A Brest, les Européens s’interrogent sur leur présence militaire au Mali

Alors que s’achève une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept à Brest, les responsables européens questionnent leur engagement militaire au Mali. Des interrogations liées aux tensions avec la junte militaire au pouvoir.

Les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept sont réunis à Brest dans le cadre d’un Conseil informel – Crédits : Twitter @francediplo

La journée d’aujourd’hui sera un test pour les objectifs de la présidence française du Conseil en matière d’unité, de souveraineté et d’autonomie stratégique de l’UE”, annonçait ce matin Politico. Au dernier jour de la réunion informelle des ministres européens des Affaires étrangères de Brest, les Etats membres coordonnent leurs réponses sur les grands enjeux diplomatiques du moment.

Mali : des sanctions européennes sur la table

Hier, “l’engagement militaire au Sahel [a été] au cœur des discussions”, titre RFI. Depuis le coup d’Etat qui a porté une junte militaire au pouvoir en mai 2021, “le risque que la situation s’aggrave dans ce pays est évident”, a déclaré le haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères Josep Borrell, cité par Ouest-France.

L’Union européenne souhaite ainsi poursuivre ses missions militaires de formation au Mali, “mais cela ne doit pas être à n’importe quel prix”, a renchéri le chef de la diplomatie européenne, cité par RFI, alors que les militaires à la tête du pays refusent toujours d’organiser des élections.

En réaction, les Européens ont déclaré qu’ils allaient prendre des sanctions à l’issue du Conseil informel. “Nous allons suivre de près la situation et prendre des mesures […] dans la même ligne” que les lourdes sanctions prises par les dirigeants ouest-africains réunis au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a commenté Josep Borell [Le Figaro]. Annoncées dimanche 9 janvier, ces sanctions sont en effet particulièrement fortes : “les frontières terrestres et aériennes entre la Cédéao et le Mali ont été fermées -sauf pour les produits de première nécessité, l’essence, les produits médicaux- et les avoirs financiers dans les Banques centrales et commerciales ont été gelés”, fait savoir Libération.

Précédemment, l’Union européenne avait déjà suspendu, en février dernier, les aides budgétaires aux autorités maliennes “face au refus de la junte militaire d’organiser des élections pour remettre le pouvoir aux civils” [Ouest-France]. Fin décembre, 15 pays occidentaux ont également “condamné le déploiement de combattants du groupe Wagner au Mali et ont accusé Moscou de leur fournir un soutien matériel dans une déclaration”, indique Euractiv.

L’engagement français en question

Au sein de l’Europe, la France est la principale force engagée, le pays étant “militairement présent au Mali depuis neuf ans pour lutter contre les jihadistes” [Le Figaro]. Des opérations conjointes entre militaires français et maliens sont en cours dans les régions de Gao et Menaka, avec les forces spéciales européennes de Takuba”, souligne notamment L’Opinionavec un total de 2 500 soldats français prépositionnés dans le pays.

Lors du sommet de Brest, la ministre des Armées Florence Parly a cependant rappelé que “cette coopération n’a de sens que si elle s’intègre dans un cadre plus global […] avec des réformes de fond notamment sur la gouvernance. Ce travail-là n’est possible qu’avec des autorités légitimes” [Le Figaro].

Une situation qui pourrait poser à terme la question du maintien de l’intervention française au Mali, point que la ministre a évité d’évoquer. Un retrait qui pourrait être lourd de conséquences car il signifierait “abandonner le terrain aux groupes terroristes qui retrouveraient rapidement une emprise territoriale”, considère le journaliste du Figaro Nicolas BarotteLes périls pourraient alors rejaillir à moyen terme : celui d’un sanctuaire terroriste qui se formerait, ou celui d’une déstabilisation régionale, menaçant les États voisins ou poussant des populations sur les chemins de l’exode”, analyse-t-il.

Assurer l’unité européenne sur tous les fronts

Plus largement, les Européens tentent d’affirmer leur unité géopolitique sur plusieurs dossiers, en particulier face à la Russie dans le dossier ukrainien et la Chine.

Pour l’Ukraine, ils veulent fixer le rôle de l’UE et récusent les accusations d’une position en retrait dans la résolution de la crise”, commente RFI. Alors que les négociations entre la Russie et les Etats-Unis sont au point mort, les Européens tentent de mettre en avant une “reprise des négociations France-Allemagne-Russie-Ukraine” au format de Normandie, poursuit la chaîne de radio internationale.

La réponse adéquate face à Pékin est également en discussion. “Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne décideront s’ils doivent soutenir la Lituanie dans sa lutte contre la Chine” [Politico]. Ayant renforcé ses liens avec Taïwan, la Lituanie a subi une offensive commerciale de la République populaire : “des produits français, allemands et américains contenant des pièces lituaniennes ont soudainement été bloqués par les autorités chinoises”, relate le média américain. “L’un des principaux objectifs de la réunion des ministres des Affaires étrangères sera d’exprimer un soutien public à la Lituanie et d’envoyer un message clair à Pékin : l’UE ne tolérera pas que l’on touche à son marché unique et à ses chaînes d’approvisionnement”, ont affirmé des diplomates au média américain.

Cette série de crises pourrait finalement “amener enfin la création de cette Europe de la défense qui joue depuis trente ans les Arlésiennes, depuis les guerres de Yougoslavie”, estime le correspondant à Bruxelles de RFI Pierre Benazet.

Source: touteleurope

 

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