Le septentrion malien est victime des intentions cachées de certaines puissances et de leurs alliés dont les actes rendent, en réalité, plus difficile la concrétisation de la paix et la réconciliation dans cette partie de notre pays.

kidal nord mali

L’accord pour la paix et la réconciliation continue de faire parler de lui. Après les contestations liées à sa signature en mai et juin 2015, sa mise en œuvre pose problème aujourd’hui. Le gouvernement et les autres parties signataires du deal s’accusent régulièrement de « mauvaise foi » dans l’application du document, qui est censé trouver un dénouement heureux à l’une des plus graves crises politico-sécuritaires du Mali. La société civile et l’opposition politique émettent toujours des réserves sur les démarches des autorités tant la lenteur du processus de paix est assez révélatrice des maladresses du gouvernement. Que faire pour sortir de l’impasse? Pas exempte de reproches dans le dossier du Nord-Mali, l’Onu se dit « impatiente » alors que le Comité de suivi de l’accord (CSA) affirme, mordicus, avoir trouvé un début de solution à « tous les obstacles qui bloquent l’avancée du processus de paix ». La réalité est tout autre et les prochaines semaines ne promettent pas d’être moins tumultueuses que les précédentes.
L’Onu continue son double jeu au Mali. De l’imposture, les Maliens en auront beaucoup vu avec la Mission de l’Onu au Mali (Minusma). Celle-ci ferait plutôt les affaires des groupes armés que celles du Mali et de la paix. La structure onusienne se prend couramment les pieds dans les tapis. D’un côté, les groupes armés lui mettent de la poudre aux yeux alors que de l’autre côté l’Etat malien fait les frais du non-respect par la Minusma de ses propres engagements. C’est dans ce contexte d’hypocrisie persistante que les ambassadeurs des 15 pays siégeant au Conseil de sécurité ont visité le Mali, la Mauritanie et le Burkina Faso la semaine dernière, à l’initiative notamment de la France, présidente du Conseil pendant le mois d’octobre. A l’issue de leur visite, les membres du Conseil de sécurité se sont contentés d’exprimer leur « profonde préoccupation à l’ egard de la persistance des retards importants dans la mise en œuvre de dispositions centrales de l’Accord ». Un faux-fuyant en ce sens que l’Onu continue le même jeu de dénonciations sans effets.

Desseins obscurs
Au cœur du processus de paix au Mali, l’Onu à travers la Minusma est mieux indiquée que quiconque pour savoir les entraves à la mise en œuvre correcte de l’Accord de paix. Qui plus est, la France, dont l’ambassadeur à l’Onu était à la tête de la délégation du Conseil de sécurité qui vient de séjourner dans notre pays est à la fois juge et partie dans le septentrion malien. Les déclarations de son ambassadeur à l’Onu paraissent donc comme une façon de noyer le poisson.
Quelques heures après la visite des membres du Conseil de sécurité, s’est tenue, mardi dernier, à Bamako la 21e session du Comité de suivi de l’accord (CSA). Comme pour dissiper les inquiétudes de l’Onu, le président du CSA, Ahmed Boutache s’est montré très optimiste à l’issue des travaux de cette session. « Tous les obstacles qui bloquent l’avancée du processus de paix ont été levés », s’est félicité le diplomate algérien.
Coup de bluff de M. Boutache ou volonté réelle des protagonistes d’aller de l’avant dans l’application du deal de paix ? Rien n’est moins sûr étant donné que presque tout se passe dans la bouche des acteurs de la paix et sur les papiers. Ce que l’on entend et lit est vraiment différent de la réalité. Visiblement dépassé par la tournure des événements, le président du CSA nous a habitués à des déclarations fracassantes qui ne sont toujours pas conformes aux actes posés par les uns et les autres. Quoi qu’il en soit, la visite d’une délégation de l’Onu au Mali semble avoir laissé des traces. Il n’est pas à exclure que M. Boutache veuille montrer que la médiation et le CSA contrôlent toujours la situation.
Au demeurant, les solutions à cette crise politico-sécuritaire ne sont pas hors de portée et il est évident que tout dénouement passera par un CSA performant. Le problème de leadership au sein des mouvements armés mine le CSA. Conformément à certaines dispositions de l’Accord issu du processus d’Alger, les groupes armés signataires du deal ont droit à des représentants au sein du CSA. C’est ainsi qu’avant la tenue de la première session du CSA, il leur a été demandé de designer des représentants devant siéger au sein de la structure. Un problème de leadership a alors fait surface au sein de groupes armés. Par exemple, lors de la première session du CSA, certaines délégations contenaient 15 membres alors qu’il n’en fallait que 5. Ce qui n’était d’ailleurs pas surprenant étant donné que les intérêts sordides et non la quête de la paix et du bien-être social, ont toujours prévalu au sein de ces groupes armés. Cependant, le hic est qu’aujourd’hui ce même problème de leadership parmi les ex-rebelles entrave toujours la mise en œuvre de l’Accord pour la paix. Des observateurs disent avoir l’impression que les délégués de certains mouvements armés au sein du CSA ne sont pas assez représentatifs de leur base. Aussi, les scissions continues des groupes armés font que les échanges deviennent compliqués avec eux. Dans ces conditions, il est difficile de savoir qui prend réellement des décisions et quelle personnalité représente légitimement quelle faction armée. C’est pourquoi, il n’est pas étonnant que certaines mesures du CSA soient rejetées sur le terrain par un quelconque mouvement rebelle.
Ogopémo Ouologuem
(correspondant aux USA)

 

Source: lesechos