Les générations d’un certain âge se rappellent sans doute que dans leur tendre enfance, il arrivait une période de l’année où un jour, au crépuscule, le grondement d’un fusil déchirait le calme de nos localités, suivi de clameurs de joie poussées par des groupes d’enfants. Ce coup de feu était aussitôt suivi d’autres détonations tout aussi pacifiques, chaque chef de famille possédant une pétoire se faisant un devoir de participer à l’évènement.

 

La communauté musulmane saluait ainsi l’apparition du croissant lunaire annonçant l’arrivée du mois de Ramadan, l’entrée dans une période particulière dont l’ambiance des jours et des nuits tranchait avec celle des autres mois de l’année.
Cette tradition, au fil des ans, s’est progressivement estompée de nos agglomérations, le médium d’information de masse qu’est la radio prenant le relais. Mais quelle que soit la période de l’année où elle intervient, suivant sa mobilité entre les saisons, ou la variété des moyens mis en œuvre pour proclamer sa venue, le Ramadan ne surprend jamais la communauté musulmane, qui se prépare avec un soin particulier à son accueil. Même si la détermination du jour décisif a conduit plus d’une fois à des controverses sous nos latitudes et ailleurs, la période des deux lunes qui le précède est jalonnée de recommandations et commentaires des oulémas, sur les actions et entreprises volontaires méritoires que le fidèle peut engager, en attendant l’arrivée du mois sacré.

Identifié par les exégètes comme «le mois de la grande chaleur», le Ramadan constituait déjà avant le début des Révélations coraniques, l’un des mois de trêve entre les anciennes communautés. «Le mois de Ramadan, au cours duquel le Coran fut révélé comme guide pour les hommes et preuve claire de la bonne direction et du discernement, est le temps destiné à l’abstinence», est-il dit notamment (2:185) «Quiconque aura aperçu cette lune, se disposera aussitôt à jeûne». Il était introduit ainsi l’un des piliers de la religion musulmane, dont les érudits, tout au long du mois, s’attachent à éclairer les différents aspects, à en rendre la pratique accessible aux fidèles. Mois béni entre tous, il est considéré comme le moment de l’année où les grâces divines sont réputées plus proches des croyants.
La solennité qu’il revêt s’accompagne tout aussi bien d’une atmosphère joyeuse à laquelle participent également les tout-petits. Dans de nombreuses communautés, il est cultivé tout une pédagogie pour y préparer les enfants avant l’âge de raison, lorsqu’ils seront seuls comptables de leurs faits et gestes. Un théologien situant à ce propos l’importance du jeûne pour le fidèle dira que son principe est lié à celui du contrôle de soi.
Le jeûneur s’astreint ainsi à observer les prescriptions en la matière, à dominer ses passions malgré sa capacité de les assouvir. Ce processus affaiblit en lui l’attachement aux choses de ce bas monde et à ses plaisirs divers et multiples. Il s’ouvre de nouvelles perspectives avec la multiplication des actes de bienfaisance tout au long d’un mois de méditation pieuse, pour élever son aspiration au-delà de son horizon limité. Les oulémas soulignent à cet effet que c’est en toute conscience que le fidèle s’engage dans cette pratique dont nulle autorité ne saurait contrôler l’observance.

A. K. CISSÉ

Source : L’ESSOR