner l’endroit les populations sénoufos l’appelaient « Sougo Kâan » qui veut dire le pays des éléphants.

Ziboua (ou Ligogo) Diamouténé trouva l’endroit si prospère qu’il y installa son campement ; d’abord au loin du cinéma « Tata » puis au bord du marigot Kotoroni, à Baladinguè dans l’actuel quartier de Kaboïla II (selon certains, Ziboua aurait choisi un gîte à porc-épic comme résidence d’ou le nom baladinguè qui veut dire en Bambara le trou du porc-épic). Les Damouténé seraient les fondateurs de la ville suivis des Sylla, puis des Ouattara, des Traoré, etc.

 

La seconde version fait remonter l’origine du nom « Sikasso » à une vieille femme nommée Souko ou Sika. En effet, la vieille Sika, vendeuse de bière de mil (dolo) n’était pas insensible au profit qu’elle pouvait tirer de ce commerce auprès de ces chasseurs solitaires. Elle installa elle aussi auprès du marigot son campement. L’endroit devient si célèbre que le campement de la vieille Sika devient un lieu de rendez-vous pour les chasseurs, mais aussi pour beaucoup de voyageurs. On finira par l’appelé « Sika ka so » qui veut dire en Bambara « la maison de Sika », qui par contraction donnera le nom de « Sika-so » ou Sikasso.

D’après une autre version, Sika n’était autre que l’épouse du chasseur Ziboua Diamouténé précédemment cité.

 

D’une manière ou d’une autre, l’histoire de Sikasso comme d’ailleurs celle de beaucoup de contrées d’Afrique souvent transmise par des récits de fables, des contes aboutissent à de nombreuses déformations souvent tendancieuses, produit des rivalités des chefferies locales.

 

C – Les origines du règne de Tiéba

 

Jusqu’au XVIème siècle, le pays sénoufo était encore soumis aux empereurs du Mali. Mais déjà au XVIIème siècle, des querelles intestines opposant les prétendants au trône, créent un état d’anarchie qui permettra à de nombreuses populations : Bambara, Peulh, Sénoufo de s’affranchir de la tutelle malinké.

Mais cette indépendance relative fut à nouveau menacée au XVIIIème siècle par l’hégémonie bambara. La destruction de l’empire bambara par le conquérant toucouleur El Hadji Omar instaurait un nouvel ordre des choses

 

Entre temps, une autre dynastie, celle des rois du Kénédougou : Kandé d’origine dioula, chassés vers 1825, de Kong (Nord Est de la Côte d’Ivoire) d’où ils avaient émigrés autrefois, se fixaient à Kangoura, Finkolo, puis à Bougoula asservissant les Sénoufos qui peuplaient le pays. De leur nombreuse postérité l’histoire n’a gardé que le souvenir de Daoula Traoré plus connu sous le nom de Massa Daoula (qui régna de 1845 à 1860).

 

Daoula devenu roi entrepris de nombreuses conquêtes pour asseoir son autorité sur ses voisins. Mais il va se buter à l’hostilité croissante du roi de Kong Pigueba Ouattara qui voit en lui un voisin assez gênant. Celui-là d’ailleurs avait massacré ses douze (12) frères lors de l’entrevue de réconciliation décidée entre Fincolo et Ziamsso.

 

Traqué sans cesse par Pigueba, Daoula va connaître de nombreux échecs notamment celui de Soundo vers 1852, où il perdit la plupart de ses biens, de ses femmes, de ses enfants. C’est lors de cette bataille qu’un de ses fils Tiéba est fait prisonnier avec sa mère Soro Mounko et sa sœur aimée momon. Tiéba n’avait alors que 7 à 8 ans. Il fut vendu à un Bobo de Satéré Kolotougou. Mais plus tard, Daoula, après avoir repoussé ses ennemis Ouattara à l’Est, racheta son fils Tiéba moyennant dix (10) captifs. C’est au cours de cette expédition que naquit Babemba vers 1855. Ce prénom lui fut donné par son père Daoula en l’honneur de Babemba, le chef de Tiola (village à 70 km à l’Ouest de Sikasso) qui amena la colonne de renfort du Ganadougou pour aider Daoula à Niaradougou. La mère du jeune Babemba était d’ailleurs originaire Zantiébougouonon…

 

Après avoir soumis le Kénédougou et dispersé le reste de l’armée Ouattara, Daoula poursuit ses conquêtes vers le Nord dans le Ninianka, puis au-delà même de la Bagoé à Tingrela et à Tiongui et surtout vers la partie montagneuse du Folona au Sud Est de Sikasso où il mourut des suites d’une dysenterie. Sa colonne regagna Bougoula après de Sikasso où il fut inhumé.

