“Nous avons beaucoup d’ambitions, mais nous n’avons pas de moyens financiers”

 

 Secrétaire général de la Fédération malienne de pétanque depuis plus de 20 ans et actuel directeur du musée national olympique du Mali, Souleymane Diarra est aussi l’un des pères fondateurs de cette fédération. Il nous a accordé un entretien dans lequel il parle de la naissance de la pétanque au Mali, les grands chantiers menés pour la promotion et le développement de cette discipline, les perspectives et les difficultés auxquels le bureau fédéral est confronté.

Aujourd’hui-Mali: Quel est l’historique de votre fédération ?

Souleymane Diarra : La Fédération malienne de pétanque à une longue histoire. Cette discipline est venue au Mali à travers la colonisation. Ce sont les colons français qui ont amené la discipline au Mali et plus précisément à Kati avec l’arrivée de l’armée coloniale, à Bamako et à Markala dans la région de Ségou. Au fur et à mesure, la discipline a évolué partout au Mali. A Bamako, la discipline se jouait au niveau de Soudan Club, l’actuel “Carrefour des Jeunes de Bamako” et c’est dans cet espace que les jeunes maliens ont appris à côtoyer les pratiquants dont la majorité était des colons français. Comme la discipline appartient à tous les âges, de 8 à 70 ans, les adultes aussi se sont intéressés à la chose. Avec le temps, les pratiquants de différentes localités (Kati, Bamako et Markala) ont formé des clubs au niveau de leurs localités respectives pour participer à des compétitions sporadiques.

Après quelques années, ces pratiquants ont eu l’idée de créer une commission nationale qui organise des compétitions pour tous les clubs du Mali. Des clubs ont eu l’idée de mettre en place une ligue à Bamako. C’est ainsi qu’Alou Traoré dit Barat, un inspecteur des Affaires économiques qui travaillait à l’époque à la Bdm-sa, avait pris cela en mains afin de créer la ligue de pétanque de Bamako. Quant à moi, lorsque j’étais en France pour ma formation, je partais voir chaque soir les pratiquants de pétanque et, petit à petit, j’ai eu l’amour de la discipline. Au retour au pays, je partais voir aussi les Maliens qui jouaient à la pétanque au niveau du Carrefour des jeunes de Bamako. Comme j’avais l’amour de la discipline, les membres de la ligue de pétanque de Bamako m’ont intégré dans leur bureau en tant que secrétaire administratif, sans que je sois un vrai pratiquant de la discipline.

Au niveau de la région de Sikasso, il y avait également un nommé El Hadji Sékou Dembélé, gouverneur de cette région à l’époque, qui avait également de l’amour pour la discipline et avait créé son club de pétanque. Il avait l’habitude d’inviter d’autres clubs de Kati, Bamako et Markala pour participer à des tournois de pétanque à Sikasso. Lors de l’un de ces tournois, nous avons eu l’idée de créer une commission nationale provisoire qui pourrait être assimilée à une Fédération afin de sérieusement structurer la discipline. C’est suite à cela que l’idée de la création d’une Fédération malienne de pétanque est née dans les années 1997-1998. Cette commission nationale provisoire a organisé une première compétition entièrement financée par El Hadji Sékou Dembélé à Koulikoro. Elle a regroupé les clubs des régions de Koulikoro, Ségou, Sikasso et Bamako. A partir de cette compétition, nous avons procédé à la création de ligues dans les régions avant de créer, en 1999-2000, la Fédération malienne de pétanque avec à sa tête Alou Traoré dit Barat et El Hadji Sékou Dembélé comme président d’honneur.

La pétanque est-elle connue au Mali?

Aujourd’hui, nous pouvons dire que la pétanque est très connue et cela grâce aux efforts des dirigeants de la Fédération. Il n’y a pas une seule région au Mali où on ne pratique pas la pétanque. Nous avons des ligues, des clubs et nous organisons régulièrement des compétitions. Il y a le championnat local, le championnat régional et le championnat national. En plus de cela, nous participons régulièrement aux compétitions africaines et internationales. Je peux dire que de 2000 jusqu’à nos jours, nous n’avons raté une seule compétition africaine et internationale de la pétanque. Nous pouvons dire, aujourd’hui, que la pétanque malienne a pris son envol.

Comment se porte aujourd’hui la pratique de la discipline?

Dans l’ensemble la pratique de la pétanque se porte bien au Mali. Nous venons de tenir, en fin 2018,  la 22ème édition du championnat national et le neuvième Conseil national de la Fédération malienne de pétanque. Le nouveau bureau qui a été renouvelé lors de ce neuvième Conseil national tient bien les rênes. Les membres de ce bureau sont très engagés pour la promotion et le développement de la discipline. Ils se sont donnés, corps et âme, pour l’émancipation même de la discipline. Malheureusement, juste après la mise en place du nouveau bureau, Oumar Koné qui venait d’être reconduit au poste du président, est décédé au mois de mai 2019. ‘‘Que la terre lui soit légère”. Je profite de l’occasion pour remercier M’Barakou Baby, président de la ligue de Kayes et vice président de la Fédération malienne de la pétanque. Les deux personnalités ont tout fait pour la promotion de la discipline au Mali. Aujourd’hui, le Mali est une référence dans le cadre de la pratique de la pétanque à travers le monde. Depuis 2 ans, nous avons créé un groupe dénommé “Groupe de Rabat”, qui regroupe 16 fédérations africaines. Les 16 fédérations membres de cette organisation organisent des compétitions et aussi participent régulièrement à des compétitions. Aujourd’hui, grâce à l’engagement de ces différentes fédérations, nous avons transformé le Groupe de “Rabat” en une Confédération africaine de pétanque (CAP) qui vient d’être reconnu par l’UCSA.

