Au XXème siècle, le Mali a vu naître deux des plus grands photographes du noir et blanc, deux artistes reconnus dans le monde entier qui ont peint avec réalisme la vie malienne de leur époque. Aujourd’hui, dans un pays troublé par le terrorisme et les conflits ethniques, la photographie demeure une porte ouverte sur notre histoire et sur les racines profondes de notre culture. 

De nos jours, de plus en plus de jeunes possèdent des téléphones modernes, avec lesquels ils peuvent prendre des photos et les partager sur les réseaux sociaux. La technologie progresse vite : avec les téléphones les plus récents, on peut maintenant prendre des photos de grande qualité.

Malgré cette nécessaire démocratisation de la photographie, qui a permis à de nombreuses personnes d’exprimer leur créativité, j’aurai toujours un faible pour la photo argentique, en couleur mais surtout en noir et blanc, sublimée par de bonnes vieilles pellicules (Washi Z 400 iso, Rollei RPX 400, Kodak Tmax 400, etc.). C’est là que s’exprime le plus la sensibilité de l’artiste. Paradoxe de la photographie : cette forme d’art censée reproduire la réalité de manière objective permet l’expression d’autant de subjectivité que la peinture, sinon plus (tout comme certaines peintures sont plus « réalistes » que certaines photographies). Qui n’a jamais fixé une photo de soi en se demandant, « Qui est cet étranger ? »

Le rayonnement culturel international du Mali va bien au-delà de ce que pourraient laisser penser les chiffres de sa population, ou de ses statistiques économiques. Créativité née des mélanges des cultures, de l’histoire partagée, des douleurs aussi. Nous, Maliens, pouvons être fiers de ce prestige. On pense surtout à la musique, mais la photographie en est également un exemple, puisque le Mali a produit non pas un, mais deux, des plus grands photographes en noir et blanc du XXème siècle, dont le talent est maintenant reconnu mondialement. Il s’agit bien sûr de Seydou Keita et de Malick Sidibé.

On a parfois tendance à les opposer : Keita serait le photographe de la haute bourgeoisie bamakoise, et Sidibé celui des classes moyennes et de la jeunesse. Keita serait formel, et Sidibé capturerait la vie dans sa spontanéité. Sidibé le jovial, ami de tous à Bamako, Keita le discret, travaillant surtout dans son atelier.

Pour moi ces deux artistes de la fixité sont complémentaires. Leurs clichés nous racontent la vie du Mali, qu’il s’agisse de sapeurs en fête, de familles ou de notables. Tous les deux ont innové avec le cadrage et la composition de leurs photos. Tous deux font plein usage de la photo argentique, avec son grain unique, et des contrastes de la photo en noir et blanc, qui permet de faire des images si frappantes. Qu’il s’agisse des portraits posés de Keita ou des photos de fête de Sidibé, c’est la vie qui est mise en scène, la même vie peinte par l’artiste.

Et que demander d’autre à la photographie si ce n’est d’ancrer le réel pour les générations futures ?

Paul-Louis Koné
@pauloukone