Des civils volontaires pour la guerre

Plusieurs armées africaines recourrent à l’appui de civils, soit pour les combats, soit pour collecter des informations à l’arrière.

Dans plusieurs pays du continent africain, les forces armées nationales sont engagées dans une lutte contre des groupes rebelles ou djihadistes. Souvent, les soldats peinent à faire face à ces groupes terroristes et les violences sont à l’origine du déplacement de millions de personnes.

C’est pourquoi des initiatives se développent, du côté des autorités, pour mobiliser de jeunes recrues ou faire appel à des civils afin de suppléer les soldats professionnels. Une idée qui pose aussi des problèmes de contrôle.

 

“L’armée ne peut pas être partout”

Les personnes que nous avons jointes au Mali, au Burkina Faso et en République démocratique du Congo sont toutes favorables à l’idée d’un engagement citoyen pour aider l’armée du pays à combattre les groupes armés.

Pour le Burkinabè Anicet Liliou, directeur exécutif de l’Institut de recherche sur la paix au Sahel, le recrutement annoncé de 50.000 volontaires pour la défense de la patrie pour suppléer l’armée dans la lutte contre le djihadisme est un appel “patriotique” “bienvenu”.

“Ce n’est pas un échec” de l’armée, explique Anicet Liliou qui inscrit ce recrutement de volontaires dans la lignée sankariste d’une guerre qui doit aussi être gagnée par le peuple.

“On ne peut pas aujourd’hui laisser l’armée faire seule le travail, explique Anicet Liliou, car les groupes terroristes sont dans tous les villages et ce sont les enfants de ces communes qui doivent se mettre ensemble pour enrayer ce danger-là. L’armée ne peut pas être partout, ce n’est pas possible.”

Le chercheur rappelle les millions de Burkinabè contraints de fuir la violence, les centaines d’écoles fermées et toutes les victimes civiles des attaques terroristes dans le Sahel.


Les civils peuvent aider au combat ou en fournissant des informations aux armées

Un appui varié

Au Mali, c’est le général Gamou qui a fait appel aux bonnes volontés touaregs pour prêter main forte dans la lutte anti-djihadiste.

Hamzata Ag Didi, président de l’ONG ADD-Kidal Mali, travaille, lui, à la mise en réseau des organisations de défense des droits humains dans le nord du Mali. Selon lui, l’urgence est telle, surtout dans les régions de Gao et Menaka, que la population est prête à s’engager davantage dans la lutte.

“Les services étatiques ne parviennent pas à remplir leur mission correctement. Donc il faut trouver des solutions locales”, explique ce défenseur des droits humains.

Hamzata Ag Didi croit savoir qu’il n’est pas question d’intégrer des gens qui ne savent pas manier les armes. Le recrutement se fera avec une “petite formation“. Et d’ailleurs, il rappelle que l’armée a besoin de volontaires aussi à l’arrière : “Les gens peuvent contribuer sur le plan armement, les gens peuvent contribuer sur le plan renseignement. Il y a beaucoup d’appui. Ce n’est pas faire la guerre seulement.”


Les Etats recherchent une plus forte coopération des civils avec les armées constituées

Encadrer la mobilisation

En RDC, la Constitution prévoit, en cas d’agression ou menace grave du pays, que les citoyens doivent se mobiliser pour défendre l’intégrité territoriale. C’est pourquoi le gouvernement a lancé un appel à la mobilisation volontaire pour appuyer la lutte contre le M23 dans l’Est.

Le secrétaire exécutif du Réseau national des ONG de droit de l’homme (RENADHOC) congolaises Franck Citende estime lui aussi qu’en-dehors de l’appui militaire que peuvent prodiguer de nouvelles recrues intégrées au sein des FARDC, les civils peuvent surtout aider l’armée en lui fournissant des informations, sur les mouvements des groupes armés par exemple.

“Ce qu’il faut faire, c’est que cette mobilisation doit être encadrée, déclare-il. Aussi bien par les leaders d’opinion que les responsables des organisations de la société civile pour éviter que cela ne puisse déborder.”


Même une fois la paix revenue, les autorités devront encadrer le retour à la normale

Circulation des armes

Le contrôle des citoyens en armes est en effet l’un des principaux enjeux de ces mobilisations. Il faut les former au maniement des armes, les entraîner aux règles de la guerre, et encadrer leurs activités.

Au Burkina Faso, une enquête de moralité est prévue sur chaque volontaire avant la validation de son recrutement, tout comme une approbation des responsables de sa commune “pour éviter les dérives”.

Sur notre antenne, Michel Galy, chercheur au Centre d’études sur les conflits, disait il y a quelques jours redouter toutefois des dérapages. Notamment dans le cas de citoyens armés dans des zones de conflits intercommunautaires. Il pointait les “dangers d’une armée parallèle mal contrôlée au niveau local.”

Pragmatique, Hamzata Ag Didi constate, lui, que “les armes circulent déjà” dans la zone des trois frontières, entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso. Selon lui, “c’est catastrophique déjà” car personne ne contrôle la circulation de ces armes. “C’est devenu comme si tu t’achetais du Coca.”

Une fois la paix revenue aussi, les gouvernements doivent réfléchir au désarmement des combattants volontaires ou à leur institutionnalisation au niveau des villages, toujours encadrée, pour éviter le retour d’agresseurs armés et permettre le retour des déplacés.

Source: DW

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