Le djihadisme, un monstre à double visage

Les 62 ans de l’évacuation du dernier soldat colonial du Mali, le 20 janvier 1961 érigé en Fête de l’armée (celle-là a été créé en réalité le 1er Octobre 1960) ont eu une résonance particulière avec l’acquisition par les FAMa d’une dizaine d’aéronefs (avions de chasse, de transport, hélicoptères de manœuvre) supplémentaires.

Fournis par la Russie, devenue la nouvelle alliée stratégique après la rupture du partenariat militaire et sécuritaire avec la France et d’autres pays occidentaux, ils viennent, en effet, renforcer des équipements antérieurs de divers types destinés à combattre avec plus d’efficacité le djihadisme qui sévit au nord et au centre et s’enhardit de plus en plus vers le sud. Ces dernières semaines, il est désormais signalé dans un rayon d’environ cent kilomètres autour du district de Bamako. Le groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), filiale malienne d’al-Qaïda, se vante même d’avoir investi   » les faubourgs  » de la capitale. «  Dans l’attente de l’heure décisive « , prétend-t-il.

Il faut donc se réjouir de la poursuite de cette « montée en puissance  » de nos braves forces de défense et de sécurité et de la volonté réitérée de nos autorités militaires à juguler le mal. Par la voix de leur chef suprême, le colonel Assimi Goïta, elles viennent d’annoncer le lancement d’  » une nouvelle opération d’envergure « . Dénommée  » Tilekoura » (Jour nouveau) elle devrait faire plus et mieux que  sa précédente  » Keletigui  » (Le combattant intrépide) dont les résultats ont été  jugés mitigés, en plus des accusations de  » massacres de civils » qui l’ont éclaboussée.

Mais il faut relativiser cet optimisme car le djihadisme, tel qu’il est pratiqué sous nos cieux, est un monstre à double visage. Il n’agit pas seulement sous la forme brutale et détestable qui fait sa sinistre réputation: les tueries sauvages, les vols de bétails, les dévastations de biens. Il opère aussi sous une configuration pacifique mais non moins pernicieuse. Lorsque l’imam Mahmoud Dicko, durant les journées de braise de la mobilisation anti-IBK, prônait «  l’avènement d’une société conforme à nos valeurs religieuses et coutumières « , c’est à la transformation du Mali  » républicain, laïc, démocratique et social  » en un Etat islamique aux couleurs locales qu’il pensait. Cet originaire de Tombouctou, pétri des sciences islamiques en Mauritanie, puis en Arabie saoudite, n’a jamais caché sa préférence pour le dialogue avec les groupes armés djihadistes. Ce qui l’a amené, à une courte période, à conduire « la mission de bons offices » créée par le président IBK à cet effet.

Ces derniers temps, des associations musulmanes, qui n’ont jamais fait mystère de leur ambition de voir le Mali devenir un émirat sahelien, ont occupé l’espace médiatique pour réclamer la proscription de la laïcité du projet de Constitution qui sera soumis à référendum le 19 mars prochain, donnant le déclic aux élections locales (juin 2023), législatives (octobre et novembre 2023) et présidentielle (mars 2024). Le GSIM du duo Iyad ag Ghaly-Amadou Koufa n’a pas tardé à leur apporter son soutien, les appelant à  » rejoindre franchement les moudjahidines et à  s’émanciper des législations humaines pour appliquer la Charia « .

Prises en tenaille entre ces deux formes de djihadisme, les autorités de la transition ont su, jusqu’ici, garder le cap: le Mali restera une république laïque, c’est à dire une entité où les citoyens seront libres d’exercer leurs croyances et où l’Etat (la puissance publique) sera au service de tous sans être sous l’emprise exclusive d’une religion. II faut espérer que ce positionnement, garant d’un vivre ensemble harmonieux dans la société malienne, sera confirmé par la consultation référendaire annoncée et sur le théâtre des opérations anti-djihadistes.

Saouti HAIDARA

Source: L’Indépendant

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