Depuis la mise en place de cette Fédération, pouvez-vous nous parler des grands chantiers que vous avez entamés dans le cadre de la promotion et du développement de la pétanque au Mali?

Pour les grands chantiers, nous allons commencer par le commencement. La discipline n’était pas bien structurée et cela était l’un des grands défis de notre fédération. Il fallait d’abord bien structurer la discipline en créant des clubs pour les ligues et les ligues pour la Fédération. C’était vraiment un grand défi et avec la détermination des uns et des autres, nous avons relevé ce défi. Ensuite, il fallait vraiment se donner les moyens d’organiser régulièrement les compétitions comme le championnat national où toutes les ligues participent. Nous avons également réussi à faire cela. Il faut aussi souligner que nous avons parcouru toutes les régions du Mali afin d’organiser le championnat national de pétanque. C’est-à-dire, nous avons fait le tour complet de toutes les régions pour faire la promotion de la discipline. A travers cela, nous pouvons dire qu’aujourd’hui la pétanque est bien installée. En 2007, nos athlètes ont même remporté la médaille d’argent lors du championnat d’Afrique de la pétanque à Cotonou au Bénin. C’est pour dire que les grands chantiers ouverts par la Fédération ont apporté des fruits. En un mot, les grands chantiers que nous avons menés étaient de se donner une ossature, une visibilité et faire marcher la discipline.  C’est ce qui a été fait.

Quelles sont les perspectives pour la discipline ?

Pour les perspectives, elles sont nombreuses. C’est vrai que nous avons fait l’essentiel, maintenant il faut mettre tout en œuvre pour développer la discipline. Qui parle de développer une discipline, parle forcément de la formation des acteurs. Moi-même, j’ai eu la chance de me former. Je suis inspecteur de la Jeunesse et des Sports et j’ai eu également la chance de faire la formation au niveau olympien avec à la clé un diplôme de cours d’administration du sport. Grâce à ces expériences, j’ai pu apporter mon soutien à cette fédération, jusqu’à ce que nous réalisions ces résultats. Au-delà de tout cela, nous allons donner la chance aux autres membres du bureau fédéral de se former à travers des formations initiées par le Comité national olympique et sportif du Mali (Cnosm). En plus de tout cela, nous travaillons au niveau de la Fédération afin que nous puissions avoir un nouveau boulodrome à Bamako. Vous savez, même si la pétanque n’a pas besoin de beaucoup d’espace où une installation extraordinaire pour la pratiquer, qu’à cela ne tienne, nous souhaitons  avoir des boulodromes dans toutes les régions.

Quelles sont les difficultés auxquelles votre Fédération est confrontée aujourd’hui?

La première difficulté d’une discipline sportive au Mali se trouve au niveau des finances. Nous avons beaucoup d’ambitions, mais nous n’avons pas de moyens financiers. Malheureusement, la pétanque est différente des autres disciplines comme le football et le basketball où on paye pour l’assister. Avec la pétanque, il faut l’aimer avant de venir pratiquer. Cette discipline dépend entièrement de l’Etat et des sponsors pour son fonctionnement. Avant, l’Etat nous donnait une subvention de plus de 2 millions de Fcfa pour l’organisation du championnat national. L’année dernière, il n’a donné qu’un (1) million de Fcfa et cette année nous n’avons encore rien reçu. Actuellement, nous sommes confrontés à une grande difficulté qui est la mise en place de la ligue de Bamako de pétanque. La Fédération avait demandé à toutes les ligues de procéder au renouvellement de leurs bureaux avant la tenue du Conseil national. C’est ce qui a été fait sauf la ligue de Bamako.

Le bureau fédéral en collaboration avec la ligue de Bamako sont à pied œuvre pour trouver une issue heureuse à cette situation dans les prochains jours.

 Votre mot de la fin ?

Mon mot de la fin, c’est de vous remercier pour cette initiative qui est de faire la promotion des disciplines sportives. Ensuite, je remercie avant tout le Comité national olympique et sportif du Mali CNOSM pour tout le soutien qu’il ne cesse d’apporter à toutes les disciplines sportives et particulièrement à notre discipline. Je remercie également les membres du bureau fédéral parce que nous avons au niveau de cette fédération des personnes engagées pour le développement de la discipline. La Fédération malienne de pétanque envisage d’organiser, au mois de décembre prochain, le championnat national à Mopti, au centre du pays, et cela afin d’apporter notre contribution à l’instauration de la paix.

Réalisé par Mahamadou TRAORE

 Aujourd’hui-Mali