 

A la mort de Massa Daoula, le nouveau roi fut choisi dans la branche cadette de la famille Traoré : Daouda (1860-1862). De caractère pacifique, les chefs captifs et les sofas trouvaient que Daouda n’avait ni le ressort, ni l’énergie nécessaire pour commander. Le fameux Fafa Togora, chef de Kinian, ex sofa de Ahmadou Sékou de Ségou, dont l’autorité s’est accrue depuis la mort de Daoula envoyait ses hommes jusque sous les murs de Bougoula défier Daouda. Las d’une politique qui rapportait si peu, Molokounafa, fils aimé de Massa Daoula provoque une révolution du palais et dépose Daouda.

 

Molokounafa (1862-1866) batailleur infatigable entame aussitôt une lutte à mort contre Fafa mais ne put jamais le soumettre. Molokounafa va essayer de pacifier le Sonodougou. Tésowadougou qui s’était soulevé est châtié, le village rasé. La colonne se porta alors à Koumbala mais malheureusement Molokounafa est touché mortellement par une flèche empoisonnée. Comme le corps se décomposait, il fut enterré à Kléla.

 

C’est alors que Tiéba qui était en mission à Ségou rentra précipitamment à Bougoula. Il est plébiscité comme roi et prend le titre de « Fama ». Avec Tiéba commence une nouvelle ère de l’histoire du royaume de Kénédougou.

 

D – Sikasso, capitale du Kénédougou

 

Ce petit campement de chasseur au bord du Korotoni ne laissa pas le nouveau roi insensible. Le charme du site, sa position stratégique par rapport à Bougoula, parce-que dominé par un donjon fait que Tiéba l’a choisi comme capitale de son royaume. D’aucuns disent que Sikasso était le village de sa mère, donc son « béléna ».

 

Tiéba fit relever un petit TATA à l’Ouest de l’actuelle agglomération non loin de la rivière et y installa une garnison de sofas. C’est vers 1875-1876 qu’il transféra sa capitale à Sikasso.

Ce vieux « Sikasso » devient trop petit pour contenir tout le monde. Alors Tiéba construit hors de cette enceinte, une « Sokhala » à l’emplacement même où plus tard il fera élever son Dionfoutou. Entre cette Sokhala et le « vieux Sikasso » s’élève bientôt d’autres cases. Deux ans avant d’être en lutte contre Samory, soit 1885, il fera construire une immense enceinte qui englobera un Sikasso agrandi.

 

Le règne de Tiéba fut marqué d’abord par une lutte sanglante dans la région située au Nord de Sikasso dans le Zéguédougou (pays de Kinian) contre Fafa et contre son successeur Dioma.

 

De 1884 à 1885, la lutte continue sans entrain entre Tiéba et Dioma. Il n’y a pas d’engagement massif. On s’aborde le moins possible. Les villages dépendant de l’un ou de l’autre sont l’objet de coup de main plus ou moins heureux.

Si Tiéba a été assez adroit pour obtenir une aide de Ahmadou de Ségou contre Fafa Togora, il ne pouvait éviter Samory.

Mais au Sud Ouest, l’ombre terrible de l’empereur du Ouassoulou, Samory Touré, s’avançait irrésistible. Avec les règlements diplomatiques Kiniébacoura 1886 et Bissandougou 1887 qui abandonnaient aux Français toute la rive gauche du Niger, Samory avait les mains libres pour son expansion vers l’Est.

La prise de Tengréla par les sofas de Samory vient prouver à Tiéba l’imminence de ce danger. Samory faisait même savoir à ses généraux qu’il allait attaquer Sikasso.

