Reforme du secteur de la sécurité : parer au manque d’appropriation citoyenne

L’opérationnalisation de la réforme du secteur de la sécurité (RSS), au Mali, ne serait effective qu’avec une forte implication de la société civile et de tous les citoyens. Un défi à relever dans un pays qui fait face à la plus grande problématique sécuritaire de son histoire.

 

Au Mali, le premier concerné par la RSS devrait être le Malien lambda. Pourtant, l’on ne peut s’empêcher de constater que cette question de la réforme profonde de l’architecture sécuritaire souffre d’un manque d’appropriation populaire. Dans un rapport intitulé La problématique de l’appropriation nationale dans le processus de mise en œuvre de la réforme du secteur de la sécurité au Mali, publié en 2018, la Fondation Friederich-Ebert expliquait qu’en dehors de Bamako et des capitales régionales, la connaissance, l’intérêt et l’implication des citoyens sur les questions sécuritaires sont mineurs.

L’Alliance citoyenne pour la réforme du secteur de la sécurité (AC–RSS), composée de plus de 80 organisations de la société civile, a tenu à renforcer les capacités de ses membres et compte parvenir à une politique globale de plaidoyer et de lobbying. L’AC–RSS espère, ainsi, contribuer à impliquer la société civile dans tout le processus : de l’évaluation des besoins, en passant par l’adoption, la mise en œuvre et le suivi – évaluation de la réforme du secteur de la sécurité.

Remettre la société civile dans son rôle

Le  Cadre d’orientation de l’Union africaine a clairement mentionné le soutien, la participation de la société civile et des médias aux activités relatives à la RSS sur le continent africain. Pourtant, la société civile malienne n’a aucun représentant dans le Conseil national de la réforme du secteur de la sécurité (CNRSS).

« La RSS est un terme nouveau pour la société civile malienne, ce qui a facilité sa marginalisation par les instances décideuses. Elle n’a pas conscience que les dynamiques sécuritaires ont évolué : on ne parle plus de sécurité traditionnelle ou sécurité de l’État, on parle désormais de sécurité de l’humain », explique Soumaila Lah, le coordinateur national de l’AC–RSS.

Pour ce cadre du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, qui a requis l’anonymat, le problème se situe à un autre niveau : « L’instrumentalisation politique excessive des organisations de la société civile et leur dépendance financière les a fortement discréditées et a miné la légitimité sur laquelle repose leur participation aux processus de RSS. »

Les organisations de la société civile ont tout de même un rôle central à y jouer. En effet, même si elle relève du domaine régalien de l’État, la RSS comporte des aspects civils : dénoncer des comportements répréhensibles, lutter contre la corruption et l’impunité, appuyer la gouvernance locale, promouvoir la transparence du processus, assister les groupes vulnérables, faciliter le débat sur les priorités, renouer le dialogue, contrôler l’armée, assurer l’ancrage citoyen, etc.

Tout programme de réforme du secteur de la sécurité sans l’implication systématique de la société civile ne saurait être efficace. Ces programmes doivent inspirer confiance et donner l’assurance qu’ils répondent adéquatement aux besoins de la population.

Une synergie pour mieux impacter

Le Centre d’études et de réflexion au Mali (CERM), en partenariat avec la Fondation Friedrich-Ebert et l’Union national des travailleurs du Mali (UNTM) ainsi que la coalition citoyenne ont piloté le projet « Sécurité pour tous » de l’Union européenne de 2019 à 2022. Des études ont été menées, des foras organisés à Kayes, Sikasso, Mopti, Gao, Tombouctou, et qui ont donné lieu à mise sur pied de l’AC-RSS.

L’Alliance, formée autour de plus de 80 organisations de la société civile, s’attèle aujourd’hui à renforcer la capacité de ses membres en vue de l’organisation du Forum international sur la sécurité, prévue en novembre. Un atelier de renforcement de capacités a été organisé à cet effet et a donné naissance à un projet de plaidoyer pour l’implication de la société civile dans le processus de la RSS.

Les coordinations régionales de l’Alliance seront installées progressivement, afin de continuer à outiller et à former les acteurs de la société civile et leur permettre de mieux s’exprimer sur les questions sécuritaires et mener à bien les plaidoyers et autres actions civiles.

Source : Benbere

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