Chasse aux cadres : L’amnésie des « Abeilles »

ADEMA pasj conference reunion cicb bamako

Au bon vieux temps de l’Abeille triomphante et arrogante, le vocabulaire politique était dense et varié. A cette époque, où le Parti africain pour la solidarité et la justice règnait en maitre absolu sur les postures et impostures politiques, les « appendices du pouvoir », pardon les « partis satellites », « alliés alimentaires »… étaient désignés par dérision, les « tubes digestifs ». Et sans vertu écornée, les transhumants politiques se liguaient, cassaient leur parti, se mettaient sous la coupe de la Ruche avec des formation sorti de nulle part et ne pesant nul kopek et proclamaient : « nous sommes un parti de gestion gouvernementale. On n’a pas crée notre parti pour aller à l’Opposition ».

 

 

Ce parti de compagnonnage n’est pas l’Adéma, mais le parallèle est d’une telle symétrie qu’on peut légitimement le confondre avec l’ancien parti de Abdrahmane Baba Touré, de Kadari Bamba, du Pr Kassa Traoré, du Pr M.Lamine, du Pr Alpha Oumar Konaré. Qu’est devenu l’Adéma sinon qu’un autre « parti de gestion du pouvoir », sans âme et sans éthique ? Il est vrai que les frelons ont depuis longtemps envahi la Ruche, que peu de généreuses ouvrières y ont encore foi en l’idéal fondateur. Mais tout de même, tout au sein de ce qui reste de l’Adéma ne peut et doit ne résumer à « manger », et à honteusement se goinfrer; au point d’être amnésique !

 

Une délégation du Comité Exécutif du parti de l’Abeille constituée de Moustapha Dicko, Iba N’diaye, Samba Diallo, Boubacar Diallo dit Bill, Ahamada Sougouna, Assarid Ag Imbarkawane, Aly Nouhoum Diallo a rencontré la samedi le 23 août la section VI du District de Bamako. Répondant aux questions des militants lors de cette rencontre, le Pr Ali Nouhoun Diallo affirme : “Nous avons dénoncé la chasse à certains de nos cadres, la suspension de nos maires”, avant de poursuivre que le parti ADEMA va combattre la politisation de l’administration, rapporte la presse.

 

Depuis sa fameuse déclaration « si le peuple malien accordait ses suffrages au MPR, nous allons prendre des armes”, on savait le Pr Ali Nouhoun Diallo quelque peu satrape, absolutiste, à la limite du despotisme et de la tyrannie sans partage. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est que la décrépitude politique et la sénilité physique l’ont mentalement handicapé. Au point d’oublier et de vouloir dénoncer un exercice dans lequel lui et son parti, l’Adéma-Pasj ont excellé en solo pendant 10 ans et en complicité pendant 10 autres années avec le président ATT.

 

Qu’est-ce que le Pr Ali Nouhoun Diallo se propose de combattre ? La chasse et la suspension, dit-il, des cadres et des maires de son parti ? Le Pr Ali Nouhoun Diallo qui a été un des bras séculiers de l’Etat se propose de  » combattre la politisation de l’administration ». Souhaitons tous pour le Mali qu’il ne fasse pas avec les armes qu’il avait promis de prendre contre le MPR et que le toubib se guérisse de son amnésie et retouve la mémoire en parcourant cette brève liste des cadres du Rassemblement Pour le Mali que son parti, par le fait du prince, a relevé entre 2002 et 2003 (in Info-Matin N°1179 du 23 janvier 2003, Page 8, Extrait de l’article intitulé « Cascade de relèves des cadres du RPM par l’Adéma : chronique d’un acharnement politique »)

 

Au tout début, c’était des menaces, des intimidations et des mesures drastiques à caractère politicien, qui ont servi de moyens de pression contre les clubs de soutien à IBK, les sympathisants de Alternative 2002 et enfin les militants du RPM. Les décisions de mutations, de relèves et de suppressions d’avantages matériels étaient monnaies courantes à l’encontre de ces personnes affiliées au RPM. Les milieux les plus visés étaient le département de l’éducation, le ministère du développement rural et celui de la santé.