 

E – Le siège de Sikasso par Samory (Mai 1887-Août 1888) ou Samory Kélé

 

Après l’attaque de Gladié (Ganadougou) qui vit la défaite de Bolé Mamourou devant les troupes de Tiéba, celle de N’Tobasso qui met en déroute Amara Dieli et Maoulé Noumoukè deux (2) meilleurs lieutenants de Samory, de Bissandougou l’Almamy par avec une imposante colonne pour Sikasso. Quand il aborda enfin Sikasso après avoir rassemblé toutes les forces de sa grande armée, il fut vivement impressionné par l’allure colossale des fortifications. Un premier assaut massif et de plein fouet fut vivement repoussé par Tiéba, et Samory, rejeté derrière les marais de Banankoni, compris que l’affaire serait très sérieuse.

Alors commença la guerre de position qui allait durer quinze (15) mois. Des « diassas » furent construites sur les collines dominant la ville. Hélas, toutes les bases logistiques et les convois de ravitaillement qui sillonnaient le Ouassoulou furent harcelés par les partisans de Tiéba. L’assiégeant risquait à son tour d’être assiégé. Samory fut contraint de faire venir en renfort sa puissante armée de l’Ouest dirigée par Nangafali Kamara.

 

A deux (2) reprises Samory essaya de boucler Sikasso dans un corset fatal. Nangafali dans une attaque héroïque tombera sous les balles de l’ennemi, cependant qu’au Nord, une manœuvre de diversion entraînait la mort de Masé Mamadi, un fils de Samory.

 

En juin 1888, une seconde tentative fut dirigée par Kèmè Bréma (Fabou Touré), frère de Samory contre le poste avancé de Babemba qui couvrait la route du Nord. En juillet, cela sembla acquise lorsque à deux (2) doigts du succès, dans une banale escarmouche, Kènè Bréma le Général fut tué, tandis qu’un autre frère de Samory Manigbè Mori, était pris et exécuté par Tiéba. Or la pénurie de vivre commençait à se faire sentir dans le camp de Samory. Il imagina d’y remédier en faisant réduire du lait en poudre par évaporation. Ce produit mélangé avec la farine du mèrè ou nèrè (Parkia biglobosa) était transporté en même temps que les munitions.

 

Samory profita d’une nuit très sombre du mois d’août 1888 pour lever le camp et s’enfuir vers Bissandougou. Tiéba le poursuit jusqu’au-delà de Tiongui et lui prit 403 chevaux.

 

Le mirage de Sikasso avait été un piège. L’Almany avait perdu sous les murs de Sikasso la fine fleur de son armée. Les crânes momifiés et décorés de Kèmè Bréma, Manigbè Mori et Nangafali seront offerts par le Fama de Sikasso aux Français.

 

F – La fin du règne de Tiéba

 

Au moment où Tiéba refoulait les restes de l’armée de samorienne, les guerriers de Kinian profitant de son éloignement attaquent Djitamana et le Minianka. Alors il retourne à Sikaso et marche directement sur Djitamana par Kouoro.

 

Sa colonne exécuta une des plus belle marche de l’histoire : 250 km en cinq (5) jours. Djitamana est sauvé, les guerriers de Kinian conduits par Kouroumina, successeur de Dioma, s’enfuient à l’approche de Tiéba. Une partie de son armée s’enferment à N’Torla qui leur avait fourni un contingent.

 

Tiéba mis le siège devant N’Torla. Au cours d’un assaut, son meilleur lieutenant Fanianama qui lui avait sauvé la vie dans une embuscade pendant la poursuite de Samory reçoit une balle dans le crâne. La répression est totale, la population de N’Torla et même les enfants furent massacrés.

 

Tiéba envoya une mission à Bamako saluer Archinard (1890). Cette mission présidée par Babemba reviendra à Sikasso après avoir assisté le 6 avril 1890 à la prise de Ségou. Le Capitaine Quiquandon et le docteur Crozat se joindront à Babemba pour rendre à Tiéba le salut de Archinard et résider auprès du roi de Sikasso afin d’établir une collaboration efficace et profitable du Kénédougou avec la France, en particulier dans la lutte contre Samory.

 

La même année, Tiéba donna une sévère correction au chef de Loutana, Fantoni, qui pillait les caravanes Dioula de passage dans son pays. Fantoni qui avait sollicité l’aide de Kinian est pris et décapité.

