Interview presqu’imaginaire de Bah N’Daw : « Il faut que je tienne le PM à l’œil ; il paraît qu’il est froid »

C’est un président de transition bien décontracté, sourire large, costume gris foncé, cravate et chemise assorties, qui nous reçoit dans le salon d’honneur de l’Aéroport international Bamako-Sénou. Bah N’Daw est un peu pressé, car il doit prendre son vol pour assister à l’investiture du nouveau président du Niger. « Bon écoutez, je n’ai pas que ça à faire hein ! Posez vos questions rapidement ; je ne veux pas faire attendre mes homologues à Niamey », indique-t-il.

Azalaï Express : Bonjour Monsieur le président ; il n’est pas facile de vous joindre. Toutes les lignes de Koulouba semblent être occupées ?

Bah N’Daw : Bien évidemment ! C’est normal ; si je dois dire bonjour au président Macron et à mes estimés homologues de la Cedeao, vous imaginez que la ligne doit être occupée. D’ailleurs, qui vous a laissé entrer ici ?

Monsieur le Président, les Maliens pensent que votre teint a changé et que votre garde-robes est bien fournie. Est-ce à dire que l’air conditionné de Koulouba est différent de celui de votre champ ?

Mais, c’est osé de votre part, hein ! Vous savez, ce n’est pas la première fois que je sois ici à Koulouba. Vous oubliez que j’étais l’aide de camp du Général Moussa Traoré ? Koulouba n’a pas de secret pour moi. Bon, je crois que les Maliens sont justes jaloux de mon nouveau costume. Pour cela, je vais remercier mon fils Assimi Goïta pour le choix des marques. Vous voyez, en plus du maniement des armes, il s’y connaît beaucoup dans l’habillement. Ces fringues qu’il m’a achetées ne sont pas de n’importe quelle marque. Attention ; c’est du Giorgo Armani et du Jean Paul Gautier. Je comprends que vous ne connaissiez rien à ces matières-là. C’est vrai que ces marques n’ont rien d’égal avec celles que mon estimé frère de Sébénikoro porte, mais je ne me plains pas trop des choix de mon fils. Bon, si c’est pour venir m’importuner avec vos questions à dormir débout, vous pouvez sortir.

Toutes nos excuses Monsieur le Président si nous avons été désobligeants. Que pensez-vous de la gestion de la transition sous votre conduite ?

Mais, c’est quelle question ça ? On dirait que vous n’êtes pas dans ce pays.

Je voyage beaucoup à l’international pour redorer le blason du Mali. C’est normal que je joue ce rôle, mais parfois, j’envoie mon fils Assimi Goïta. C’est une façon de le préparer à comprendre la diplomatie et les relations internationales. Il est intelligent et s’investit entièrement dans cela. Ce n’est pas tout. Il est aussi un vrai homme de terrain. Vous avez vu comment il était bien habillé et bien équipé à Farabougou, Tombouctou, Goundam ? J’en passe. Aussi, ai-je instruit au Premier ministre de mettre son équipe au travail afin que les Maliens aperçoivent rapidement le bout du tunnel. Je crois qu’il a compris. Vous avez vu toutes les belles promesses de son Plan d’actions gouvernemental. Je pense qu’il est de bonne foi. D’ailleurs, il faut que je garde un œil sur lui, car il y a quelqu’un qui m’informe qu’il est froid. Nous avons renforcé le dispositif de sécurité sur l’ensemble du territoire national. Les ministres de la Sécurité et de la Défense sont permanemment en tournée pour être en contact avec les hommes sur le terrain. Le ministre de l’Administration territoriale peaufine discrètement l’organisation des prochaines élections. Je fais confiance au lieutenant-colonel, pare qu’il est bardé de diplômes. Le ministre de l’Agriculture fait de son mieux. Il promet même une campagne agricole extraordinaire. Il a pu relancer le secteur du coton. Vous ne pouvez pas me dire que vous ne voyez pas la débauche d’énergie du « Maréchal » Makan Fily Dabo sur le terrain. Il est ferme et courtois. Bientôt le pays sera désenclavé. Ah oui, j’allais oublier le ministre du Commerce. Ce dernier est parvenu difficilement à trouver un compromis avec les opérateurs économiques pour maintenir les prix des denrées de première nécessité à un prix abordable pendant le mois de Ramadan. Enfin, je vous informe que le gouvernement a un nouveau porte-parole. Vous le connaissez certainement. Il est jeune et éloquent. Et surtout, il est en train de révolutionner le secteur de l’Emploi et de la Formation professionnelle. Même si vous faite renvoyé de votre organe de presse aujourd’hui, il peut vous aider à trouver rapidement un boulot. Il s’appelle Mohamed Salia Touré. Donc, la transition se porte bien.