 

LA CHASSE AUX HAUTS CADRES

Dans le but d’asphyxier économiquement le RPM, le pouvoir Adéma fera main basse sur tous les cadres soupçonnés à tort ou à raison d’avoir de la sympathie pour IBK et le RPM. Seront ainsi relevés de leur poste plusieurs responsables de l’administration publique identifiés comme sympathisants ou adhérents du RPM : le Président du Conseil d’Administration de la BHM, Bakary Koniba TRAORE ; le Directeur général des Douanes du Mali, Seydou THIERRO ; le Directeur Général de l’AGETIPE, Lancéni Balla KEÏTA ; le Directeur de l’Office du Niger, Nakouma KEÏTA ; le Directeur Administratif et Financier de l’Office du Niger, Souleymane KONE ; le DG de l’INPS, Ibrahim KONATE ; le Directeur du Programme national de lutte contre le Sida, Yéhia Issa MAÏGA. D’autres hauts cadres seront également virés de leurs postes sans ménagement : Madame MAÏGA Zéinab Mint YOUBA, Chef de Projet Sida ; Harimakan KEÏTA, Directeur National de l’Hydraulique ; Ousmane KONE, Directeur Administratif et Financier de la Primature ; ainsi que ses collègues Kalifa Abba DICKO, Chiaka DIANE, etc.

 

Dans les régions, plusieurs cadres feront également les frais de leur conviction politique en faveur du RPM, comme avant eux de nombreux cadres de l’opposition au pouvoir Adema. On peut citer entre autres : Famary DIABATE, Directeur régional adjoint de la DRAMR de Koulikoro ; Béchir SIMPARA, Chef SLACAER de Koulikoro ; Abdoulaye YALCOUE, agent d’agriculture à Bandiagara ; Mohamed Alhanafi MAÏGA, sous-préfet de Konna ; Abou TRAORE, Chef Gestion Eau de l’Office du Niger ; Abdramane TRAORE, Chef de service à l’Office du Niger ; Salif MARIKO, Egadier de l’Office du Niger à Molodo et Boukary KANE, Chef service à la Conservation de la nature à Tominian. Le Docteur Amadou DIALLO, Directeur Régional de l’aménagement de Ségou, a été également relevé tout comme le Directeur Adjoint de l’Office du Niger, Ilias GORO.

 

Plusieurs autres agents subalternes ont aussi été mutés ou rétrogradés de leurs anciens postes administratifs ou techniques : Gadry KEÏTA, des Eaux et forêts ; Fotigui TANGARA et Diala SISSOKO de la SLACAER. Ces trois agents seront respectivement mutés à Yélimané, Nioro et Kita. D’autres cadres comme Mme WAGUE Astou N’DIAYE, du Ministère de l’emploi, et Mahamadou Souma DIALLO, architecte à Bamako, seront aussi frappés de mesures de relèves orchestrées par le régime Adéma.

 

LES ENSEIGNANTS DANS L’OEIL DU CYCLONE

Mais ce sont surtout les enseignants qui souffriront le plus de l’acharnement du pouvoir contre leur militantisme partisan en faveur de l’ancien Chef de gouvernement Ibrahim Boubacar KEÏTA et du RPM.

 

En effet, dans la région de Kayes plusieurs directeurs d’écoles seront relevés. A Kayes même seront déchus : Mme Soukouna Djénéba MACALOU, Karamoko TRAORE, Sékou SACKO, Baba KONATE, Bakary SIDIBE, Amadou KONATE qui était proviseur au Lycée de Nioro du Sahel. D’autres responsables, notamment des conseillers pédagogiques, seront éjectés de leur poste : Mamady SISSOKO, Karim TRAORE, Moussa DABO qui perdra également son poste de maire.

