Au Mali, à la suite des affaires dites des hélicoptères cloués au sol, des équipements militaires, des blindés en carton, de l’article 39 de la loi N° 2018-007 du 16 janvier 2018, portant statut du personnel enseignant du secondaire, du fondamental et de l’éducation préscolaire et spéciale (…), la confiance entre gouvernants et gouvernés a pris un sérieux coup. Avec la pandémie du Coronavirus, le faussé s’est agrandi. À la différence de plusieurs pays voisins, l’État du Mali a brillé par son incapacité notoire ou sa mauvaise foi d’assister les populations en danger, à travers les secteurs vitaux de l’économie.

L’ouverture d’un Fonds spécial COVID-19 par le gouvernement, dans ce contexte, est loin d’arranger les choses. Selon certains observateurs, 70 % des Maliens pensent que les fonds mobilisés par le Gouvernement et les bonnes volontés pour lutter contre le Coronavirus seront détournés. Des appels à la prudence se multiplient sur les réseaux sociaux, mettant du coup les autorités dans une position de vulnérabilité face à leurs gouvernés. Dès ce 1er avril 2020, une note de recherche du centre de réflexion du ministère des Affaires étrangères alerte sur cette vulnérabilité politique des États africains face à « l’onde de choc » de la pandémie.

Il s’agit, dit-on, d’un outil de réflexion du ministère des Affaires étrangères, qui alerte l’exécutif français sur le risque d’une « déstabilisation durable » en Afrique où la pandémie pourrait « amplifier les facteurs de crise des sociétés et des États ».

« L’onde de choc à venir du Covid-19 en Afrique pourrait être le coup de trop porté aux appareils d’État », peut-on lire dans la note diplomatique du CAPS titrée de « L’effet pangolin » : la tempête qui vient en Afrique ? révélée le 1er avril par le journal économique La Tribune et dont Le Monde Afrique a eu connaissance. En Afrique, où la crise n’en est qu’à ses prémices – 7 028 cas et 284 morts officiellement recensés vendredi 3 avril –, le Covid-19 pourrait devenir « un virus politique » où « l’État va faire massivement la preuve de son incapacité à protéger ses populations », anticipent les analystes du CAPS. Dans cette réflexion tranchante, ils pointent en particulier la vulnérabilité de certains pouvoirs économiquement faibles et contestés politiquement, moins robustes et structurés que d’autres.

L’« effet de comparaison » pourrait être ainsi un déclencheur de crise. Car il serait « défavorable » à « certains États fragiles ou dont les politiques publiques sont défaillantes au miroir d’autres États africains aux institutions plus solides qui incarnent l’autorité. L’inquiétude vise particulièrement « des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale) » pour lesquels « cette crise pourrait être le dernier étage du procès populaire contre l’État, qui n’avait déjà pas su répondre aux crises économiques, politiques et sécuritaires ».

L’effondrement d’économies prédatrices, largement dépendantes de partenaires occidentaux et des aides au développement en partie détournées, pourrait être, selon les analystes, précipité par les mesures de confinement. Celles-ci, imposées par la force et difficilement tenables sur plusieurs semaines, « saperont l’équilibre fragile de l’informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social ».

Par Sidi DAO

Source: info-matin