 

Toujours en 1890, Tiéba va s’attaquer à Kinian dont il n’avait jamais pardonné la participation à la bataille de Loutana. Après six (6) mois de siège, Kinian tombe aux mains des assiégeants, son chef Kouroumina finit par s’enfuir chez Samory où il resta jusqu’après la prise de Sikasso.

 

Les Bobo-Dioulas devant les succès de Tiéba ne se sentent plus en sécurité. Déjà celui-ci a franchi la Volta près de Samandéni. Tiéba installe son camp à Samandéni et envoie son frère Babemba menacer Bama (30km au Nord de Bobo-Dioulasso).

 

Les Ouattara de Bobo et ceux de Kong forment une coalition pour défendre Bama. Babemba ne se sentant pas de force pour soutenir une attaque contre cette imposante armée demande l’aide de Tiéba. Mais une épidémie d’influenza (sorte de grippe) décima les troupes.

Tiéba arrivant devant Bama, lui-même est touché par le mal. Il se replie sur Samandéni où il meurt cinq (5) jours après, le 27 janvier 1893.

 

Resté à Bama, Babemba lève le siège aussitôt et se rend à Samandéni. Le corps de Tiéba est enduit de graines de coton pilées avec des cauris, enfermé dans une peau de bœuf et conduit discrètement à Sikasso où il fut enterré la nuit dans la mosquée attenant au Dionfoutou. Le 16 février, les funérailles officielles eurent lieu à Bougoula.

 

G – Le règne de Babemba

 

A la mort de Tiéba, Babemba qui présida les funérailles devient roi de Sikasso. Mais très tôt il montra son hostilité vis à vis des Blancs.

Jaloux de conserver son indépendance, il ne cessa de répéter souvent au Commandant Quiquandon lors de sa seconde mission : « J’ai confiance aux Français, mais j’ai peur. A toi je ne veux plus d’autres résidents à Sikasso, à moins que ce soit toi. Si le Colonel Archinard veut me faire dire quelque chose, qu’il m’envoie un messager noir ». Il ne faut pas oublier que Babemba a été témoin de la prise de Ségou par Archinard.

 

Le Colonel Trentinian, Lieutenant-gouverneur du Soudan, très patient, voulait rassurer sans préjugés le frère et successeur de Tiéba, en respectant le plus longtemps possible les engagements pris vis à vis du souverain noir dont la loyauté vis à vis de la France était restée fidèle. Celui-ci voulait surtout concentrer ses forces sur Samory, afin de pouvoir un jour, cet ennemi abattu, établir sur Kénédougou un régime de protectorat effectif qui eut permit à Babemba d’avoir une vieillesse dorée. Il aurait donc fallu envoyer, près de lui, un messager en qui il aurait confiance. Peu d’officiers en dehors de Quiquandon eussent été capables d’accomplir avec succès une telle mission.

 

La mission du Capitaine Morisson

 

Le Colonel Trentinian, malade, rentre pour un traitement en France. Le Lieutenant Colonel Audéoud est chargé d’assurer l’intérim du poste de Lieutenant-gouverneur. Celui-ci voulait à la veille des opérations décisives contre Samory savoir à quoi s’en tenir définitivement sur l’attitude probable de Babemba.

 

Le Capitaine Morisson est chargé de faire cette délicate mission. Cette mission consiste, selon les autorités françaises, de confirmer et rétablir les relations amicales avec Babemba ; bien se mettre d’accord sur les frontières de son royaume, résider dans sa capitale Sikasso, instruire ses troupes et choisir un contingent destiné à coopérer avec les forces françaises de l’Est et du Sud.

 

L’envoyé du Colonel Audéoud, le Capitaine Morisson partit de Kayes dans les tous premiers jours de 1898. Comme toujours, des cadeaux d’apparence somptueuse étaient emportés par la « mission spéciale » : manteaux et selles brodées d’or, sabres à fourreau richement décorés, soieries aux coloris éclatants pour les femmes, cotonnades bleues ou blanches, fusils et munitions pour les soldats. Les plus précieux de ces cadeaux étaient quelques beaux chevaux achetés dans la région de Banamba. Un détail prouvait que la mission était chargée de demeurer longtemps à Sikasso : les tirailleurs avaient été autorisés à se faire accompagner de leurs femmes. Par Bamako, Bougouni Morisson atteint le Bagoé, frontières des états de Babemba et arriva le 27 janvier 1898 à Sikasso. Morisson est reçu et logé dans la partie Ouest de la ville, dans la maison d’un chef militaire (Mancourani). Le 28, c’est la prise de contact assez cordiale avec Babemba ; la présentation des cadeaux qui font grande impression et l’échange de courtoisie.

