Huit rentrants et 10 partants, IBK et son RPM s’emparent de 23 portefeuilles sur les 31. Telle est la configuration du présent gouvernement.

moussa mara premier ministre maliens chef gouvernement pm

Le Premier ministre du Mali Moussa Mara a formé son premier gouvernement ce vendredi. C’est une équipe de 31 membres contre 34 pour son prédécesseur Oumar Tatam Ly. Le nouvel attelage gouvernemental comprend 8 nouvelles figures dont le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, ancien ambassadeur du Mali aux USA et très proche du chef de l’Etat. Il y a aussi Mamadou Hachim Koumaré, précédemment conseiller du président de la République qui devient ministre de l’Equipement, des Transports et du Désenclavement.
Un autre proche du chef de l’Etat fait son entrée au gouvernement en l’occurrence Mahamadou Camara, précédemment directeur de cabinet à la présidence de la République. Le 4e nouveau membre du gouvernement proche du président de la République, Ibrahim Boubacar Kéita, est une dame. Elle s’appelle Mme Ndiaye Ramatoulaye Diallo et hérite du département de la Culture.
Elle est membre du parti présidentiel, le Rassemblement pour le Mali (RPM) et s’est bien battue lors de la campagne présidentielle de 2013 à Sikasso, la 3e région du pays. Le 5e proche du président nouvellement arrivé au gouvernement est le directeur de campagne du président Ibrahim Boubacar Kéita et 2e adjoint au secrétaire général du RPM. Abdoulaye Idrissa Maïga, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est ministre de l’Environnement, de l’Eau et de l’Assainissement.
Les 3 autres rentrants sont issus des partis de la majorité présidentielle. C’est le cas de Me Mountaga Tall, président du Cnid/Faso yiriwa ton auquel on a attribué le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. C’est un dinosaure de la classe politique malienne qui a fait 3 mandats parlementaires. Housseiny Amion Guindo, président de la Codem, membre de la majorité présidentielle, est bombardé ministre des Sports.
L’Adéma, l’ancien parti au pouvoir et membre de la majorité présidentielle, a envoyé une nouvelle tête au gouvernement en la personne de Ousmane Sy, le père de la décentralisation au Mali qui hérite du département de la Décentralisation et de la ville.
Comme on le voit, sur les 8 nouveaux rentrants, 5 sont des proches du chef de l’Etat et 3 sont issus des partis de la majorité présidentiel.

Aucun cadre Yéléma
Deux enseignements importants sont à tirer. Premièrement, le Premier ministre Moussa Mara n’a aucun autre membre de son parti (Yéléma) dans le gouvernement à part lui-même. Deuxièmement, le président de la République et son parti, le RPM, s’emparent de 23 portefeuilles sur les 31. 8 ministères reviennent aux partis alliés. Il y a un seul ministre qui change de portefeuille. Zahabi Ould Sidi Mohamed, précédemment chef de la diplomatie malienne, devient ministre de la Réconciliation nationale.
Parmi les ministres partants, il y a Cheick Oumar Diarrah qui était ministre de la Réconciliation nationale et du Développement des régions du Nord. Il y aussi les deux généraux membres de l’ex-junte qui plient leurs bagages en l’occurrence Abdoulaye Koumaré qui était à l’Equipement et des Transports et Moussa Sinko Coulibaly qui était à l’Administration territoriale.
Ousmane Ag Rhissa et Bruno Maïga, respectivement ministre de l’Environnement et de l’Assainissement et de la Culture dans le gouvernement précédent sont aussi virés. Malick Alhousseyni, précédemment ministre délégué chargé de la Décentralisation quitte aussi le gouvernement de même que Madani Touré, ministre délégué chargé du Budget.
Ce n’est pas tout, car Moustapha Dicko de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Jean-Marie Sangaré de la Communication et des Nouvelles technologies de l’information et Nango Dembélé, ministre délégué chargé de l’Elevage, de la Pêche et de la Sécurité alimentaire dans le gouvernement sortant sont débarqués.
A part ces quelques changements, tous les poids lourds du gouvernement sortant conservent leurs portefeuilles notamment le ministre de la Justice, Mohamed Ali Bathily, pourtant très décrié dans la famille judiciaire ; Soumeylou Boubèye Maïga qui reste à la Défense et aux Anciens combattants ou encore le général Sada Samaké, un proche du chef de l’Etat qui ajoute d’ailleurs une corde à son arc, parce qu’en plus de la Sécurité, il se voit confier le département stratégique de l’Intérieur.
Bocary Tréta, secrétaire général du parti présidentiel, garde le département du Développement rural. Moustapha Ben Barka, un proche de la famille présidentielle, précédemment ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, chargé de la Promotion de l’investissement et de l’Initiative privée, hérite d’un ministère plein : celui de l’Industrie et de la Promotion des investissements.
L’ex-ministère délégué aux Affaires religieuses et du Culte devient un département à part entière et son titulaire reste le même : Thierno Amadou Omar Hass Diallo, un proche du chef de l’Etat.

