Oumar Tamboura : «L’état végétatif des cultures est bon dans l’ensemble»

Dans cet entretien qu’il a accepté de nous accorder, le directeur national de l’agriculture analyse le déroulement de la campagne agricole en cours. Oumar Tamboura évalue à 97,24% le taux de superficie emblavée toutes céréales confondues, avant de révéler les mesures prises pour faire face aux effets néfastes de la pandémie de la Covid-19 sur les cultures

 

L’Essor : La campagne agricole 2020-2021 semble avoir pris du retard. Qu’en pensez vous ?

Oumar Tamboura : Évidemment, la campagne agricole 2020 a pris du retard à cause de l’installation tardive des pluies. C’est à partir de la deuxième décade du mois de juillet que les pluies ont commencé à être abondantes et régulières. Toutefois, le cumul des pluies du 1er mai au 10 août dernier est supérieur à la moyenne de 1981-2010 et à celui de 2019 dans l’ensemble.

L’Essor : Du début de l’hivernage à ce jour, qu’est-ce que vos services techniques ont constaté sur le terrain ?

Oumar Tamboura : Du démarrage de la campagne agricole 2020 à nos jours, les services techniques ont noté l’installation tardive de l’hivernage. Mais, les différentes missions de supervision effectuées récemment sur le terrain par les directions régionales de l’agriculture (DRA) ont noté que l’état végétatif des cultures est bon dans l’ensemble. Et les niveaux de réalisation sont satisfaisants à ce jour. En témoignent les données compilées à la date du 31 août dernier. Sur un objectif d’emblavure, toutes céréales confondues, de 6.023.024 hectares, 5.857.387 hectares ont été réalisés, soit un taux de réalisation de 97,24%.

Il est reparti comme suit : riz : 934.039,54 hectares réalisés sur un objectif de 941.985 hectares, soit un taux de 88,54%. Concernant les céréales sèches (maïs, mil, sorgho, blé et fonio), une surface de 5.023.347 hectares a été réalisée sur un objectif attendu de 5.074 768, soit 98,99%.

L’Essor : La crise sanitaire a-t-elle impacté la campagne. Si oui, quelles sont les mesures prises ou en passe de l’être pour réduire les effets de cette pandémie sur la campagne ?

Oumar Tamboura : Aucun secteur n’est et ne sera épargné par cette épidémie. Pour atténuer les effets, le département en charge de l’Agriculture a élaboré un plan de riposte soutenu par plusieurs partenaires ; à savoir Alliance for a Green Revolution in Africa ou l’Alliance pour une révolution verte en Afrique en français (Agra), la Coopération allemande à travers la GIZ, l’Uemoa. Les actions sont alors en cours pour diminuer les séquelles de cette pandémie sur la campagne agricole notamment.

Cela à travers la sensibilisation des producteurs par les médias, le renforcement des capacités des agents sur la vulgarisation à travers les Tic, la distribution de kits de protection (masques, gants, gels hydroalcooliques, kits de lavage, etc.), la distribution de semences aux producteurs vulnérables.

L’Essor : Quels sont les objectifs de production céréalière au titre de la campagne 2020-2021 ?

Oumar Tamboura : Les objectifs de production de céréales consignés dans le plan de campagne agricole 2020 sont de 11.093.093 tonnes.

L’Essor : Le gouvernement et les cotonculteurs étaient à couteaux tirés sur le prix d’achat du kg de coton. Ces incompréhensions ont-elles eu des conséquences sur le bon déroulement de la culture du coton ? Les prévisions de production attendues ne seront-elles pas compromises ?

Oumar Tamboura : La première année du nouveau Programme de développement stratégique 2019-2024 a connu un démarrage très agité. Les préparatifs de la campagne se déroulent dans de bonnes conditions avec comme faits marquants : la paie de la totalité de la production de la campagne précédente avant fin avril 2020, la satisfaction des besoins des producteurs en intrants agricoles, le pourvoi des postes vacants en agents d’encadrement.

Cette bonne préparation n’a pas mis la filière à l’abri du mouvement de mécontentement des producteurs ayant pour origine, la baisse à 200 Fcfa du prix d’achat du coton graine aux producteurs, contre 275 Fcfa le kilogramme en 2019-2020 suite à la chute des cours mondiaux de la fibre.

S’y ajoutent la cession des engrais du système coton au prix coûtant, la contestation des résultats du renouvellement des instances du réseau coopératif des producteurs de coton dans plusieurs secteurs. Dans le cadre de l’apaisement du climat social, l’État a accordé une subvention de 15 puis 50 Fcfa sur le prix du 1er kilogramme de coton-graine (le 1er choix).

Cette subvention a été étendue de façon exceptionnelle sur la quantité d’engrais nécessaire pour cultiver 395.000 hectares de coton et 330.000 hectares de maïs. Cette perturbation sociale, associée à celle du changement climatique (retard dans l’installation de la pluie et sa mauvaise répartition en début de campagne) a eu des effets sur le niveau de réalisation du coton qui est aujourd’hui de 21%, contre 99% pour la campagne passée.

L’Essor : En quoi cette campagne se distingue de celle de l’année dernière ?

