Série de putschs en Afrique de l’ouest : Le Goût au pouvoir

Le processus par lequel des militaires continuent de prendre le pouvoir avec zèle en Afrique de l’ouest francophone laisse entrevoir une autre réalité à laquelle nos hommes en uniformes semblent être accros : les délices du pouvoir.

Meurtries par des conflits communautaires, des explosions des mines artisanales, des opérations des forces nationales et étrangères contre les groupes armés terroristes, les populations sahéliennes sont prises en étau par des coups d’Etat à répétition0 perpétrés par des militaires censés les sécuriser et les protéger contre l’ennemi.

La pratique presque à la mode des coups d’Etat dans les pays du G5 Sahel mérite la réflexion et un examen approfondi des populations des pays concernés. De Bamako à Conakry en passant par Ouagadougou, le discours tenu par le groupe des militaires à l’origine du renversement des régimes démocratiques est presque identique : lutter contre la corruption, rassembler les populations, donner plus de moyens aux militaires afin de combattre les groupes terroristes…

D’août 2020 à janvier 2022, quatre coups d’Etat sont perpétrés dans trois pays membres de la CEDEAO (Mali, Guinée Conakry et Burkina Faso). Tous par des hauts gradés de l’armée.

Si le colonel Mamady Doumbouya justifiait son putsch contre Alpha Condé par le refus de ce dernier d’écouter son peuple, le colonel Assimi Goita et le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, respectivement du Mali et du Burkina Faso, ont mis en exergue dans leurs discours le manque des moyens nécessaires permettant aux armées nationales de leurs pays à faire face à la menace des groupes armés terroristes.

Assimi et Damiba ont-ils dit la vérité, quand on sait que les équipements militaires déployés pour renverser un régime démocratique, peuvent être aussi utilisés judicieusement à combattre les groupes armés terroristes ?

L’assiduité par laquelle, ces derniers temps, des militaires maliens et burkinabè sont accros donne aussi une autre compréhension de la chose.

Nous sommes en 2012. Le capitaine Amadou Aya Sanogo renverse le président ATT au crépuscule de son deuxième mandat, fragilisé par la rébellion du MNLA. Des tractations s’ouvrent entre la junte de Kati et la CEDEAO pour le retour à l’ordre constitutionnel. Le président de l’Assemblée nationale Dioncounda Traoré devient le président par intérim comme le veut la constitution. Il dirige le pays pendant une année et organise les élections en 2013, où Ibrahim Boubacar Keita a été élu président de la république. Sept ans après l’exercice du pouvoir démocratique, le président IBK subit un coup d’Etat, le 18 aout 2020, perpétré par le groupe des cinq colonels dont Assimi Goita. Contraint par la CEDEAO, Assimi Goita devient le vice-président de la transition. Neuf mois après, Bah Ndaw  qui dirigeait la nation malienne est aussi renversé par Assimi Goita et compagnons, le 25 mai 2021.

Le 31 octobre 2014, le président Blaise Compaoré quitte le pouvoir à la suite d’une insurrection populaire au Burkina Faso. L’organisation ouest africaine, la CEDEAO intervient pour instaurer une transition de 12 mois, dirigée par un civil, Michel Kafando. Les élections sont organisées en 2015 et remportées par Roch Marc Christian Kaboré, investi président du Faso, le 29 décembre. Sept ans après l’exercice du pouvoir démocratique, le président Kaboré est renversé, le 24 janvier 2022.

Parallèlement à ces deux pays continentaux très pauvres, la Guinée Conakry, aussi pauvre, connait un pouvoir militaire depuis septembre 2021. Faut-il dire que des militaires dans nos Etats respectifs commencent à prendre goût au pouvoir, au point de renverser, des régimes démocratiquement élus ?

Néanmoins, le constat qui se dégage est celui de la non nécessité de ces coups qui fabriquent uniquement des nouveaux milliardaires au lieu de résoudre les problèmes des populations. Car de 2012 à nos jours, aucun problème problème n’a été résolu au lendemain des putschs au Mali. La suite nous le dire.

O. Morba

Source: Le SOFT

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