 

Le 29, Morisson lui expose l’objet de sa mission, notamment la mort du Capitaine Braulot et du Lieutenant Bunas par les troupes de Samory, tout en sollicitant le droit de passage par Sikasso de la colonne française vers le Sud.

Mais le 30 janvier, lorsqu’il demanda à Babemba de verser l’impôt annuel de 80 bœufs (qu’il avait l’habitude de donner aux Français à Ségou), et surtout quand il fit connaître au Fama le désir de lui accorder une maison pour lui et ses tirailleurs, un terrain près de l’eau où il pourrait cultiver un jardin et lui permettre, comme l’avait fait Quiquandon, d’instruire les sofas du Fama dans l’art de faire la guerre, Babemba ne put maîtriser sa colère.

 

Il répondit à l’officier, les Français ne commandent pas Sikasso.

 

Après avoir réuni son conseil de guerre, Babemba ordonna à Morisson de quitter Sikasso avant le prochain lever de soleil et lui renvoya même une partie des cadeaux à l’exception des chevaux, des fusils et des munitions.

Avant l’aube du 1er février, la mission se mit en route sur Bougouni, forçant la marche et évitant les villages.

 

Prévenu la veille, Babemba envoya Karamoko Traoré, un de ses chefs sofas, avec une forte escorte à Npèdougou (35 à 40 km de Sikasso) attendre le Capitaine.

 

Au signal de Karamoko, une multitude de sofas dissimulés dans les fourrés bondissent sur les tirailleurs, les désarment, leur enlèvent leur équipement, leurs munitions, leurs vêtements. Morisson lui-même subit des mutilations. Certains émettent qu’il fut circoncis et balafré.

 

Les deux (2) européens et les quinze (15) tirailleurs qui formaient la mission n’avaient plus qu’une ressource ; gagner Bougouni le plus-tôt possible. Le 8 février le Commandant de Bougouni, le Capitaine Coiffé les accueillait dans son poste.

 

Les préparatifs des représailles contre Sikasso

 

De Siguiri à Bamako, de Kayes à Saint-Louis, les Français crièrent vengeance. Le Capitaine Morisson, victime directe de l’affront, se prononça pour la guerre. Le Lieutenant-colonel Audéoud, Lieutenant-gouverneur par intérim, désireux de marquer son règne d’une action d’éclat, sauta sur l’occasion avec empressement.

 

Dans son message adressé au Gouverneur Général Chaudié, Audéoud écrivait : « Dans la situation actuelle au Soudan, l’insulte faite par Babemba à la « mission Morisson » peut avoir des funestes conséquences si elle n’est pas punie rapidement et rigoureusement ».

Chaudié, après consultation des autorités de Paris ordonne une punition exemplaire à Babemba.

 

Morisson lui-même reconnaît les difficultés de l’opération. D’abord il y a l’impressionnante forteresse « Tata » que Babemba a renforcée un peu après le départ de la « Mission ». Mais aussi, pour préparer la ville contre les balles incendiaire, le Fama avait interdit sous peine sévère, la construction de toit en paille, excepté ceux strictement nécessaires aux petits greniers à mil.

 

Tous les moyens sont mis en œuvre pour la réussite de l’opération. Après des préparatifs lents et bruyants, le détachement se met en route le 4 avril 1989. Après un voyage éprouvant, la colonne arrive enfin à Sikasso, médusée à la vue du prodigieux panorama ; en bas, dans la plaine, la ville de Sikasso s’étale, immense et formidable. Dominée par une citadelle d’aspect puissant et massif, cloisonnée comme par des remparts intérieurs, cette cité paraît être à première vue, une place de guerre des plus redoutables.