Reconfigurations
L’architecture gouvernementale n’a pas connu un grand bouleversement à part le fait que tous les ministères délégués ont disparu. Des ministères ont été aussi reconfigurés. Ainsi, le département de la Réconciliation nationale et du Développement des régions du Nord devient ministère de la Réconciliation nationale tout court.
Le Développement des régions du Nord est confié au département de la Solidarité et de l’Action humanitaire. L’Industrie quitte les Mines pour être rattachée à la Promotion des investissements de même que l’Eau abandonne le département de l’Energie pour se retrouver dans celui de l’Environnement et de l’Assainissement.
Le département de l’Equipement et des Transports intègre désormais le Désenclavement. Le département de l’Administration territoriale prend le nom de l’Intérieur et est fusionné avec la Sécurité.
Les Sports se détachent de la Jeunesse pour constituer un département à part alors que la Jeunesse et la Construction citoyenne sont ensemble. Le ministère de l’Urbanisme et de la Politique de la ville, précédemment occupé par Moussa Mara, est éclaté entre deux départements : l’Urbanisme et l’Habitat sont mis ensemble alors que la Politique de la ville est rattachée au ministère de la Décentralisation.
L’Intégration africaine fait partie désormais des missions du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Le département de la Fonction publique retrouve le Travail et les Relations avec les institutions. Le Patrimoine s’ajoute au département des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières. Le ministère du Plan et de la Prospective se mue en département de la Planification, de l’Aménagement du territoire et de la Population alors que le garde des Sceaux, ministre de la Justice est aussi chargé des Droits de l’Homme. Le gouvernement Moussa Mara comporte 5 femmes contre 4 dans le précédent.
Ce qu’on peut dire pour l’instant, c’est que le nouveau gouvernement est loin d’être une conception du Premier ministre Moussa Mara. Sinon comment comprendre que le PM soit le président d’un parti politique en l’occurrence Yéléma et qu’aucun cadre de ce parti ne soit dans son gouvernement.
Un proverbe ne dit-il pas que « charité bien ordonnée commence par soi-même » ? Dans tous les cas, c’est la déception actuellement au sein du parti Yéléma. Comment Moussa Mara a accepté que le président de la République et son RPM s’octroient 23 portefeuilles sur les 31 ? Et dire que le partage du gâteau a été fait sans un clin d’œil au parti Sadi de Dr. Oumar Mariko !
L’autre équation concerne l’indiscipline gouvernementale. Certes, il a prévenu ses futurs collaborateurs dans sa première déclaration, mais sera-t-il entendu ? Il est dit que certains ministres du précédent gouvernement refusaient de se soumettre aux ordres d’Oumar Tatam Ly et préféraient rendre compte directement au chef de l’Etat. Ce qui n’est pas sans créer les dysfonctionnements dont a parlé le PM sortant dans sa lettre de démission.
Moussa Mara pourra-t-il avoir une emprise réelle sur son gouvernement ? Pourra-t-il gérer à sa convenance les Soumeylou Boubèye Maïga, Mohamed Ali Bathily, Mme Bouaré Fily Sissoko, général Sada Samaké, Me Mountaga Tall, Housseiny Amion Guindo, Bocary Tréta ? Ceux-ci ne vont-ils pas le sous-estimer eu égard à son poids politique et à son âge ?
Abdoulaye Diakité

SOURCE: L’Indicateur du Renouveau