IBK et la gestion du nord: les pièges qu’il faut éviter

Après la mise au pas des mutins du lundi 30 septembre, se pose un autre défi plus important pour le président de la République, Ibrahim Boubacar KEITA,

celui de gagner le pari de la paix au Nord en conjurant, à la fois, le péril djihadiste et « la fronde indépendantiste » des groupes armés indépendantistes, tout en évitant de tomber dans les pièges.

ibrahim_IBK.

Au lendemain de la défaite militaire des djihadistes, et de la restauration démocratique dans le pays avec l’élection d’IBK, notre pays s’est trouvé en présence de deux défis urgents : « la paix » et « la sécurité », conditions sine qua non à sa reconstruction politique, économique et morale.

Or, les derniers événements, survenus récemment à Kidal, sont là pour nous rappeler qu’après sa libération, grâce à l’opération Serval déclenchée par la France, avec les soldats tchadiens en première ligne, la sécurisation du Nord du Mali est loin d’être encore totalement acquise.

Les attaques terroristes des groupes djihadistes ne cessent, depuis un mois, de se multiplier, notamment dans les grandes villes du Nord-Mali, de même que les surenchères des groupes armés du nord quant au respect du suivi de l’accord de Ouagadougou par le Gouvernement.

Baroud d’honneur de combattants se sentant vaincus et défaits (groupes djihadistes) ou derniers gestes d’impuissance des groupes séparatistes avant leur « réintégration » dans le processus de la République ?

Toujours est-il que, à défaut de réussir leurs projets (un émirat islamique, pour les premiers, indépendance ou autonomie, pour les seconds), ces deux forces « ennemies » du régime d’IBK n’auront de répit sans déstabiliser durablement notre pays.

Comme quoi, les partisans de la formule « la paix à tout prix », face à l’allure actuelle des événements, au plan sécuritaire, feront mieux de revoir leur copie au point d’être contraints aux désappointements. Ce, d’autant plus que politiquement et moralement, cette formule pacifiste n’a aucune influence sur ces groupes.

Rappelons que «la stratégie totalitaire» des groupes djihadistes les amène à confondre « paix » et « terrorisme », une stratégie fondée sur le mépris des hommes et la négation de la vie.

Le président IBK a vite fait, et bien fait, de prendre conscience de la dégradation sécuritaire continue dans le pays, lors du double sommet de l’UEMOA et de la CEDEAO à Dakar, en déclarant : « Chacun sent que les mouvements djihadistes veulent reprendre du poil de la bête ».

En vérité, IBK reconnaît, très clairement, que notre pays est encore loin d’être un État véritablement pacifié.

Car, ici, offres de paix et bruits de guerre coexistent. D’où cette alerte du chef de l’État à l’intention de ses pairs : « On a signalé des regroupements dans le Sud libyen qui n’augurent rien de bon pour nous, nos États – aussi bien le Mali que nos États frères du Niger et les autres ».

Un cri d’alarme du Président IBK, qui pourrait signifier qu’à l’heure actuelle, personne ne peut dire jusqu’où cette machine djihadiste folle, meurtrière continuera sa course, semant terreur et désolation morale au sein du peuple malien.

Face à ce spectre, l’état-major français et les forces armées maliennes ont certes pris le devant en décidant, à travers une opération de grande envergure, de reprendre l’initiative stratégique, afin de « contenir » le péril djihadiste.

Mais force est de constater que les groupes djihadistes sont de vrais ennemis du genre humain, et avec eux, nulle paix ne sera possible.

Avec eux, c’est un combat à vie et à mort que l’humanité entière est condamnée à mener.

Mais parallèlement aux attaques des groupes djihadistes, reste « la fronde indépendandiste » des groupes armés du Nord-Mali, signataires des Accords de Ouagadougou.

Certes, il faut comprendre ceux et celles qui estiment que, du fait de leurs errements stratégiques et tactiques antérieurs, la ligne de démarcation entre le MNLA, le HCUA, le MAA et les groupes djihadistes, est loin d’être clairement établie.

Pourtant, d’après les déclarations officielles des principaux dirigeants de ces groupes dits représentatifs des populations du Nord, « le Mali est indivisible ».

Or, on constate, actuellement, notamment à Kidal, que certaines « radios », à la solde et sous l’autorité des représentants du MNLA, du HCUA et du MAA, utilisent des techniques de propagande « totalitaire » pour saper l’autorité politique et morale de l’État.

Face à ces groupes armés, IBK et son régime se doivent de regarder la vérité en face.

Selon leur logique séparatiste, le Nord-Mali est considéré comme « un territoire occupé », et les populations qui y vivent, notamment les Touaregs, sont identifiées à de nouveaux « Palestiniens ouest-africains ».

Mieux, par la ruse ou par la violence terroriste, quand ce ne sont pas par des surenchères et des politiques de diversion, le MNLA, le HCUA et le MAA conservent toujours intact leur unique projet : se mettre en marge de la souveraineté de l’État malien. C’est pourquoi, IBK ne doit pas céder et, surtout, il ne doit pas se faire piéger par certaines revendications burlesques et absurdes de ces groupes armés.

Au Nord-Mali, l’enjeu, comme l’a souligné certains spécialistes des questions sécuritaires, doit être clair pour le président : l’existence même du Mali en tant qu’État «souverain et indivisible».

Le MNLA, le HCUA, le MAA disent défendre une cause qu’ils tiennent « métaphysiquement » et non politiquement pour juste : sauver « l’identité raciale » des populations du Nord-Mali. Soulignons qu’ici, la paix, la sécurité, l’avenir de la démocratie dépendent avant tout de la solidité politique et morale de l’État démocratique restauré du Mali.

Et seul un État solide est en mesure de conjurer, à la fois, le péril djihadiste et « la fronde indépendantiste » des groupes armés du Nord. Bien sûr, Bamako doit tout faire pour ramener ces groupes à la raison, et les rassembler autour de cette œuvre politique commune et infranchissable qu’est « la République ».

Mais, il incombe d’abord à ces groupes, de façon volontaire et sans aucun calcul politicien, d’afficher clairement leur soutien et leur appartenance à la République.

Or, par sursaut d’orgueil, pour ces groupes, ce choix apparaît, politiquement, inconfortable.

Évidemment, pour l’instant, il s’agit d’un bon signe que la rupture ne soit pas consommée entre Bamako et les groupes armées du Nord.

D’ailleurs, en levant les mandats d’arrêt nationaux émis contre certains dirigeants de ces groupes, Bamako a fait montre d’ « une réelle volonté de paix et de réconciliation ».

Mais, comme l’a si bien vu Raymond Aron, « la paix suppose non la négation, mais le bon usage de la puissance ».

Par Mohamed D. DIAWARA

Source: Info-matin

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