MÉDIATION DE FAURE DANS LA CRISE MALI-CEDEAO: Le doute des analystes politiques togolais

À Bamako, les regards sont tournés vers Lomé où les autorités ont sollicité la médiation du président togolais pour reprendre les pourparlers avec l’ensemble des partenaires du Mali notamment la CEDEAO. À Lomé, l’on est dubitatif sur cette démarche des autorités de la transition malienne. Elle semble contradictoire dans les faits au regard des idéaux que les autorités prônent. Certains analystes togolais sont surpris de voir leur président comme médiateur dans la crise malienne alors que le pays de ce dernier beigne dans les mêmes problèmes dont il se préoccupe moins.   

La sollicitation du président togolais, Faure Gnassingbé par les autorités de la transition pour être un facilitateur dans la crise qui oppose le Mali à la CEDEAO et ses autres partenaires ne suscite pas le même engouement au niveau du Togo. Même si des analystes estiment que son implication peut être bénéfique pour le Mali.

Le Togo a montré un certain penchant pour Bamako face aux attaques groupées de la Communauté internationale. Selon l’analyse politique, Luc Abaki, dans une émission, les causes qui ont milité en faveur de ce coup d’État doivent être résolues de façon profonde. Il estime que la position de la CEDEAO n’était pas compréhensive parce qu’on ne peut pas rester dans des positions de principe sans pouvoir comprendre les réalités qui fondent la vie des Maliens afin d’éviter les coups d’État.

Faut-il rappeler, M. Faure Gnassingbé était allé à Bamako de même que son ministre des Affaires étrangères. M. Robert Dusseh a dit clairement dans Jeune Afrique que la position du Togo était très claire : c’est de privilégier le dialogue aux sanctions bien que cette position ne plait pas à certains dirigeants de la sous-région.

Avant la sollicitation par le Mali de la facilitation de Faure Gnassingbé, on a vu le président togolais se déplacer vers le président ivoirien, Alassane Ouattara pour essayer de le convaincre. “Tout le monde sait que Alassane Ouattara est celui-là qui incarne cette position de radicalité vis-à-vis des autorités maliennes. Donc, cela signifie très clairement que Faure Gnassingbé avait décidé depuis très longtemps de plaider la cause du Mali auprès de ses pairs. Et le fait de partir chez Alassane Ouattara veut dire qu’il a voulu attaquer le problème à la source.

Tout cela a conforté les autorités maliennes qui croient que le président du Togo était ce bon interlocuteur qui pourrait parler de façon plus judicieuse à ses pairs. Selon cet analyste togolais, il peut trouver la solution sauf que “ On peut se dire que les germes de la situation que vivent les Maliens aujourd’hui sont également présents au Togo et il va falloir que Faure fasse preuve de génie’’, a-t-il fait remarquer tout en rappelant que le Togo a cette tradition de médiation depuis l’époque de Gnassingbé Eyadema, père de l’actuel Président du Togo. C’était celui-là qui éteignait les feux dans la sous-région.

De son côté, le Journaliste et analyste politique Ferdinand Ayité reste pour le moins perplexe sur la relation entre Bamako et Lomé. Il trouve malheureux que Faure abandonne le développement de son pays, refuse le dialogue entre les acteurs politiques et les syndicats et va faire les bons offices ailleurs.

“Le Togo est un pays malade avec beaucoup de pathologies qui veut aller au secours d’un autre pays malade’’, a-t-il paraphrasé. Le journaliste a souligné sa méfiance sur la crise malienne dès lors que de bribes d’informations faisaient état d’une liaison entre les colonels de Bamako et le pouvoir de Lomé.

Selon les dires du journaliste d’investigation, les autorités maliennes de la transition n’ont pas choisi la médiation du Togo par hasard, elles étaient avec l’autorité togolaise depuis longtemps. Il s’interroge même sur la relation particulière qu’entretiennent les autorités du Togo et celles du Mali au point que le Togo dépêche les émissaires à Kati et que le président Assimi voyage à Lomé discrètement. Il estime qu’il y a contradiction dans les démarches, car les colonels du Mali se veulent “révolutionnaires’’. “Si vous êtes des révolutionnaires tels que le clament les officiers de Bamako de cette volonté de se débarrasser de l’impérialisme et tout, pour faire du Mali un pays souverain, votre parrain ne peut pas être le Togo’’, doute le journaliste.

Pour lui, ce sont des “liaisons dangereuses, le brouillard’’ qui ne permettent pas de comprendre ce qui est en train de se passer. Mais, il pense que le voile est en train de tomber petit à petit.

Tout le monde pense que le président ivoirien est un pion de la France qui met en application tout ce que Macron dit et que le président ghanéen est plus francophile et exécute à la lettre les demandes de la France. La question que le journaliste se pose est de savoir si le Togo peut aller à l’encontre de la France dans cette affaire. Pour lui, si le Togo le fait, alors c’est un choix de sortir de la tutelle de la France qui a créé le régime de Faure. ‘’Une telle démarche est un parricide’’, dit-il en ajoutant que sans la France, Faure ne serait pas au pouvoir à ce jour.

De tout ce qui précède, le journaliste d’investigation, Ferdinand Ayité pense qu’il y aurait “quelque chose de flou qui se joue dans cette affaire’’. “Pourquoi le Togo a fait la diplomatie de couloir et tente d’arracher le problème malien des mains du président ghanéen qui est le président en exercice de la CEDEAO ?’’, s’est-il interrogé.

Selon jeune Afrique, les relations entre le président ghanéen et togolais ne sont plus au beau fixe, au point que le Ghana soupçonne le Togo de lui jeter des peaux de banane dans la crise malienne.  Sur la question, Luc Abaki préfère observer le Mali comme quelqu’un qui se noie et est prêt à attraper n’importe quel support pour sortir la tête de l’eau et à partir du moment où les Maliens n’ont pas d’interlocuteur dans la sous-région, on peut aisément comprendre que s’il y a quelqu’un qui s’ouvre à eux, leur problème n’est pas de savoir quels sont les problèmes ou les faiblesses dont souffre ce dernier, mais de savoir s’il peut effectivement intercéder pour eux auprès de la CEDEAO.

Toutefois, le journaliste togolais se convainc que le pouvoir de Lomé est à la recherche d’allier dans la région pour pérenniser son règne.

Il estime que le carburant du sentiment anti-français est instrumentalisé à des fins non avouées. Puisque de nos jours, si vous voulez avoir de la popularité en Afrique, et que vous vous mettez dans la position d’un antifrançais, tout le monde s’aligne derrière vous alors qu’il y a d’autres objectifs. “Si les colonels maliens sont vraiment des révolutionnaires, leurs parrains ne peuvent pas être le pouvoir togolais, parce que le Togo c’est le pays de coup d’État et des élections frauduleux’’, a clairement martelé le journaliste togolais.

Mais selon sa lecture, l’agenda du président Faure, c’est de se mettre dans la posture d’un chef d’État indispensable en tant que cadet des chefs d’État afin de négocier son cinquième mandat. “Faure veut être le Blaise Compaoré de la sous-région et son ministre des Affaires étrangères veut être le nouveau Bassolé’’.

Même si le souhait du journaliste est de voir la médiation de Faure trouver la solution à cette crise malienne, Ferdinand pense que d’ici quelques semaines, on verra clairement si c’est une “médiation ou une liaison pour faire autre chose’’.

Bourama KEITA 

Source:   LE COMBAT

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