Ségou : Les jeunes s’investissent dans l’entrepreneuriat agricole

Grâce au soutien de l’état et des partenaires, la plupart d’entre eux arrivent à tirer leur épingle du jeu

C’est un désespoir immense qui nourrit bon nombre de jeunes depuis des années. Les perspectives pour obtenir un job juste à la sortie de l’école sont encore minces. Face à la dure réalité de la vie, certains jeunes ont opté pour le secteur informel. D’autres essaient tant bien que mal de braver le désert et la mer en vue d’une amélioration de leurs conditions de vie.

Pourtant, les jeunes gagneraient davantage à s’intéresser un peu plus à l’entrepreneuriat agricole pour favoriser leur insertion professionnelle, créer de nouvelles entreprises en milieu rural et contribuer à la sécurité alimentaire du pays. Le secteur agricole est la nouvelle poule aux œufs d’or des jeunes entrepreneurs de la Cité des Balanzans qui sont de plus en plus nombreux à s’y aventurer. Les métiers de la production animale et végétale comme l’aviculture, la pisciculture, le maraîchage, l’embouche bovine, l’apiculture, la riziculture ont le vent en poupe.

L’envie d’entreprendre dans le secteur agricole a toujours titillé le jeune Moustapha Ouédraogo. Cela fait exactement 2 ans que l’ancien étudiant et diplômé en agronomie s’est lancé dans l’aventure en mettant en place une ferme avicole nichée dans la Commune rurale de Sébougou, où il élève des poules pondeuses pour la production d’œufs. C’est après avoir effectué très minutieusement une étude exhaustive au niveau de différents points de vente de la ville de Ségou que le jeune Ouédraogo est parvenu à la conclusion que malgré l’existence de producteurs au niveau de la région, la demande en œufs et en poulet de chair ne cessait de croître.

Autre constat, certains responsables de poulaillers avaient mis sous le paillasson. Tout en découvrant l’immense opportunité et les besoins criards à combler, Moustapha Ouédraogo a saisi l’opportunité. «La demande était là et le marché aussi. J’ai commencé avec 500 poules pondeuses», se souvient-il. Aujourd’hui, l’aviculture nourrit bien son homme. «Ça va bien dans l’ensemble. L’activité est très rentable. Je parviens à subvenir à mes besoins», témoigne le jeune entrepreneur qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Son ambition est galopante : «Je compte cultiver des légumes sous serre et installer des couveuses», nous confie-t-il.

Cependant, quelques obstacles se dressent sur sa stratégie d’expansion. Cette terre agricole sur laquelle il exerce son activité ne lui appartient pas. «Le propriétaire me l’a offert en location. Il est difficile pour moi d’investir à suffisance sur cet espace afin d’augmenter ma production», regrette-t-il. Malgré cette contrainte, le jeune Ouédraogo se nourrit d’un véritable optimisme qui devrait servir de viatique à tous nos compatriotes.  .

L’aventure entrepreneuriale de Minèko Bengaly est aussi intéressante à relater. Âgé de 26 ans, le jeune agronome a trouvé son bonheur dans l’embouche bovine. Cet ancien étudiant de la Faculté d’agronomie et de médecine animale de Ségou (FAMA) a décidé après ses études de prendre des risques et de voler de ses propres ailes. Il gère depuis une unité d’embouche bovine. Le natif de Koutiala a toujours baigné dans le milieu agricole. «Depuis ma tendre enfance, je gardais les moutons et prenais soin du troupeau. Ce qui m’a permis non seulement d’avoir plus d’expérience dans l’élevage et d’entreprendre dans ce secteur», raconte-t-il.

Conscient de la lourde tâche qui l’attend, il enchaîne les formations et reste à l’affût de potentielles opportunités. Dès l’annonce de la deuxième édition de la Compétition de plans d’affaires (CPA) organisée par le PROCEJ, Minèko Bengaly dépose sa candidature. Le jeu en valait la chandelle. Il sera retenu avec une centaine de jeunes avant de bénéficier d’un coaching entrepreneurial et d’un appui financier d’une valeur d’un million de Fcfa. «Cela m’a permis d’acheter une dizaine de taureaux et de les engraisser», confie-t-il.

Pour l’aider à faire tourner son entreprise, Minèko Bengaly a embauché un salarié qui assure l’alimentation quotidienne de son cheptel en tourteau, son de riz, paille de brousse et pierre de sel. Une fois, l’état d’embonpoint atteint, notre jeune éleveur procède à la vente de ses animaux auprès de son fidèle client qui vient du pays de la Teranga. Sa principale difficulté demeure le prix de l’aliment-bétail qui est particulièrement volatile. Ce qui lui cause souvent du tort et des difficultés lors de la vente. Minèko Bengaly pense qu’aujourd’hui, il est nécessaire pour les jeunes de s’installer dans le domaine agricole pour lutter contre le chômage et apporter de la plus-value. Un avis que partage Moussa Papa Maïga, formateur au bureau d’étude Segala Services. «La situation actuelle du pays est telle que les chances d’intégrer la fonction publique sont minimes. La seule alternative qui se présente aux jeunes pour s’en sortir est l’entrepreneuriat. L’agriculture offre de réelles fenêtres d’opportunités, ainsi que l’élevage, le textile et le secteur des nouvelles technologies de l’information et de la communication», souligne-t-il. De l’avis du formateur, l’accompagnement des jeunes est nécessaire pour la bonne conduite de leurs projets. Une trentaine de jeunes venant des Cercles de Ségou, Bla et Niono ont été accompagnés par le PROCEJ. Les différents lauréats ont pu bénéficier d’un financement d’une fourchette allant de 1 millions à 5 millions de Fcfa et d’une formation sur l’élaboration de business plans attrayants et la gestion d’entreprise, assurés par les incubateurs et les bureaux d’études. Aujourd’hui, leurs activités sont prospères et certains d’entre eux ont reçu la visite d’une délégation de la Banque mondiale et du ministre de l’Emploi», précise Moussa Papa Maïga.

Selon lui, le retour à la terre et l’attrait des jeunes entrepreneurs pour le secteur agricole réside dans le fait qu’ils sont conscients des bienfaits que l’on peut tirer de ce secteur, étant donné que le Mali est un pays à vocation agropastorale et la Région de Ségou est considérée comme le grenier du pays. Toutefois, poursuit-il, le problème principal réside dans la levée de fonds : «Les intuitions financières offrent des prêts avec des taux d’intérêt élevés. Ce qui peut tuer le projet d’un jeune bien avant le démarrage de ses activités», regrette Moussa Papa Maïga. Les structures mises en place par l’État, dont l’APEJ et l’ANPE, mettent la gomme pour favoriser l’insertion des jeunes. Le technicien en entreprise agricole, Beïdari Traoré, pense que l’amélioration des conditions d’accès à la terre et de financement s’avèrent nécessaires pour motiver les jeunes et favoriser leurs installations dans le secteur.

Mamadou SY

Amap-Ségou

Source : L’ESSOR

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