Oumar Tamboura : La particularité cette année est la bonne répartition des pluies dans le temps et dans l’espace, malgré l’installation tardive de l’hivernage, la diminution considérable des superficies cultivées pour le coton, l’augmentation significative des superficies destinées à la culture de céréales et autres.

À ceux-ci s’ajoutent la difficulté dans la mise en œuvre de la subvention des engrais, la présence de la chenille légionnaire «Spodoptera frugiperda (NDLR, un insecte ravageur)» sur le maïs avec des dégâts non significatifs, et beaucoup de semis et repiquages ​​tardifs dus à la non culture du coton et à la bonne pluviométrie.

L’Essor : Est-ce que toutes les dispositions sont prises pour faire face aux nuisibles ?

Oumar Tamboura : L’Office de protection des végétaux (OPV) a pris les dispositions pour faire face aux différentes menaces des nuisibles des cultures, des récoltes et des pâturages. Il s’agit notamment du renforcement des capacités d’intervention des secteurs de protection des végétaux (OPV) en termes de ressources humaines et de moyens logistiques (véhicules, motos, appareils de traitement) pour une meilleure couverture des bassins de production agricole.

Les agents de la protection des végétaux ont mené des prospections afin d’apporter les appuis conseils nécessaires pour la bonne gestion des différents nuisibles des cultures dans les bassins de production agricole.

On peut noter également la mise en place dans tous les bassins de production de maïs de bio-insecticide (20.000 litres de Rapax) pour lutter contre la chenille légionnaire d’automne qui est le ravageur le plus important de cette culture et qui menace la sécurité alimentaire au Mali.

Les brigades villageoises d’intervention phytosanitaire ont aussi sensibilisé les producteurs à mener des actions de prévention et de traitement contre les nuisibles dans leurs champs tout en privilégiant les méthodes alternatives de lutte pour la préservation de la santé humaine et environnementale. Le renforcement du système de collecte et de remontée de l’information phytosanitaire a également permis de prendre à temps les décisions pour gérer les poches d’infestations de nuisibles des cultures, notamment les oiseaux granivores, les chenilles, les rongeurs et les sauteriaux.

Globalement, les infestations de nuisibles constatées sur les cultures de la campagne agricole en cours ont été circonscrites, aucun dégât majeur n’a été enregistré. Au total, 92.826 hectares ont été prospectés, 49.708 hectares étaient infestés sur lesquels 28.679 hectares ont été traités. La pression des déprédateurs est dans l’ensemble sous contrôle. Cependant, des menaces d’oiseaux granivores et de sauteriaux planent sur les cultures dans la bande sahélienne et en zone Office du Niger. Des dispositions sont en cours entre le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Économie et des Finances pour y remédier.

L’Essor : Justement, beaucoup de paysans se plaignent de la faible disponibilité des engrais. Cette situation semble réduire à néant tous les efforts déployés pour réussir une bonne campagne agricole. Quelles sont les mesures prises pour éviter une baisse drastique des résultats due à cette faible disponibilité des engrais ?

Oumar Tamboura : Effectivement, plusieurs difficultés ont entravé l’approvisionnement à temps des producteurs en engrais subventionné au titre de cette campagne agricole. Outre la démission du gouvernement en début juin qui a entraîné des retards dans la prise de décisions, les fournisseurs retenus ont posé comme conditions préalables à l’approvisionnement des producteurs en engrais subventionnés le paiement de leurs arriérés pour les campagnes agricoles 2017, 2018 et 2019. Face à cette situation, l’État a payé une partie des arriérés (13.962.129.500 de Fcfa).

Certains fournisseurs ne se sont pas engagés à mettre à disposition des producteurs les engrais subventionnés. Mais, il faut reconnaître que beaucoup de producteurs ont payé au prix coûtant les engrais sur le marché et actuellement les niveaux de réalisation en superficies pour les céréales et l’aspect végétatif des cultures sont satisfaisants dans l’ensemble.

L’Essor : Il pleut beaucoup ces derniers temps. À ce rythme, des risques d’inondation de parcelles ne sont pas à exclure. Les services techniques sont-ils prêts à venir au secours d’éventuels sinistrés ?

Oumar Tamboura : La plateforme pour la gestion des risques et catastrophes a été mise en place au niveau de la direction générale de la protection civile. Elle est composée des services techniques dont la direction nationale de l’agriculture et des PTF (Pam, Ocha, FAO, etc.). Chaque fois que des cas d’inondation surviennent, les services techniques procèdent à l’évaluation des dégâts qui sont transcrits dans un rapport circonstancié et transmis aux autorités pour disposition à prendre.

L’Essor : La situation sécuritaire n’est pas rassurante dans beaucoup de zones de cultures comme l’Office du Niger, les zones situées dans les régions de Mopti et du Nord du pays. Quelles sont les mesures envisagées pour permettre aux paysans de s’occuper des travaux champêtres en toute sécurité sur toute l’étendue du territoire ?

Oumar Tamboura : La situation sécuritaire suscite beaucoup d’inquiétudes sur le terrain dans ces localités. Il revient aux autorités de prendre toutes les dispositions pour sécuriser les populations et leurs biens, notamment les exploitants agricoles.

Propos recueillis par Abdoul Karim COULIBALY

Source : L’ESSOR

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