Justement, à ce sujet, il se rapporte qu’on vous taxe d’être distant du peuple ?

Qui a dit ça ? Je crois que c’est mal me connaître. Je suis là, toujours aux côtés du peuple. Seulement, je pense que c’est vous qui avez des problèmes de vision. Sinon je suis là. D’ailleurs très proche du peuple. J’ai changé et plus rien ne sera comme avant. En plus du Conseil des ministres ordinaire, je participe à presque toutes les activités d’envergure nationale. La semaine dernière, j’ai reçu un franc symbolique de la Cour pénale internationale et j’ai inauguré une stèle en la mémoire des martyrs du terrorisme. Et vous dites que je suis distant. Non, je ne le suis pas. Pour votre information, même mon habitude de jeter l’éponge m’a quitté. Désormais, je ne démissionnerai plus. Je vais rester là et affronter les événements.

Monsieur le Président, où en est-on avec la mise en œuvre de vos promesses de retour de l’autorité de l’Etat, de lutte contre l’impunité, de réduction du train de vie de l’Etat ?

Pourquoi vous êtes pressés. Pour la fin de la transition, il reste encore 10 bons mois. C’est assez suffisant pour répondre aux besoins de nos populations. Je comprends qu’elles soient pressées, mais la réalité du pouvoir est tout autre chose. Je pense qu’il faut de la patience. Toutes ces questions sont certes légitimes, mais dépassionnons le débat et allons doucement. Est-ce que vous savez ce qui se passe à Koulouba ici ? Tous les matins ce sont des milliers de dossiers, les uns aussi urgents que les autres, que j’examine. Donc, vous ne pensez pas que c’est trop demander à un homme de mon âge. En plus, j’ai l’impression que ce peuple est plus exigeant que ce que j’ai imaginé. Bon bref, posez votre dernière question, le protocole m’informe que mon avion new-look, hérité des descendants des grands noms de l’histoire du Mali, est prêt.

Monsieur le Président, le peuple se demande pourquoi vous n’avez voulu qu’on administre la première dose du vaccin anti-Covid comme on l’a vu dans d’autres pays. Et aussi, il veut savoir qu’elle utilisation est faite du fonds Covid, parce que le peuple ne sent pas du tout l’aide promise  par l’Etat ?   

Est-ce que je suis obligé de me faire vacciner. Pourquoi c’est moi qui devrais être le cobaye en lieu et place du Premier ministre, de mon fils Assimi ou de la ministre de la Santé. Soyez prudent hein, jeune homme. Ayez un peu de respect pour mon rang. Vous avez la chance que je suis à la retraite. Sinon, des impertinents comme vous, je règle leur compte personnellement. Je vous conseille à tous d’aller vous faire vacciner ; sinon si vous attrapez la Covid, les services du Pr. Akory vont vous accueillir. D’ailleurs, son dispositif-là, je ne comprends rien dedans. Mais je vais demander au ministre de la Santé dès mon retour de Niamey.

Ah, c’est vrai ! Comment s’appelle déjà le jeune ministre de l’Economie et des Finances. J’oublie son nom ? Euh ! Sanou, je dois avoir une discussion sérieuse avec lui aussi. Chef de cabinet, il faut noter ça. Dès mon retour je veux le voir afin qu’il m’explique où sont passés les 500 milliards du fonds Covid. Ce n’est pas la première fois que les gens m’interpellent à ce sujet. Aux dernières nouvelles, il paraît qu’il a acheté des « Katakatani » pour les CHU de Bamako pour transporter les malades de la Covid. Mais, je crois qu’il me doit des explications. Oui, il faut aussi me faire venir le ministre des Mines et de l’Energie. Il faut qu’il m’explique aussi cette histoire d’orpaillage chinois dans la Falémé. Et aussi les raisons des délestages à Bamako. Bon, c’est terminé. Sortez d’ici avec vos questions compliquées. J’ai un vol à prendre moi.

Hé ! Vous là, revenez ; j’ai oublié. Il faut mentionner quelque part que nous avons besoin du soutien et de l’accompagnement de tous les fils et filles du Mali pour réussir la transition. Allez circuler !

Merci monsieur le président et bon voyage.

Par Harber MAIGA

Source: Azalaï Express

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