Les Comités exécutifs nationaux des syndicats autonomes des administrateurs civils (SYNAC) et libre des travailleurs du ministère de l’Administration territoriale (SYLTMAT), en montrant la voie de l’abandon de poste à leurs militants portent une responsabilité historique dans une éventuelle faillite de l’État.

Protéger leurs membres face aux risques d’agression, en leur demandant de se replier sur les localités plus sécurisées, donc d’abandonner leurs postes, c’est le principal mobile des deux syndicats autonomes.

Sur le principe, ‘’la défense des intérêts matériels et moraux des travaux’’, raison d’être de toute organisation syndicale, est-elle extensible au point de pousser à un abandon de poste ?

Le législateur malien a pourtant placé la personne humaine au-dessus de tout, même de la première institution de la République, à savoir le Président de la République. Les connaisseurs reconnaitront que le Mali fait partie de la ‘’short list’’ des pays à consacrer l’article 1er de leur Constitution à la personne humaine : ‘’la personne humaine est sacrée et inviolable. Tout individu a droit à la vie, à la liberté, à la sécurité et à l’intégrité de sa personne’’.

Découlant de cette disposition, la responsabilité première de protéger les personnes et les biens, sur toute l’étendue du territoire national, incombe à l’État. Une des fonctions régaliennes de l’Etat est : ‘’assurer la sécurité intérieure et le maintien de l’ordre public avec, notamment, des forces de police’’(le terme « police » désigne de manière générale l’activité consistant à assurer la sécurité des personnes, des biens et maintenir l’ordre public en faisant appliquer la loi. Il faut entendre par le terme « loi », les règles et normes formelles d’un code établi dans un pays. Les forces de police sont les agents qui exercent cette fonction).

Mais, peut-on raisonnablement soutenir que l’État assume pleinement ses fonctions régaliennes quand des Préfets sont enlevés par des jihadistes, quand presque des villages entiers sont massacrés, quand un climat anxiogène s’empare de tout le pays et que même les Forces de défense et de sécurité au lieu de sécuriser sont les victimes de l’insécurité ?

Mais, d’un autre point de vue, les Maliens ne devraient avoir d’autre choix que d’être ‘’fidèles’’ au destin du Mali, de répondre à l’appel du Mali (A ton appel Mali…), de chanter crânement : ‘’si l’ennemi découvre son front, Au dedans ou au dehors, Débout sur les remparts, Nous sommes résolus de mourir, pour l’Afrique et pour toi, Mali (…)’’. Telle est notre foi professée dans notre Hymne national ‘’Le Mali’’.

De même, l’article 22 de la Constitution du 25 Février 1992 dispose : ‘’la défense de la patrie est un devoir pour tout citoyen’’.

Cet engagement patriotique est d’autant plus important qu’il y a quelques jours seulement que le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, Tiébilé DRAME, plaidait devant le Conseil de sécurité de l’ONU :‘’le Gouvernement, demande une présence accrue de la MINUSMA dans les régions du centre du Mali, aux côtés des Forces de défense et de sécurité maliennes afin de protéger les populations civiles et leurs biens, de mettre un terme au cycle de violence et de permettre le retour de l’administration et des services sociaux de base’’.

Peut-on objectivement demander à des soldats de la MINUSMA, des non-Maliens, de risquer leur vie au Centre, quand des administrateurs maliens désertent ce Centre pour ne pas risquer leur vie ? Il y a un paradoxe évident.

Du point de vue de l’histoire récente du pays, la résistance s’impose aux Maliens. En effet, en 2012, quand l’armée a été mise en déroule, les représentants de l’État et même plusieurs élus ont détalé sans demander leur reste. Le vide laissé a été comblé par les narco-jihadistes qui ont laissé un souvenir cauchemardesque, après l’occupation des 2/3 du territoire national.

Or, en 2019, cette année, il n’y a pas d’Opération Serval à espérer. Elle est là, à travers BARKHANE, ensablée comme on peut le constater. Dès lors, le salut du Mali passera par sa résilience. Un proverbe français dit : ‘’la victoire est d’autant plus belle que la difficulté de surmonter est plus grande’’. Il importe de garder à l’esprit que ce qui peut être considéré comme une conséquence de l’insécurité (l’abandon de poste par les administrateurs) peut en être également une des causes.

C’est connu qu’au Mali nous faisons face à un patriotisme frileux à géométrie variable, à presque tous les niveaux. Mais, l’effroyable perspective de confier le destin du Mali à des mains étrangères ne devrait-il pas conduire les Maliens à s’approprier l’antienne du chanteur : ‘’ (Samory) i lô, i lô, Bori ban ta’’ (fin de course) ?

Le défi pour le Mali et les Maliens est d’arrêter de fuir, de se retourner et d’affronter courageusement notre destin commun.

PAR BERTIN DAKOUO

Source: info-matin