 

Le siège de Sikasso et la mort de Babemba

 

Le 15 avril, la colonne française est aussitôt harcelée par les défenseurs de la ville. Presque toutes les nuits, il y a de nombreuses alertes. Durant le siège, les guerriers du Kénédougou sortaient du « Tata » et contre-attaquaient les assaillants qu’ils mirent plus ou moins en difficulté. Malheureusement pour eux, les canons français étaient là pour faire pleuvoir sur eux une « pluie de feu ». Du comportement de ses adversaires, Audéoud lui-même un témoignage éclatant : « Les sofas se sont partout et toujours montrés d’une bravoure admirable, venant gesticuler à 150 mètres de nos feux de salves, hurlants des injures, des menaces et des moqueries quand un obus décimait leurs rangs, nous harcelant sans trêve ni repos, faisant preuve en toute circonstance d’un mépris absolu du danger ».

 

Pendant quinze (15) jours, les troupes françaises oeuvrent pour la mise en place des batteries de siège. Babemba accompagné de ses neveux Ibrahima, Fatogoma et de ses frères Sambatiénoko et Bembatieni et une escorte de 200 sofas parcouraient chaque jour la ville inspectant les divers groupes de défense.

La place était défendue :

  • A Mankourani par Kélétigui Berthé avec 3 000 hommes,
  • Au Nord Est, face à l’artillerie, Amadou et Fô, avec 2 500 hommes protégés par un avant poste commandé par Gombélé,
  • A l’Ouest du Mamelon, 1 000 hommes sont commandés par Kaféla, – Amadou,
  • Plus de 1 000 hommes gardent les portes de sortie du Dionfoutou sur le marigot.

 

Le 25 avril, dans une reconnaissance au village de Sokourani, le Lieutenant Gallet est tué d’une balle au front. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, tout était près pour l’assaut final.

« En face du camp obscur et silencieux des Français, Sikasso, illuminée de feux innombrables dont le reflet rougit la voûte des nuages, fait sa veillée d’armes dans une rumeur puissante de foule surexcitée et dans un vacarme infernal de tam-tam, de hurlements et de cris ».

 

Le 1er mai à 4 heures du matin, les forces françaises s’ébranlèrent. Après plusieurs brèches dans les murs du « Tata », le combat s’engagea, meurtrier et infernal. Les assiégés se défendirent pied par pied, maison par maison. Une à une, les parties de la ville tombèrent entre les mains de l’ennemi.

 

Restait le Dionfoutou où Babemba, blessé dans le combat, s’était retiré. Vers 15 heures, le Commandant Pineau, Chef d’état-major prend le commandement des troupes d’assaut éprouvées. Après deux (2) brèches opérées dans l’enceinte du Palais, les troupes françaises s’élancent à l’assaut du Dionfoutou.

 

Alors Babemba sentant la cause perdue, ordonna au Commandant de sa garde, Tiécourou Sanogo, de le tuer. Partagé entre le devoir et le sentiment, celui-ci le blessa. Alors il lui arracha le fusil et de ses propres mains se donna le coup de grâce. Il mourut en héros, au pied de son trône où les Français, plein d’admiration, trouvèrent tout chaud encore, son corps baigné de son sang. Ce fut par une fin aussi digne qu’il accomplit le serment qu’il avait fait à son peuple : « Moi vivant, les Français ne commanderont pas Sikasso ».

 

Le chef sofa Koné, le griot Diélimari, et Karamoko le persécuteur de la colonne Morisson supplient à leur tour Tiékourou de leur épargner de la honte de tomber entre les mains des Français. Tiékourou tourne ensuite son arme contre lui-même. Ils ont voulu partager le sort de leur maître.

Cette journée du 1er mai coûta la vie à un officier français, le Lieutenant Loury, deux (2) officiers et cinq (5) sous-officiers furent blessés.

 

De la famille royale, les survivants étaient Fô, Amadou, Fatogoma, Kaféla-Amadou, Sambatiémoko et Bembatiéni. Kaféla-Amadou se pend, Fô et Amadou rejoignent Samory dans le Koyaradougou (Séguéla en Côte d’Ivoire), Fatogoma malgré sa blessure décide de les accompagner. Mais las de la vie errante de Samory, Fô et Amadou se rendent aux Français.