 

Dans la région de Koulikoro, les directeurs d’école et les chefs de projets ne seront pas épargnés non plus : Almamy SAMAKE de Ouélessébougou sera relevé et muté comme adjoint à Ména. Relevés aussi Mamadou KOUYATE de Baguinéda, Lassine KEÏTA de Kanadjiguila, Famori KEÏTA de Massigui après 25 ans de stabilité, Zandiougou DIARRA de Banco, Mahamadou FAMANTA de l’IPR de Katibougou.

 

Dans les régions de Sikasso, Ségou et Mopti, l’hécatombe a été moindre : Massoma TRAORE de l’INPS de Sélingué ; Adama DIARRA de Péguéna, Oumarou BERETE de la Zone Office Niger de Diabaly ; Seydou KEÏTA, Directeur Service Semencier de l’Office du Niger ; Bakary Ngolo TANGARA, Forestier de Séribala ; Fassayon SISSOKO, Directeur de l’école de Boré ; Demba SAMOUGA, enseignant MSC à Konna.

 

Dans le District de Bamako, plusieurs responsables de l’éducation ont été frappés de ces mesures de relève à caractère politicien : Ousmane Talibouna, DGA de l’ENSUP ; Mme DJIRE Djénéba DIARRA, Directrice de l’Ecole de Bougouba en CI ; Aminata SISSOKO ; Koniba KONE ; Adama KAYITA ; Nana TOURE ; Kadiatou CISSE ; Koua KONE ; Adama DOLO, de l’OPAM III ; Taïfour BERTHE, de Missira IV ; Abdoulaye DICKO, de Hamdallaye Marché ; Madame Ami AÏCHE DOUMBIA, de l’Ecole A3 ; Mahamadou GUISSE, conseiller pédagogique à Hamdallaye ; Mme KANTE Sitan SISSOKO ; Gouanaba SISSOKO, de la DNAFLA ; Fanta BERTHE, de Boulkassoumbougou ; Soumaïla KONE, de Sikoro.

 

Tous ces règlements de compte étaient l’œuvre de l’Adema-Pasj. Mais l’ère ATT ne semble pas modifier la donne avec la récente relève du Pr. Siné BAYO de son poste de patron de l’INRSP, comme le cas le plus emblématique de la mise à l’écart méthodique des cadres RPM. Toutefois, cette mesure est l’œuvre d’un autre cadre RPM, en l’occurrence le Ministre de la santé, Mme KEITA Rokiatou N’DIAYE. Encore que le régime ATT soit en train de faire légitimement la promotion des cadres appartenant théoriquement à la Société civile, lui-même étant un Président indépendant qui a réussi à brûler la politesse aux acteurs politiques ayant leur propre parti respectif…

 

Ali Diallo peut-il dire quel devrait être aujourd’hui le sort de ces centaines de cadres RPM, victimes de l’ostracisme, de l’exclusif et de la politisation de l’Etat Adéma ? Combien de cadres parmi eux ont-ils été recasés depuis que le président IBK est aux affaires et au détriment de combien de cadres Adéma ?

 

Combien de cadres Adéma sont dans le gouvernement et dans les hautes sphères de l’Etat ? Le problème, ce n’est pas que IBK fait la « politisation de l’Etat », le problème, c’est que le président IBK refuse de faire « la politisation de l’Etat » au profit de son parti : le « spoil system »…

Moussa Kéïta

Militant RPM, Djicoroni-Para

SOURCE: Nouvel Horizon

Vous allez aimer lire ces articles

Dr. Lamine Keita, Economiste : « La liberté des prix au Mali est la règle, et le contrôle l’exception »

Conseil national de transition: le juriste et analyste politique Souleymane Sanogo satisfait de la vision du Président Diaw et son équipe

Kafo Jiginew aux chevets des veuves et orphelins des militaires et paramilitaires

Ecoutez la radio sur vos mobiles et tablettes
ORTM en direct Africable en direct