Casques bleus et «forces parallèles» au Mali : Les non-dits d’une résolution onusienne

La vocation de l’ONU, on le sait, est de ramener et/ou  maintenir et  consolider la paix dans une zone de conflit. Une démarche qui passe le plus souvent par une interposition entre les belligérants et des actions de développement et de surveillance. Au Mali, l’organisation  onusienne s’apprête à faire voter et adopter une résolution donnant mandat offensif à une «force parallèle», autrement dit, une résolution autorisant une «force parallèle» à faire la guerre. Une sorte de procuration. Une première dans l’histoire de cette organisation ! Et le saviez-vous ? La fameuse «force parallèle » dont il est question sera française. En clair, l’ONU autorise la France à rester sur place au Mali  le temps qu’il faut. 

Des Casques bleus (Afp archives)

Des Casques bleus (Afp archives)

Un projet de résolution sur l’envoi des troupes de maintien de la paix au Mali et devant être prochainement soumis au conseil de sécurité de l’ONU justifie ainsi la création d’une «force parallèle» différente des casques bleus : «étant donné le niveau et la nature de la menace résiduelle, il y aura absolument besoin d’une force parallèle opérant au Mali  aux côtés de la mission de l’ONU afin de mener des opérations importantes de combat et de contre-terrorisme (…) Elle [la Force parallèle] doit obéir à des règles d’engagement fermes et sera autorisée à utiliser tous les moyens nécessaires pour contrer les menaces susceptibles dentraver l’exécution de son mandat ». Evoquant la durée de son existence, le rapport indique tout simplement qu’elle «sera nécessaire pour un certain temps» sans trop de précision.

Soulignons que ladite force sera composée de 1000 hommes et que le projet de résolution autorisant son déploiement à partir de juillet prochain est actuellement en discussion à New York et pourrait être adopté fin avril.

1000 hommes ! C’est exactement le nombre de militaires que la France entend maintenir au Mali après le retrait du gros de la troupe (4.000) à partir de fin avril. Toute chose qui lève une partie du voile sur l’origine de ladite force. Elle sera française. Et Laurent Fabius, lors de sa visite à Bamako en fin de semaine dernière l’a clairement annoncé : «La France a proposé aux Nations unies et au gouvernement malien d’avoir une force d’appui française d’un millier d’hommes, qui sera permanente, qui sera au Mali, et qui sera équipée pour lutter contre le terrorisme».

Le projet de  résolution de l’ONU, pour  sa part, fait une nette distinction entre la «mission de stabilisation» et la  «force parallèle».

Selon le document, la majeure partie des troupes de  la MISMA « sera  transférée dans une mission de stabilisation de l’ONU« . Elle sera déployée «essentiellement dans le Nord, avec pour base logistique possible Gao ou Sévaré (…) Elle aura un mandat offensif et de stabilisation centré sur les groupes extrémistes armés».

Une exception là aussi. Et pour cause, des casques bleus, pour une des rares fois, seront  autorisés à mener des offensives.

Et la force parallèle alors? Etant entendu que les traditionnels casques bleus auront un mandat similaire, c’est-à-dire offensif ?

Le rapport évoque à ce niveau, le «renforcement de la mission politique de l’ONU au Mali ». En somme, la  «force parallèle » aura également pour mission de superviser, voire de certifier les résultats des  prochaines  élections. Faut-il rappeler qu’elle (l’ONU) a d’ores et déjà ouvert une succursale à Bamako pour ce faire ?  Il s’agit du Bureau politique des Nations unies au Mali (UNOM) dirigé par M. David Gressly.

En clair, au contraire des casques bleus essentiellement composés des troupes de la MISMA devant être déployés surtout dans les régions du Nord, et essentiellement orientés vers les groupes extrémistes armés, la « Force parallèle » française elle, aura en plus pour mission et de mener des opérations anti-terroristes, et de renforcer la mission politique de l’ONU. Son mandat est à la fois politique et militaire ! Et elle ne sera  assujettie qu’à l’ONU pas à Bamako, «le temps qu’il faut».

La libération du pays semble finalement être acquise  au prix d’une partie de sa souveraineté nationale. C’est peut-être, mieux ainsi. L’on ne saurait, en tout état de cause blâmer les autres.

Et ceux qui estiment par ailleurs que le Mali est désormais un vaste champ d’expérimentation du monde, ne se trompent, peut-être pas. Certainement qu’à à l’issue de la guerre au Mali, l’organisation onusienne changera de formule si ce n’est déjà fait avec la résolution autorisant déploiement d’une force parallèle dans le flanc des traditionnels casques bleus ayant plusieurs fois  montré leurs limites sur les différents théâtres d’opération.

B.S. Diarra

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