Le récit de la libération des quatre otages d’Arlit

Des émissaires envoyés au Sahel au coup de fil de François Hollande mardi aux familles, découvrez comment ont été libérés les quatre Français détenus au Mali.

François Hollande accueillant tarmac base Vélizy Villacoublay quatre otages Arlit

Des émissaires envoyés au Sahel il y a quelques jours, un ministre des Affaires étrangères qui disparaît soudainement de Bratislava, le coup de fil de François Hollande aux familles : voici le récit de la libération des quatre otages français, obtenue mardi après une accélération des négociations.

Dimanche 22 septembre :

Le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian assure qu’il a la preuve que les otages sont vivants et qu’il travaille sur les moyens “opérationnels” de leur libération. Des sources affirmeront plus tard qu’il s’est rendu en toute discrétion à Niamey quelques semaines avant la libération pour faire aboutir les négociations.

Jeudi 24 octobre :

Une dépêche AFP révèle la présence d’émissaires dans le Sahel pour “accélérer les négociations en vue de la libération des otages français”. Deux hommes sont à la manoeuvre : Jean-Marc Gadoullet, un ancien colonel de l’armée française déjà intervenu comme intermédiaire dans ce dossier, et Mohamed Akotey, ancien ministre nigérien et actuel dirigeant d’une filiale locale d’Areva. La France dément formellement. À Bamako, une source diplomatique occidentale confirme, mais ajoute : “Ça coince.”

Dans les jours qui précèdent leur libération, les otages sont regroupés au sud-ouest de Kidal, fief des Touareg. Ils avaient été dispersés dans l’immensité du nord du Mali par crainte que Paris ne lance une opération pour les libérer tous ensemble. C’est dans cette région d’Anefis que se déroulent les dernières négociations, selon une source nigérienne. Mohamed Akotey y participe, tout comme des notables touareg de la région, mais la présence de Jean-Marc Gadoullet n’est plus évoquée.

Mardi 29 octobre :

À 10 heures locales (10 heures en France), François Hollande arrive à Bratislava, en Slovaquie, accompagné de Laurent Fabius. Bizarrement, le ministre des Affaires étrangères disparaît subrepticement en fin de matinée. En début d’après-midi, François Hollande arrive avec une demi-heure de retard pour sa conférence de presse avec le Premier ministre Robert Fico. Il a le teint pâle et le visage fermé, mais les journalistes attribuent son air préoccupé aux déboires de l’écotaxe. Un conseiller diplomatique leur glisse en off que Laurent Fabius est revenu à Paris, pour “une urgence diplomatique dont on va entendre parler”.

Pendant ce temps, quelque part au Mali, dans des conditions encore inconnues, les quatre otages goûtent à la liberté à bord d’un hélicoptère militaire. Après 1 139 jours de captivité, ils survolent le désert malien en direction du sud, pour rejoindre Niamey. À 4 000 km de là, le grand-père de Pierre Legrand est sur la route à Nantes quand son portable sonne. Il est 16 h 2, c’est François Hollande : “Voilà, René Robert, je vous annonce que votre petit-fils est libéré avec ses trois compagnons, il est en direction de Niamey, je ne peux pas vous en dire plus, il est en bonne santé, le président du Niger a été actif dans cette libération.”

Deux heures plus tard, François Hollande annonce la nouvelle devant la communauté française : “Je viens d’apprendre par le président du Niger que nos quatre otages du Sahel, ceux que l’on appelle les otages d’Arlit, viennent d’être libérés”. Salve d’applaudissements. Au même moment, portable coupé, Marion Larribe, la fille de Daniel, suit un cours d’amphi à la fac de Montpellier quand un camarade lui tape sur l’épaule : “Il se passe un truc bizarre, on dirait que ton père a été libéré.”

