Extrêmement lucrative, la traite des personnes est le 3e crime le plus rentable dans le monde après le trafic de drogue et des armes légères. Un expert nous a révélé à Sikasso (atelier de l’ONUCD du 29 au 31 janvier 2020) que, dans la capitale d’un pays voisin du Mali, on a récemment décompté 30 000 enfants talibés qui doivent rapporter à leurs maîtres au moins 500 F Cfa par jour. Ce qui donne au total 15 millions tous les jours et plus de 5 milliards  (5 450 000 000 F Cfa) l’an. Imaginez alors le montant à l’échelle d’un pays où l’exploitation d’enfants comme mendiants sous le couvert de l’apprentissage religieux (talibés) est une tradition bien ancrée ?

Au Mali, le phénomène prospère malgré une législation assez répressive. En effet, dans notre pays, les auteurs de traite encourent 2 à 4 ans d’emprisonnement 1 à 5 millions d’amende. Une législation tombée en désuétude comme d’ailleurs beaucoup d’autres à cause de la corruption ou de manque de volonté politique maquillée par des discours démagogiques.

Un Comité national de lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées existe et est à pied d’œuvre pour réellement faire face à ce crime juteux. Mieux, un office est en gestation à travers deux lois qui sont déjà dans le circuit du travail gouvernemental. «Nous espérons que cet office verra le jour d’ici la fin de cette année 2020», a souhaité M. Boubacar Touré, magistrat et conseiller technique au ministère de la Justice et des Droits de l’Homme et coordinateur du Comité national de lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées.

Il faut noter que la mendicité est déjà une infraction au code pénal malien. Mais, les victimes et leurs défenseurs se heurtent  à une application timide de la loi en matière. Pour M. Touré, qui était l’un des formateurs à l’atelier de Sikasso, la difficulté à combattre la traite de la mendicité est liée à la capacité de nuisance des marabouts.

Dans un pays où l’islam est la religion dominante, ces auteurs de traite déguisés en marabout peuvent manipuler la foule pour exercer la pression sur l’autorité politique généralement frileuse. C’est pourquoi de fléau social, on se retrouve de nos jours face à des réseaux, à une «mafia bien organisée»

M.B

Source: lecombat