Fin sans gloire de barkhane au Sahel : Après neuf ans de présence, un bilan mitigé mais surtout des leçons à tirer

Même s’il ne s’agit pas d’un échec, proprement dit, la fin de Barkhane au Mali puis au Sahel écorne considérablement l’image de grande puissance libératrice de la France. Cependant, la présence militaire française faisait partie d’un ensemble encore plus vaste. Il s’agit du processus de paix mis en scelle par la Communauté internationale, la France à sa tête, mais aussi, la politique qui sous-tendait Serval puis Barkhane. Ces deux éléments comportaient en eux des tares congénitales dès le départ. Et aujourd’hui, après la fin sans gloire de Barkhane, peut-être s’achemine-t-on vers l’explosion de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation ?

 

Selon une expression grandement célèbre pour les cinéphiles, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. La France, héroïne d’un Mali meurtri par des années de présence terroriste, n’aura pas été à la hauteur de la confiance et de l’espérance placée en elle. Peut-être a-t-elle fait le choix exclusif d’user de la Realpolitik plutôt que d’œuvrer à restaurer l’autorité de l’Etat au Mali ? Sans doute que l’occasion était trop belle pour l’Elysée de ne pas profiter de l’occasion afin qu’elle aussi, comme toute super puissance qui se respecte, ait son cercle d’influence, où son armée y est déployée. Elle aurait, elle aussi, à l’instar des USA avec l’Afghanistan ou l’Irak, son Sahelistan. Mais au-delà de cette mise en scène, il s’agissait, selon nombres d’analystes de la géopolitique, d’un positionnement habile afin d’être le partenaire privilégié du Sahel en vue de juteuses retombées économiques. Car il est bien connu que l’idylle au niveau des Etats n’est vraie que lorsque des ressources économiques sont en jeu. La France, pour parvenir à ce dessein, serai-t-elle allée au point d’entretenir un état de ni paix ni guerre au Mali ?

Une chose est sûre, cependant. Si la France ne pouvait ou ne voulait respecter l’Etat du Mali, failli et à terre après une gouvernance qui aura montré toutes limites, respect et considération, elle les devait au peuple malien. En un seul épisode, Kidal, elle aura creusé le trou de l’échec dans lequel sa présence militaire est inexorablement tombée.  A partir de là, le Mali aura été obligé à discuter avec des rebelles qui ont les mains tachées de sang. D’interminables processus de négociations ont été sanctionnés par un Accord de paix entre l’Etat du Mali et un groupuscule d’individus qui n’hésita pas à s’allier aux groupes terroristes afin de faire la guerre aux FAMa. Sur le plan international, l’on fait le distinguo entre les rebelles et les terroristes comme si cela était aisé et surtout pertinent. Par méconnaissance ou mépris souverain, l’éponge aura été passée sur tous les crimes commis par la rébellion. Sauf que la frontière entre rebelles et terroristes est souvent bien mince. De plus, comment tolérer sur le territoire d’un Etat indépendant, même failli, la présence d’autres groupes armés que l’armée régalienne ? Beaucoup profitèrent de l’occasion afin de se refaire une virginité. Des terroristes migrèrent d’Ansar Dine et créèrent le HCUA. Les liens du sang demeurent mais aussi des intérêts pécuniaires liés au trafic.

Aujourd’hui, l’opprobre jeté à la face de la France n’est pas immérité. Quelque part, le piège se serait fermé sur elle qui n’aurait pas fait franc-jeu avec le Mali. Une leçon absolument à tirer, c’est que si le militaire ne peut être que la concrétisation d’une décision politique, cette dernière, à son tour, doit aussi se mettre à niveau de la première. Dans le cas du Mali, il est à déplorer un manque de discernement de la part de l’Elysée, des velléités impérialistes avec surement une volonté de défense et de promotion des intérêts français, mais aussi il faut le dire, un déficit moral avec comme conséquence un mépris du peuple malien, et sahélien en général. Malheureusement, vu le déroulé des évènements, l’on ne peut que tirer pareilles conclusions, malgré le sacrifice humain de quelques 58 soldats français.

L’Etat malien, n’en est pas plus innocent

Indépendance, souveraineté, intégrité du territoire riment obligatoirement avec responsabilité et capacité à se prendre en charge. Certes, le défi du terrorisme est complexe et nécessite bien des moyens que les Etats africains peinent à mobiliser. Mais, il leur est reproché de n’avoir pas fait le travail nécessaire de base qui incombe à tout Etat responsable qui est de prendre conscience des enjeux sécuritaires liés à son environnement géographique, aux acteurs criminels qui jonchent son territoire, et aussi le côté institutionnel de la chose.

Dès les premières heures de la démocratie, de manière inattendue, il a été décidé que le Mali n’avait pas besoin d’une armée de combat mais d’une armée de développement. C’était sans prendre en considération les rébellions qui revenaient de manière cyclique, et ce si vaste territoire hérité de l’indépendance, qui doit pourtant être sécurisé. Vaste territoire en proie à de nombreux défis comme la sécheresse, la précarité, le très faible peuplement de la zone et surtout le délaissement coupable de l’Etat. Depuis de nombreuses années, le pouvoir central ne sut comprendre que son destin est avant tout sécuritaire et économique. Au-delà, la part de responsabilité du Mali, c’est la mal gouvernance. A tous les niveaux, l’orthodoxie est une chimère que cherche-les plus consciencieux. Les recrutements ne se font pas sur la base du mérite et de la vocation. Et forcément, un jour ou l’autre, la triste réalité frappe. C’est cela qu’a connu les Maliens, à la faveur du coup d’Etat de 2012, et de la crise multidimensionnelle qui s’en est suivie.

Aujourd’hui, un vent nouveau soufflerait sur le Mali, et l’Afrique en général. Mais lorsque l’on sait que durant plus de trente ans, la norme était plutôt de plaider sa propre chapelle peu importe si l’intérêt général en pâtissait, il est légitime que certains soient sceptiques. Une chose est sûre, les leçons doivent être tirées, sans complaisance.

Ahmed M. Thiam

Source : L’Alternance

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