“Une épreuve de la vie” (Thierry Dol)

Un peu plus tard, Laurent Fabius l’appelle et lui passe son père : “Mais c’est Marion ? Mais comment ça va ?” De l’autre côté de l’Atlantique, en Martinique, une journaliste devance Jean-Marc Ayrault pour annoncer la nouvelle à la maman de Thierry Dol. À 10 heures, les quatre otages atterrissent à Niamey. Amaigris, le regard perdu, ils sont accueillis par le président nigérien Mahamadou Issoufou dans un salon d’honneur de l’aéroport. Le chef d’État félicite la France, le président Hollande et ses propres hommes pour leur participation à la libération.

La barbe longue, vêtu d’un habit vert pâle et d’un turban bleu-mauve, Thierry Dol, 32 ans, a les traits marqués : “Ça a été très difficile, mais c’est une épreuve de la vie”, dit-il à la presse. À côté, Pierre Legrand, 28 ans, et Marc Féret, 46 ans, ont le visage masqué par un chèche, on ne voit que leur regard fatigué. Laurent Fabius révèle que les conditions de détention des otages étaient “différentes”. “Monsieur Larribe a été complètement isolé des autres et n’avait donc absolument aucune nouvelle. Certains pouvaient écouter la radio, d’autres non.”

De son côté, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian assure qu’il n’y a eu ni “assaut” ni “rançon”. Dans la soirée, les quatre otages appellent leurs familles, prennent une douche et partagent un “couscous de poulet et de mouton” avec Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius, selon Le Parisien. “C’est un tsunami émotionnel”, réagit au même moment Françoise Larribe auprès de l’AFP. L’épouse de Daniel a reçu un appel du président de la République alors qu’elle sortait de l’hôpital, à Marseille, où elle venait d’être opérée des yeux.

“Je ne savais plus si j’étais sous anesthésie ou pas ! C’était surréaliste.” À Nantes Alain Legrand, le père de Pierre Legrand, est aussi “très heureux”, mais il veut une réponse à sa question : “Pourquoi ça a duré si longtemps ?” Loin de là, sous les ors slovaques, François Hollande salue “un jour mémorable” dans son toast au dîner officiel offert par le président.

Mercredi 30 octobre :

Au petit matin, les quatre ex-otages arrivent à l’aéroport de Niamey. Tous ont troqué leurs djellabas pour des vêtements à l’occidentale, ils ont l’air détendus, leur barbe a été rasée ou taillée. Daniel Larribe, 62 ans, est souriant. Il porte une chemise bleue avec un pull rouge sur les épaules. Les quatre hommes s’engouffrent dans un Falcon 7X blanc de la République française. Ils décollent avec Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian vers 7 heures en direction de Villacoublay.

À leur sortie de l’appareil, sous un beau soleil d’automne, une joie intense. Daniel Larribe tombe dans les bras de son épouse Françoise et de ses deux filles en larmes. Le visage tout sourire de l’immense Thierry Dol, 32 ans, lunettes noires et épaisse écharpe grise, domine cette image de groupe. Plus discrets, Marc Féret, un chèche noir enroulé autour de la tête, et le benjamin Pierre Legrand semblent plus éprouvés. Sur le tarmac, François Hollande fait part de son “immense joie”, mais les ex-otages décident de ne pas parler.

“Il a su mettre en avant toutes les ressources possibles et imaginables pour que chaque jour soit un jour de gagné”, dit simplement Françoise Larribe à la presse à propos de son mari. L’AFP, citant une source proche des négociateurs nigériens, annonce qu’une rançon d’au moins 20 millions d’euros a été versée en vue de la libération. L’entourage de François Hollande répète que “la France ne verse pas de rançon”. À La Défense, les employés d’Areva suivent les retrouvailles sur grands écrans. À Couffé (Loire-Atlantique), les proches de Pierre Legrand se retrouvent dans un bar. Sur la façade, ils ont accroché une ancienne banderole barrée de l’inscription “Libre” en gros et en rouge.

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