 

Le royaume du Kénédougou, dernier vestige du grand empire bambara, dont l’existence semble avoir eu une durée de deux (2) ou trois (3) siècles, s’effondrait dans un drame militaire qui n’est pas sans grandeur.

 

H – L’époque coloniale

 

La prise de Sikasso a eu un retentissement politique considérable. L’autorité française sur le Soudan est fermement établie, ouvrant ainsi la porte de l’empire mobile de Samory.

Le Capitaine Coiffé qui commandait une des colonnes d’assaut lors de la prise de Sikasso, est alors chargé d’administrer un nouveau Cercle formé outre de l’ancien royaume du Kénédougou, des territoires de Kinian, du Ganadougou, une partie du Minianka, le Foloma, etc.

 

L’administration coloniale

 

Le Cercle fut divisé en douze (12) cantons : Kaboïla, Zéguédougou, Bougoula, Fama, Natié, Molasso, Kapolondougou, Gana-Nord, Gana-Sud, N’Golasso, Nienguélendougou et Folona.

 

Quatre (4) chefs de cantons résidaient à Sikasso : celui de Kaboïla, de Fama, de Bougoula et de Natié. Ces quatre cantons ont pris le nom du plus gros et du plus ancien village proche de la ville de Sikasso (Kaboïla sur la route de Bouaké, Fama non loin de la route de Sikasso-Kléla, Bougoula sur la route de Bobo-Dioulasso, Natié sur la route de Bamako).

 

Les chefs de canton étaient :

  • Soit des membres de la famille royale déchue,
  • Soit leurs généraux célèbres qui ont survécu à l’assaut final ou des membres de leur famille,
  • Soit des chefs choisis au gré de l’administration coloniale.

 

ü A Bougoula : Le 1er chef de canton fut Samba Tiémoko Traoré fils de N’Golokounanfa, frère aîné de Tiéba. Décédé en avril 1929, il est remplacé par son fils Fatagoma Traoré, puis par Mamadou Traoré en 1931 et Souleymane Djan Traoré en 1932, décédé en novembre 1963.

ü A Fama : Bembatiéni Traoré et nommé chef du canton jusqu’en 1934. Décédé, il est remplacé par son fils Bakary traoré dit « Bakary Fama », puis par Fatogoma Traoré en 1947.

ü A Kaboïla : Kélétigui Berthé est nommé chef de canton jusqu’à sa mort en juin 1915. Sa famille perdit la chefferie pendant deux ans au profit de Bakary Ouonogo. En 1917 Abdourahamane Berthé est nommé chef de canton et le restera jusqu’à la suppression de la chefferie en 1957.

ü A Natié : Kouloudiougou Koné est nommé chef de canton. Décédé en 1926, il est remplacé par Alakanté Sanogo, puis par Sinaly Sanogo en 1941.

ü A Nienguélendougou : Kéréforo Sogodogo est nommé chef de canton. Il est remplacé par son fils Tounon Sogodogo en 1923, puis par Mamadou Sogodogo en 1642, fils de Tounon.

ü A Folona : Baba Koné est nommé chef de canton à Ngoko. En 1903 Daba Bamba, un commerçant originaire de Niamina, devient chef de canton. Il transféra le canton de Ngoko à Misséni. Mort en 1920, il est remplacé par son fils Bakary Bamba.

ü A Molasso : Toufekoi Sanogo est nommé chef de canton en 1912. Il est remplacé par son fils Notantougou en 1920.

ü A Zéguédougou: Amadou Coulibaly est nommé chef de canton. Il est remplacé en 1922 par son fils Adama Coulibaly.

ü A Kapolondougou: Kalifa Sanogo est nommé chef de canton. En 1906, il est remplacé par son frère Nama Sanogo. En 1926, Diané Sanogo remplace Nama. En 1943, Moussa Sanogo succède à son père Diané Sanogo.

ü A N’Golasso : Bakary Traoré est nommé chef de canton en 1927. Il est remplacé par son frère Ousmane en 1942 et en 1944 ; à Ousmane succède son fils Siaka Traoré.

ü A Gana Nord : Kossoni Lamine Diallo est nommé chef de canton. Il est remplacé en 1917 par Dionfinko Diallo, par Mamourou Diallo en 1934. Mamourou meurt en 1951 et la même année, Gana Nord et Gana Sud sont rattachés. En 1953 Lamine Diallo est élu chef de canton du Ganadougou unifié.

