A la tragédie française à Bounty, nous répliquons.

Ce Lundi  03 janvier  2021 restera une date  mémorable  dans les annales de l’histoire de la France avec le  Mali. Car, c’est ce jour que l’aviation française de la force Barkhane a effectué une frappe près de Bounty occasionnant 22 morts civiles. Depuis lors, ce sujet fait l’objet de polémique sur l’identité des morts entre les autorités françaises qui campent sur des terroristes identifiés et l’opinion malienne comme des participants à la célébration d’une cérémonie de mariage. C’est dans cette confusion que l’affaire fut confiée aux nations unies pour le triomphe de la vérité. L’enquête fut conduite par la division des droits de l’Homme et de la Protection de la Minusma (DDHP), appuyée par la police scientifique des Nations unies. Après plusieurs mois d’enquête, les résultats ont confirmé la tenue d’une célébration de mariage qui a rassemblé sur le lieu de la frappe une centaine de civils parmi lesquels se trouvaient cinq personnes armées, membres présumés de la katiba Serma.

Ce  jour du lundi 03 janvier 2021 près de  Bounty, dans la région de Mopti, un présumé raid antiterroriste de l’armée française, une opération effectuée par des avions de chasse, a fait un raid meurtrier avec plusieurs morts. Curieusement, l’identité des victimes est aujourd’hui sujette à des interrogations : campement terroristes pour les autorités françaises et célébration d’une cérémonie de mariage pour la majorité de l’opinion malienne.

Les autorités françaises et surtout le ministre de la défense, Florence Parly, paniquée par les résultats de l’enquête ayant confirmé la thèse de cérémonie de mariage et interpelée par l’opinion, a agi en avocat du diable, en  défendeur de l’indéfendable. Le ministre a affirmé qu’elle « maintient avec constance et réaffirme avec force » que « le 3 janvier, les forces armées françaises ont effectué une frappe aérienne ciblant un groupe armé terroriste identifié ».

Comme ce rapport a provoqué un tollé, et a mis  les autorités françaises dans un bourbier, le ministre de la défense française, Florence Parly, pour disculper la France de son forfait, a fait un voyage de justification précipité au Mali le jeudi 1er avril 2021 où elle a rencontré les autorités maliennes (le président Bah N’ Daw). A sa sortie d’audience, ce fut un autre coup de poignard au dos du peuple malien, une insulte à la nation malienne à travers sa position affichée et quelques déclarations frontales avec le correspondant de RFI à Bamako. Il s’agit entre autres : « Je le réaffirme ici avec force. Les forces armées françaises ont ciblé un groupe terroriste qui avait été formellement identifié comme tel », « Les témoignages rapportés ne sont pas vérifiables. Ils reposent sur des hypothèses qui ne sont pas étayées, », « Nous avons utilisé des avions de chasse qui volent à très haute altitude », « Nous avons utilisé des avions de chasse qui volent à très haute altitude ». Et la question pourquoi ne pas mettre sur la place publique la preuve qu’il s’agissait bien d’un rassemblement de djihadistes et non une cérémonie de célébration d’un mariage ? « Aucune armée au monde n’a l’habitude de mettre sous les yeux de son ennemi les éléments qui lui permettent de comprendre ce que nous savons de lui. ». La tragédie au quotidien de la population malienne à travers ces attaques, ces mépris, ces banalisations de la mort d’hommes, ces trahisons, mérite aujourd’hui une attention particulière de la part de la société civile malienne. Parce que sous la pression, le gouvernement malien a avalé la couleuvre en se positionnant derrière la France pour la thèse de victimes terroristes et non les participants à la célébration d’un mariage.

Pire, à part quelques Associations et Organisations de la société civile, aucune autorité malienne (gouvernement, et CNT surtout, aucune institution, aucun parti politique, aucun leader politique n’a daigné réagir à ce carnage de la population malienne.

Et pourtant, même au niveau de l’Assemblée Nationale française, les élus de la France insoumise, dans un communiqué, ont appelé ce mercredi 31 mars les ministres Florence Parly et Jean-Yves Le Drian « à se récuser ». Ils ont dénoncé des « mensonges » du gouvernement à propos de la frappe aérienne survenue en janvier à Bounty. Pour ces députés, il est temps que les responsables reconnaissent « leurs actes ».

Nous avons assez de preuves pour confirmer que la France au Mali n’est pas à son premier mensonge dont voici quelques illustrations. Dans la nuit du lundi 23 au 24 octobre 2017, dans la région de Kidal, aux alentours d’Abeibara, un présumé raid antiterroriste de l’armée française, appuyée par des avions et des hélicoptères, a fait plusieurs morts dont des militaires  maliens,  otages, depuis plusieurs mois, des groupes terroristes. Et même après cette déclaration des autorités maliennes : « Suite à une opération anti-terroriste menée par les Forces Barkhane le lundi 23 Octobre 2017 aux alentours d’Abeïbara, des militaires maliens détenus par des terroristes ont trouvé la mort ».  Et malgré tout cela, la France  est restée  catégorique que c’est bien un campement terroriste, un camp d’entraînement qui a été touché.

Cette déclaration de la ministre français de la défense ne nous convainc pas. Et beaucoup de rapports ont confirmé les mensonges de la France dans plusieurs pays. Pour preuve, la France avait nié ses responsabilités, sa collaboration aux crimes, aux atrocités et aux assassinats ciblés en Algérie, au Rwanda, en Libye, et ailleurs. Mais c’est récemment qu’elle a reconnu son rôle négatif à travers des rapports. Nous citerons entre autres :

Le rapport Stora sur l’Algérie, remis mercredi 20 janvier 2021 au président français, a mis à nu les odieux crimes commis pendant 132 ans et les méfaits du colonialisme.  

Sur la Libye, cette déclaration du Président français  Emmanuel Macron aux nouveaux dirigeants libyens le mardi 23 mars à l’Élysée : « Nous avons une dette envers la Libye, très claire : une décennie de désordre »,

Le rapport de la commission d’historiens sur le Rwanda, présidée par Vincent Duclert, remis vendredi 23 mars 2021 à Emmanuel Macron, est un « rapport cinglant sur la politique française au Rwanda entre 1990 et 1994 dont le génocide a fait 800.000 morts. Si la commission Duclert a écarté la complicité de génocide, elle estime que la France porte des « responsabilités lourdes et accablantes » dans cette tragédie.

            Pourquoi accepter qu’on nous fasse croire au père noël ? Qu’on nous infantilise par une opération criminelle de séduction et de récupération politique  de l’opinion française? Le raid  de Bounty n’a d’autre motivation que de soulager l’opinion française après les deux séries d’attaques contre des éléments de l’armée française où deux véhicules ont sauté sur des EEI avec 6 morts en une semaine. Cette tragédie a tellement irrité l’opinion française que certaines franges non moindre ont réclamé le retrait de leur armée du Mali.

Nous exigeons de la France pyromane la reconnaissance de son forfait, sa condamnation de ce carnage, et la présentation des excuses au peuple malien.

Nous, Collectif des Associations  Musulmanes du Mali, nous inclinons devant la mémoire de toutes ces  victimes  froidement assassinées, et présentons  nos condoléances  les plus attristées  aux familles, et prompt rétablissement aux blessés.

Mohamed  KIMBIRI  Président Collectif des Associations Musulmanes du Mali

Source: Le Républicain- Mali

 

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