ü A Gana Sud : Diankoro Diallo est nommé chef de canton en 1906. En 1932 Filatié Diallo devient chef de canton du Gana Sud.

 

Plus que jamais, la chefferie demeure le rouage indispensable de l’administration coloniale, moyen décisif qui, au bas de l’échelle, doit satisfaire à toutes les exigences.

 

Le même équivoque pèse sur les conditions du chef. D’un côté on l’exalte comme étant le témoignage du respect des « coutumes » et des « institutions africaines ». Mais d’un autre côté, on rappelle qu’il n’existe que par la volonté du colonisateur, et qu’il ne saurait en être autre chose que son instrument.

 

Une deuxième contradiction pèse sur une fonction de chef : d’un côté, il est le représentant et l’exécutant de l’autorité administrative, de l’autre, il est le représentant seul reconnu et responsable de la collectivité africaine à la tête de laquelle il est placé. Il se trouve donc pris, pour ainsi dire, entre le marteau et l’enclume. Il ne bénéficiait d’aucune garantie jusqu’en 1934-1936, où des arrêtés fixeront enfin leur statut.

 

Le Gouverneur Général de l’A.O.F Van Vollenhoven écrivait à propos de la chefferie :

 

« Le chef de canton, fut-il le descendant du roi avec lequel nous avons traité, ne détient aucun pouvoir propre. Nommé par nous, après un choix discrétionnaire, il est et il est seulement notre auxiliaire ».

 

Et le Gouverneur de préciser :

 

« Le canton est constitué par un groupement de villages. Il est placé sous l’autorité d’un agent de l’administration indigène, qui prend le nom de chef de canton. Celui-ci est assisté éventuellement par un secrétaire qui le seconde et au besoin le supplée.

Les chefs de canton et le secrétaire du chef de canton sont nommés par le Lieutenant-gouverneur sur la proposition du commandant de Cercle ».

 

L’inspecteur des colonies auteur de ces lignes sans équivoque, précise que le choix du chef au sein des anciennes familles régnantes est préférable afin d’utiliser leur prestige. Mais ce choix n’est à retenir que s’il ne présente pas ailleurs d’autres inconvénients.

 

Le chef de canton, agent indigène de l’administration, n’est pas un fonctionnaire. Pour subvenir à ses besoins et aux lourdes charges que l’administration lui impose, il n’a que de maigres remises sur l’impôt. L’administration doit donc fermer les yeux sur les exactions auxquelles il se livre pour y suppléer : « tant pis si la tâche est impossible ».

 

C’est le chef qui ira en prison ou sera destitué :

  • si l’impôt ou les cotisations ne rentrent pas,
  • si la route est mal entretenue,
  • si les denrées exigées ne sont pas fournies à temps et dans la qualité voulue,
  • si les recrues pour le travail forcé ou les tirailleurs ne sont pas fournis.

 

A lui de se débrouiller ; ce qui, en même temps dégage la conscience de l’administrateur du choix des moyens. Le chef se salira les mains au besoin.

 

Sous la menace constante de la violence, le chef reporte la violence sur ses administrés. C’est cette violence qui demeure en définitive, la seule base constante de son autorité. Le peuple subissait l’implacable chicote.

 

Un chef de canton pour recouvrer l’impôt en retard, faisait faire un grand feu à la place du village, sous le chaud soleil de midi. Les contribuables qui ne se seraient pas exécutés sont déshabillés et placés autour du feu. Ils ne partiront qu’après avoir versé intégralement la somme fixée. Les victimes démunies tombaient morts auprès du feu.

Un autre au cours de sa tournée rencontra un contribuable décédé, mais qui n’avait pas encore versé son impôt. Il fît arrêter le cortège funèbre, déshabilla le défunt, lui infligea quelques coups de fouet, faisant rappeler ainsi aux vivants qu’ils ne seront point épargnés.

Le sujet est soumis également aux multiples obligations du travail forcé :

  • Prestations pour les travaux administratifs qui constituent un complément de l’impôt ;
  • Recrutement exceptionnel pour les grands travaux ou les entreprises privées.

La guerre vient s’ajouter aux charges du travail forcé, celle du service militaire.

 

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